Périnatalité : des événements indésirables graves majoritairement évitables

La santé périnatale constitue un véritable enjeu en France car les indicateurs ne sont pas bons. En effet, en 2023, la France se situait au 22e rang européen en matière de mortalité infantile (4%), avec une tendance à la dégradation. 

22/05/2025 Par Dre Marielle Ammouche
Gynécologie-Obstétrique

Devant cette évolution préoccupante, la Haute Autorité de santé (HAS) a voulu en savoir plus sur les origines de cette dégradation. Dans ce cadre, elle a porté son attention sur les événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) survenant spécifiquement chez des nouveau-nés. L’objectif étant d’identifier des causes et "d’orienter les actions des pouvoirs publics et des acteurs de la périnatalité, et ainsi de consolider le niveau de sécurité des prises en charge périnatales en France".

Le rapport présentant les analyses et conclusions vient d’être rendu public.

Ainsi, entre le 1er mars 2017 et le 27 mai 2024, 328 événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) chez des nouveau-nés ont été déclarés. L’analyse met en évidence les conséquences particulièrement lourdes de ces événements. Ils ont en effet conduit au décès du patient dans 54% des cas, à une mise en jeu du pronostic vital dans 31% des cas, et à un probable déficit fonctionnel permanent (nécroses cutanées, séquelles neurologiques) dans 15% des cas.

Ces chiffres sont préoccupants, et d’autant plus qu’il existe probablement une forte sous-déclaration de ces EIGS. Surtout, dans plus de la moitié des cas (57%), ces événements ont été jugés "majoritairement évitables ou probablement évitables".

Les erreurs les plus fréquemment rapportées étaient en lien avec la prise en charge obstétricale (défauts de surveillance ou d’interprétation du rythme cardiaque fœtal notamment), en lien aux soins ou à l'organisation des soins (dont les infections associées aux soins), ainsi que des erreurs médicamenteuses.

Des causes profondes ont aussi été identifiées. Généralement, elles étaient en lien avec l’état de santé des patients (mère ou nouveau-né). Mais certaines perturbations dans les tâches à accomplir ou au sein de l’équipe ont aussi été retrouvés. Cela pouvait être par exemple un protocole incomplet voire absent, ou encore méconnu des professionnels impliqués dans la prise en charge, ou encore un défaut de communication au sein de l’équipe, ou des difficultés liées aux transmissions et aux alertes.

Dix recommandations 

Devant ce tableau, il apparait "nécessaire de faire tout ce qui peut être fait pour prévenir les EIGS évitables, pour en améliorer la gestion lorsqu’ils surviennent, et pour consolider ainsi et renforcer encore le niveau de sécurité des prises en charge périnatales en France", déclare la HAS. Elle formule donc dix préconisations. 

Cela concerne particulièrement les soignants. Il s’agit en particulier de "s'assurer systématiquement des compétences (techniques et non techniques) des professionnels exerçant en gynécologie-obstétrique et en pédiatrie néonatale", du bon partage de toutes les informations utiles, et de lutter contre les retards ou erreurs diagnostiques.

La HAS conseille aussi d'être plus vigilant concernant les risques de chute et d’étouffement du nouveau-né à la maternité, et de sécuriser les prises en charge médicamenteuses et l’utilisation des dispositifs médicaux.

Elle recommande enfin de mieux prendre en charge les grossesses et accouchements à risque, d’améliorer la prise en charge de la réanimation néonatale en maternité, et de renforcer la sécurité des accouchements accompagnés à domicile et des accouchements en maison de naissance. 

Références :

D’après la Haute Autorité de santé (HAS, 21 mai).

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GUY ANDRE PELOUZE
981 points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 1 an
Comme d’habitude il faut aller lire le rapport! C’est hallucinant. Mais voilà je ne peux vous donner le lien! C’est ballot ! Help us Egora. Vive l’IA. Tout est mélangé.
 
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