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"Face à l'ébranlement des principes fondateurs de l'exercice libéral, la réponse se doit d’être puissante et unitaire"

La grève nationale des médecins libéraux, très suivie selon les syndicats, révèle le malaise profond de toute la profession. Derrière le "non" massif adressé aux pouvoirs publics, c’est l'avenir même de la médecine de proximité et de l'exercice libéral qui se joue, souligne Karen Ramsay, rédactrice en chef du magazine Egora, dans son édito.

09/01/2026 Par Karen Ramsay
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Blues blanches 

La coupe est pleine, et elle déborde : chez les anciens qui s’apprêtent à raccrocher la blouse blanche, chez les plus jeunes qui apprennent encore à manier le stéthoscope, chez les praticiens habitués à battre le pavé pour faire entendre leur voix, chez les moins démonstratifs qui approuvent souvent mais regardent de loin… Et ils sont nombreux à avoir décidé, certains pour la première fois, de baisser les volets du cabinet médical pour lancer un "non" clair, franc et massif. 

Karen Ramsay, rédactrice en chef

Depuis une semaine, "la médecine libérale ne répond plus". Et derrière ces portes restées closes, le mouvement de grève national – annoncé de longue date, amorcé souvent avec un pincement au cœur mais largement suivi par les généralistes, les spécialistes et les étudiants en médecine – traduit à la fois la colère qui gronde à tous les échelons et la profondeur de la crise dans laquelle est plongé notre système de santé. Un modèle sanitaire que les médecins veulent défendre pour que demain, la médecine ne soit pas régie par des objectifs comptables, que la liberté (de prescription, d’installation, du choix d’exercice) soit assurée, que la profession ne perde pas (trop) en attractivité, et que les politiques de santé se dessinent (enfin) à la lumière des réalités de terrain. 

 

Selon les derniers chiffres communiqués par Stéphanie Rist*, le mardi 6 janvier, l’activité était en baisse de 19 % chez les généralistes libéraux et de 12 % chez les spécialistes. Si ces chiffres ne sauraient témoigner, seuls, de l’ampleur du mouvement censé durer jusqu’au 15 janvier, ils reflètent le profond malaise de cette profession face à une politique qui vise à "étouffer la médecine libérale par des mesures répressives". Faire grève pendant dix jours, en pleine période épidémique et dans un contexte de profondes difficultés d’accès aux soins, c’est loin d’être anodin. Car tous les soignants grévistes en connaissent les répercussions. Mais face à l’ébranlement des principes fondateurs de l’exercice libéral et de la médecine de proximité, la réponse se doit d’être puissante et unitaire. Pour dire "non" aujourd’hui, mais parler d’une même voix demain. Ce n’est qu’à ce prix que la profession pourra (enfin) peser sur les décisions politiques. 

*Au micro de Franceinfo, le 9 janvier dernier

 
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