Réseaux sociaux

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Médecins sur les réseaux sociaux : "Il faut occuper le terrain avant les charlatans"

Pour faire de la prévention, rassurer ou éviter les fake news, de nombreuses raisons poussent les médecins à investir les réseaux sociaux. Une vraie bonne idée ? Le débat a été posé lors du congrès Wonca Europe le 1er juillet dernier. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet a su faire réagir. 

17/07/2026 Par Pauline Bluteau
Réseaux sociaux

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Être présent sur les réseaux sociaux est presque une nécessité face aux fake news. Et ce n’est pas Laure Geisler, médecin généraliste en banlieue parisienne, chroniqueuse-conférencière-podcasteuse, qui dira le contraire. "Souvent, les plus jeunes vont sur les réseaux ou sur Google et sont victimes de trend qui véhiculent de fausses croyances, déplore-t-elle. La question n’est pas donc de savoir s’il faut y aller mais plutôt qui nos patients doivent trouver en premier ?" Des professionnels de santé ou des influenceurs dont la bienveillance est parfois ambivalente car ponctuée de dérives commerciales ? "Les influenceurs n’ont pas cette formation scientifique où l’on présente des sources et où on est capable de faire la part des choses. Il faut occuper le terrain : si les médecins ne sont pas là, les charlatans le feront", résume-t-elle.  

"De nombreux patients consultent pour les mauvaises raisons"

Diplômée d’un DU en journalisme de la santé, la médecin généraliste exhorte le devoir déontologique des médecins sur l’éducation en santé. Face aux déserts médicaux, au "système de santé en crise", informer et faire de la prévention via les réseaux sociaux pourrait être un bon moyen de "désamorcer des passages aux urgences parce que de nombreux patients consultent pour les mauvaises raisons, par peur ou par méconnaissance", déplore Laure Geisler. Selon elle, "rendre la science humaine" est devenu primordial pour éviter "l’automédication, les influenceurs bidons créés par l’IA et les effets de mode". "Malgré tout, si on veut être un bon médecin, on doit aimer notre job  et les réseaux sociaux permettent aussi de créer du lien avec le terrain."

Des médecins à la merci des algorithmes  

Dans la salle, les questions autour de la déontologie fusent. Qu’en est-il de l’Ordre, que dit la charte, est-ce qu’il y a des règles à respecter en tant que médecin, des contraintes auxquelles il faudrait s’astreindre ? Pour Pierre de Bremond d’Ars, médecin généraliste et assistant des hôpitaux universitaire à Sorbonne Université, il s’agit bien d’une "injonction paradoxale". "Quand on est sur les réseaux sociaux, on doit déclarer notre activité à l’Ordre. Cette activité ne doit pas apporter de patientèle mais en la déclarant, on l’attire quand même. Il faut adopter un langage correct tout en respectant le sérieux et la dignité de notre profession, le tout en restant solidaire des enjeux de santé publique. Or, les réseaux sociaux ne sont pas neutres", décrit-il. Le médecin généraliste prend l’exemple du réseau social X (ex-Twitter), devenu "toxique" pour les scientifiques. "X a détruit la communauté médicale et scientifique. On n’est pas maître de l’algorithme, il faut être prêt à ce qu’en un claquement de doigts on n’ait plus de vues, à ce que notre voix, nos textes et nos travaux soient détournés par l’IA", argumente celui qui est aussi président du collectif Nofakemed. 

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D’après Laure Geisler, pour éviter ces dérives, c’est toute une stratégie qu’il faut mettre en place : "Être transparent, mesuré, ne pas remplacer les consultations par les réseaux sociaux et avoir une influence éthique." Ce à quoi son homologue rétorque : "Si le médecin s’engage, ne doit-il pas le faire auprès de ses patients ? Est-ce que c’est du temps pris au patient que de créer du contenu sur les réseaux sociaux ?" Laure Geisler le confirme, elle a réduit son activité de médecin généraliste à mi-temps pour développer différents contenus. "J’emploie des docteurs en santé publique notamment qui m’aident mais je ne me rémunère pas, les partenariats avec la CPAM par exemple, ne suffisent pas."

Une régulation pour assurer de la transparence 

Quid aussi des étudiants en médecine qui s’emparent des réseau sans être thésé, faut-il réguler ? "Il y a une vraie faille, c’est vrai : d’un côté il y a beaucoup de choses à faire pour parler des premières années d’études de médecine mais comme ce n’est pas cadré, ce n’est pas toujours déontologique. Sauf qu’ils sont quand même libres de pouvoir le faire", répond Laure Geisler à une remarque de la salle. La régulation, le nerf de la guerre, Pierre de Bremond d’Ars le défend également mais le médecin généraliste l’affirme, "les portes sont fermées".  

"On se décrédibilise, on décrédibilise la profession"

D’après lui, le plus gros risque pour les médecins présents sur les réseaux sociaux serait de sortir de son domaine de compétences en répondant à des sujets qui sortent de son expertise, sous prétexte d’être connu. "On se décrédibilise, on décrédibilise la profession, on se met en danger personnellement et légalement, énumère-t-il. La solution, c’est une exposition diluée : être prêt à lâcher et être bien entouré avec à la fois des gens qui vous aident et des gens qui vous disent que vous faites de la m***." "Les gens ont besoin que leur médecin soit à leur hauteur, c’est pareil sur les réseaux sociaux, il faut de la transparence", appuie Laure Geisler. "Et ça peut aussi être le moyen de montrer que médecin généraliste, c’est le plus beau métier du monde", conclut Pierre de Bremont d’Ars. De quoi mettre tout le monde d’accord. 

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