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Réseaux sociaux : une expertise de l’Anses détaille leur impact majeur sur la santé des adolescents

Troubles du sommeil, santé mentale, conduites à risque... Les risques pour la santé des adolescents liés aux réseaux sociaux sont nombreux et largement documentés, montre une vaste expertise que vient de réaliser l’Anses. Une politique volontariste de limitation de leur accès et d’encadrement apparait nécessaire.

13/01/2026 Par Dre Marielle Ammouche
Psychiatrie Pédiatrie Santé publique
Jeune

Selon un rapport que vient de publier l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), l’usage des réseaux sociaux est nocif pour la santé des adolescents, et plus particulièrement pour celle des jeunes filles. L’Agence sanitaire recommande donc d’en limiter drastiquement l’accès aux mineurs pour que seul l’accès aux réseaux sociaux "conçus et paramétrés pour protéger leur santé" soit permis.

Force est de constater que le numérique a profondément transformé notre société dans tous les domaines et à tous les âges. En plus des conséquences liées aux écrans, le contenu des sites et des réseaux sociaux consultés a aussi un impact en soit. Les adolescents constituent une population particulièrement vulnérable. Or, ils passent un temps important sur ces réseaux sociaux : entre deux et cinq heures par jour pour la moitié d’entre eux. C’est pourquoi l’Anses a décidé de mener une expertise scientifique de façon à éclairer les pouvoirs publics sur les effets de l'usage des réseaux sociaux numériques sur la santé des adolescents, et contribuer à mieux la protéger.

Pour arriver à publier des recommandations dans ce domaine, les experts de l’Anses ont réalisé un vaste travail, sur près de cinq ans, pour lequel ils ont analysé plus de 1 000 études et ont mis à contribution près de 50 experts pluridisciplinaires (épidémiologistes, biologistes, pédopsychiatres, psychologues, chercheurs …). Il en ressort un volumineux rapport de 530 pages, assorti d’un avis d’une trentaine de pages.

Des stratégies puissantes

Les auteurs du rapport ont tout d’abord constaté la puissance des dispositifs mis en œuvre pour capter l’attention des adolescents. "Pour évaluer les effets des réseaux sociaux sur la santé, il était important d’aller plus loin que le temps passé sur les réseaux, et de considérer ce que font réellement des adolescents sur les réseaux sociaux, leurs motivations et leur engagement émotionnel", explique Olivia Roth-Delgado, coordinatrice de l’expertise, unité d’évaluation des risques liés aux agents physiques et nouvelles technologies à l’Anses. Les stratégies de captation visent à garder l’utilisateur le plus longtemps possible et à l’enfermer dans une "spirale" de contenus. Elles s’appuient sur des interfaces manipulatrices (dark patterns) et des algorithmes qui proposent des contenus ultra personnalisés.

Ces moyens sont d’autant plus efficaces qu’ils répondent à des besoins spécifiques des adolescents de socialisation, de construction d’une identité – qui se fait, entre autres, par comparaison aux autres et confrontation à des normes – ainsi que de prises de risques. Les réseaux sociaux sont "un prolongement de ce qui se passe dans la vie hors ligne", résume Thomas Bayeux, chef de projets sociaux-économiques, direction sciences sociales économie et santé à l’Anses. En outre, "les adolescents ont moins de capacités de régulation émotionnelle et comportementale que les adultes, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux effets délétères des réseaux sociaux", expliquent les auteurs du rapport.

Les filles particulièrement touchées

Sur le plan de la santé, les experts ont analysé de nombreux paramètres. Leur analyse a permis de confirmer la nocivité des réseaux sociaux, en particulier sur la santé mentale. Outre les cyberviolences et le cyberharcèlement, ils augmentent les troubles du sommeil, la dévalorisation de soi, et les comportements à risque.

Un des grands enseignements de cette expertise est que les filles sont plus impactées que les garçons. Elles utilisent plus les réseaux sociaux, et surtout ceux centrés sur les images, qu’elles partagent plus fréquemment. Sur le plan émotionnel, elles attachent généralement plus d’importance à ce qui se passe sur les réseaux, et sont soumises à une pression de genre. Elles sont aussi plus souvent cyberharcelées.

Protection des mineurs

Face à ce constat, il est apparu nécessaire aux yeux des experts de prendre de nouvelles mesures pour contrôler les réseaux sociaux, avec "l’adoption d’un cadre de gouvernance des réseaux sociaux à la hauteur des enjeux de santé publique", insiste Olivier Merckel, chef de l’unité de l’évaluation des risques liés aux agents physiques à l’Anses. A l’instar de plusieurs organismes et personnalités politiques, les experts recommandent donc de limiter l’accès des réseaux sociaux afin que "que les mineurs puissent accéder uniquement aux réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé". Cela nécessite des aménagements pour les plateformes "avec des systèmes fiables de vérification de l’âge et de recueil du consentement parental". Ils préconisent aussi "une révision en profondeur des principes de fonctionnement des réseaux sociaux" sans recours aux techniques d’interfaces manipulatrices, ni à la diffusion de contenus délétères pour la santé... Dans ce cadre, l’Agence souligne l’importance d’œuvrer au respect du Règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act), applicable depuis le 17 février 2024.

Enfin, ces mesures doivent être associées à une sensibilisation et une éducation des parents et des enfants au numérique et à l’usage des réseaux sociaux. 

Références :

Conférence de presse de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses, 12 janvier)

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