"Il y a eu un manque d’investissement" : le SML veut défendre les grands piliers de la médecine libérale aux URPS

04/03/2021 Par Marion Jort
Elections URPS
A moins d’un mois des élections URPS, le Dr Philippe Vermesch, président du syndicat des médecins libéraux (SML) revient en détail pour Egora sur les propositions fortes de son programme. Valeurs du libéral, tarif de la consultation, paiement au forfait, attractivité du métier, coordination ou sécurité… Il défend une vision et un exercice de la médecine oubliés par les pouvoirs publics.  

  

Egora : Quel bilan tirez-vous depuis la dernière élection ?  

Philippe Vermesch : Le SML, suite aux dernières élections, a eu trois présidences de région : Occitanie, Grand Est et Provence-Alpes-Côte d'Azur, ainsi que des élus dans toutes les URPS. Les URPS ont été actives sur tout ce qui concerne le lancement de CPTS, puisque dans quasiment toutes les régions, des CPTS se sont montées. D’autres actions sont aussi à relever : l’aide aux médecins ou le parcours de soins du diabétique, par exemple. Mais la chose la plus importante aujourd’hui, c’est vraiment l’organisation des territoires, avec les CPTS. Concernant le SML, sur l’année, nous avons eu un fort développement de la visibilité du syndicat qui, aujourd’hui, est partie intégrante de toutes les discussions, qu’elles soient au ministère, avec la Direction générale de l'offre de soins, les caisses, avec la signature d’un ACI CPTS et la signature de la convention il y a maintenant deux ans alors que le SML avait été le seul à ne pas la signer il y a cinq ans. 

 

Vous défendez un programme 100% libéral : ces valeurs sont-elles oubliées, selon vous ? 

Dans notre programme, nous nous appuyons sur les piliers du libéral : le paiement à l’acte, l’indépendance, la liberté d’installation. Aujourd’hui, nous voyons que certains syndicats changent de discours depuis six mois alors que ça n’a jamais été notre cas : il faut 80% de paiement à l’acte et 20% au forfait. Nous défendons aussi la liberté de prescription du médecin, nous estimons que le médecin est pilier du parcours de soins du patient en coordination avec les autres professionnels de santé. A ce jour, le SML est le fer de lance de la coordination d'équipe de soins ouverte, en partage avec l’Union nationale des professionnels de santé (UNPS).  

A notre sens, le médecin doit être leader de son territoire. Et puis surtout : il faut réhabiliter le métier car nous voyons que les jeunes ont un problème pour s’installer, donc nous devons revaloriser, redonner de l'attractivité...

au métier de médecin, car nous sommes tous fiers de faire ce métier. Mais il faut reconnaître qu’il existe aujourd’hui des handicaps que les jeunes ne franchissent plus pour s'installer en libéral. 

  

Vous proposez un acte à 45 euros, en a-t-on réellement les moyens ? 

Quand je vois les huit milliards qui sont dépensés par le Ségur de la Santé sur les salaires, quand je vois les enveloppes de 19 milliards qui sont versés sur les murs et l’organisation de l’hôpital, quand je vois que Jean Castex annonce encore et encore de l’argent pour l'hôpital… Je me dis que les 500 millions qu’on nous allouait il y a un mois pour nous faire signer un avenant ACI, sont bien maigres en regard. Aujourd’hui, le constat est clair : 85 à 90% des médecins ne travaillent ni en MSP, ni en CPTS. Or tout ce qu’on verse aujourd’hui comme argent, c’est sur les MSP et CPTS. Il n’en est pas question, alors que ce n’est même pas pour le soin, c’est uniquement pour de l’organisation. 85% des médecins réclament que la consultation soit à une valeur honorable. Sauf que si on regarde les différents pays étrangers, au Portugal, le C est entre 40 et 70 euros, en Allemagne, 75 euros, en Suisse, 100 euros, en Grande-Bretagne : 95 à 315 euros. Et nous, nous sommes à 25 euros, avant-avant-dernier d'Europe. A un moment, même si on nous dit qu’il y a la Rosp, c’est un tarif indécent. Je mets ça en parallèle avec la politique agricole, vous avez des agriculteurs dont le prix du lait est plafonné, qui touchent des subventions… Et on voit que la conséquence, ce sont des déserts agricoles. C’est ce qui est en train d’arriver en médecine ! Il y a des consultations et des actes qui sont plafonnés. Force est de constater qu’il y a eu un manque d’investissement dans la médecine libérale alors qu’on voit bien que c’est la médecine libérale qui est la plus efficace, qui s’organise le plus vite et qui coûte le moins cher. L’hôpital mange 65% du budget de la santé pour soigner 35% des gens. 

 

Quelle est votre position sur la rémunération au forfait ? 

