Alzheimer

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Maladie d'Alzheimer : pourquoi la révolution a déjà commencé

Biomarqueurs sanguins, diagnostic dix ans avant les premiers symptômes, premières immunothérapies, prévention fondée sur des preuves… La maladie d'Alzheimer entre dans une nouvelle ère. Si les traitements restent imparfaits, la recherche transforme déjà la prise en charge.

17/07/2026 Par Hélia Hakimi-Prévot
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Longtemps, la maladie d'Alzheimer a été synonyme d'une lente dégradation, diagnostiquée tardivement et sans véritable traitement de fond. Ce paradigme est en train de voler en éclats. "En quinze ans, notre compréhension des maladies neurocognitives a complètement changé. Nous savons désormais que la maladie débute près de vingt ans au moins avant les premiers symptômes", souligne le Pr Philippe Amouyel, directeur général de la Fondation Alzheimer. Une découverte majeure qui bouleverse aussi bien le diagnostic que les stratégies thérapeutiques.

Une épidémie annoncée mais pas inéluctable

En France, environ 1,4 million de personnes vivent, aujourd'hui, avec une maladie neurocognitive cliniquement diagnostiquée : la maladie d'Alzheimer représente 60 à 70 % des cas. En appliquant aux projections démographiques récentes de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) les données de prévalence européennes, ce nombre pourrait atteindre 2,56 millions de patients en 2070. Si l'on tient compte des personnes porteuses de biomarqueurs positifs ou présentant des troubles cognitifs légers, 3,3 millions de Français pourraient être concernés.

Pourtant, cette progression n'est pas une fatalité. Des chercheurs néerlandais ont montré il y a une quinzaine d'années que, dans les pays les plus développés, l'incidence de la maladie diminuait légèrement alors même que la prévalence augmentait avec le vieillissement. "L'explication est simple : l'âge d'apparition des symptômes recule. Si l'on repousse le début de la maladie de 75 à 85 ans, une partie des personnes décèdent d'autres causes avant même que les symptômes n'apparaissent", indique le Pr Amouyel. Retarder la maladie constitue déjà un bénéfice clinique majeur.

Des premiers signes trop souvent méconnus

Les troubles mnésiques ne représentent pas toujours les premiers signaux d'alerte. "Des difficultés à utiliser un objet familier (comme un smartphone), des troubles du langage, des erreurs de jugement ou une modification brutale du comportement peuvent précéder les oublis caractéristiques", rappelle le Pr Amouyel. Le défi consiste à identifier ces signes suffisamment tôt, tout en éliminant les diagnostics différentiels : dépression, accident vasculaire cérébral, effets indésirables médicamenteux, syndrome d'apnées du sommeil, hypothyroïdie ou carences vitaminiques. L'évaluation neuropsychologique, l'IRM cérébrale et surtout, les biomarqueurs désormais accessibles par des tests sanguins dans plusieurs pays, ouvrent la voie à un diagnostic préclinique. "L'objectif est désormais de traiter avant l'apparition des symptômes, lorsque les lésions sont encore limitées", souligne le neurologue.

Traitements : vers un changement de paradigme

Les premières immunothérapies anti-amyloïde marquent une rupture historique. Le lécanemab et le donanémab éliminent les plaques amyloïdes cérébrales et ralentissent l'évolution clinique chez des patients sélectionnés à un stade très précoce. Leur bénéfice reste toutefois limité, de l'ordre de six à neuf mois d'autonomie supplémentaires, au prix d'effets indésirables parfois sévères et d'un coût élevé. Ils ne sont pas, à ce jour, disponibles en France. "L'espoir réside surtout dans la dynamique de la recherche : 192 essais cliniques portant sur 158 molécules étaient en cours au 1er janvier 2026. Les nouvelles stratégies ciblent non seulement l'amyloïde et la protéine Tau, mais aussi l'inflammation, les mécanismes du vieillissement, les rythmes circadiens ou encore les facteurs environnementaux. Nous allons probablement vers des traitements combinés comme cela s'est produit dans d'autres maladies chroniques", affirme le Pr Amouyel.

Prévenir et soutenir les aidants

La prévention constitue aujourd'hui le levier le plus puissant. Les travaux de la Commission Lancet* estiment que 14 facteurs de risque modifiables pourraient permettre de prévenir ou de retarder jusqu'à 45 % des démences. Parmi ces facteurs, on compte notamment l'activité physique, la lutte contre le tabac, le contrôle des facteurs cardiovasculaires, la prise en charge de troubles de l'humeur, la lutte contre l'isolement social, l'alimentation équilibrée et la stimulation cognitive. Enfin, aucune stratégie ne pourra réussir sans mieux accompagner les deux millions d'aidants français. Souvent épuisés, ils présentent davantage de dépression, de stress et de problèmes de santé que la population générale.

Références :

Sources : Conférence de presse de La Fondation Alzheimer (3 juillet).

- *Livingston et al. Dementia prevention, intervention, and care : 2024 report of the Lancet standing Commission. The Lancet Commissions Volume 404, Issue 10452p572-628August 10, 2024

- Le guide anti-Alzheimer, les secrets d’un cerveau en pleine forme, Philippe Amouyel, éditions Le Cherche Midi / le Livre de Poche.

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