Il y a certains actes qui peuvent être payés au forfait. MG France est un grand défenseur du forfait, nous pas du tout. Le forfait, le problème, c’est que ça appelle à la capitation à un moment. Je vous rappelle que dans le cadre d’un forfait, c’est la caisse qui dit que pour telle pathologie, un forfait d’un certain montant est versé. Selon le SML, les forfaits peuvent être adaptés dans certaines conditions. Mais le libéral, c’est surtout un paiement à l’acte car lorsqu’un praticien libéral effectue un acte, il doit être honoré. En plus, c’est important car les Français savent à ce moment ce qu’ils dépensent pour leur santé. Alors que quand il s’agit de forfaits, en général c’est...

du tiers-payant et donc les gens ne savent plus du tout ce qu’ils dépensent. Aujourd’hui, on fait aussi face à une mentalité où tout doit être gratuit. On le voit dans les cabinets ou les pharmacies, les patients passent et s’en vont sans parfois même vouloir payer. Cela veut donc dire que dans leur esprit, c’est un droit. Cette mentalité n’est pas bonne à la fois pour l’équilibre et l’économie du pays. Par ailleurs, nous demandons aussi 15 euros chaque fois qu’une régulation envoie en journée un patient dans un cabinet et que le médecin pousse son planning pour le prendre.  

 

Quid de la Rosp ? 

Cela fait deux ans de suite qu’on constate que la Rosp diminue. L’an dernier, nous avions actionné la clause de sauvegarde. Cette année, on nous propose de nous payer sur 14 mois au lieu de 12 mois pour augmenter un peu le volume. Cette histoire devient une usine à gaz et nous, nous proposons d’enlever la Rosp et de repartir sur une Rosp de prévention qui intégrera quelques indicateurs des anciennes Rosp mais qui concerna l’ensemble des spécialités. Car aujourd’hui, seules quatre spécialités sont concernées par la Rosp.    

 

Les médecins sont de plus en plus débordés, comment peuvent-ils continuer à assumer toutes leurs tâches, en prenant sans cesse plus de patients ?  

Cela fait partie d’une manière de travailler. Au SML, nous sommes des défenseurs de l’entreprise médicale. C’est nous qui avons parlé de cette notion il y a plus de 15 ans. D’autres syndicats affirment que cela vient d’eux, que nenni. Aujourd’hui, nous sommes face à des déserts médicaux. C’est-à-dire que nous avons moins de médecins et le problème, c’est que les jeunes médecins qui vont arriver ne vont pas compenser la diminution du temps médical car ils n’ont pas envie, à raison, de travailler 70 heures comme leurs aînés. Cela veut dire qu’ils ne verront plus autant de patients. J’y reviens : 45 euros, c’est vrai, c’est une belle augmentation pour l’acte, mais cela peut être donnant-donnant. Que demande aujourd’hui le Gouvernement ? Un, qu’il y ait des médecins partout et deux, que ces médecins voient un peu plus de patients, car aujourd’hui il y a des zones sans médecin traitant. Nous, ce que nous proposons, c’est de faire évoluer le métier. A l’heure actuelle, un généraliste suit des patients qui...

sont plus ou moins stables. Certains n’ont peut-être pas besoin d’être vus tous les deux ou trois mois. Par exemple, les patients chroniques qui sont stables, le généraliste peut les voir qu’une fois par an et ainsi se dégager du temps pour trois ou quatre consultations supplémentaires. En parallèle, ces patients seront suivis par un infirmier ou un kiné qui les surveillent à domicile. Voilà pourquoi le SML prône une coordination en équipe de soins ouverte : vous avez un patient qui est au domicile, l’infirmier passe le voir et le patient se dégrade. L’infirmier a à sa disposition une application, avec une grille d’inclusion dont les critères ont été établis auparavant. L’application met en relation tout le monde et tout le monde travaille en symbiose. Tout cela sans contrat à signer, juste en prévenant la caisse. Ainsi, le médecin n’a pas besoin de voir son patient en ALD tous les deux mois, il le revoit une fois par an et il a le temps, en attendant, de voir d’autres patients. Cela vaut bien 45 euros.  

 

Vous appelez aussi à “bloquer le mercato des compétences médicales”. Pourquoi ? 

Quand je vois que les pharmaciens vaccinent et qu’on le décide dans notre dos, cela n’est pas normal. Je ne suis pas contre une délégation de tâches, voire un transfert de tâches, à condition que les médecins soient inclus dans les négociations et au courant. Aujourd’hui, le fait de donner la vaccination aux pharmaciens ou que les sages-femmes soient quasiment les médecins traitants de la femme enceinte, enlève des tâches relativement faciles aux médecins pour leur laisser des consultations plus longues, plus difficiles, avec des sujets polypathologiques... Tout cela pour 25 euros.  

 

Comment mieux assurer la sécurité des médecins ? 

Pour nous, il faudrait que chaque fois qu’un médecin est agressé, cela soit considéré comme un acte d’agression sur un policier, avec les mêmes punitions. Nous défendons aussi la possibilité pour les médecins d’exercer un droit de retrait, sans être mis en cause. Et puis, évidemment, de la vidéo-surveillance et un bouton d’alarme directement en relation avec les forces de police.  

 

L’intégralité du programme du SML à retrouver dans notre article : Acte à 45 euros, disparition de la Rosp… Le SML défend son programme 100% libéral pour les URPS.  

 
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