argent

@tiero/stock.adobe.com

Il a gagné trop d'argent : privé de pension, un médecin en cumul-emploi retraite dénonce une "injustice"

Quatre mois que le Dr Georges Clounet, 71 ans, ne perçoit plus sa retraite. Le versement de sa pension a été suspendu lorsque la Caisse de retraite des médecins de France (Carmf) s'est aperçue que le psychiatre, qui continue d'exercer, ne remplissait pas les conditions du "cumul plafonné". Une sanction qu'il juge "disproportionnée" et entend bien contester en justice. 

25/05/2026 Par Aveline Marques
Témoignage
argent

@tiero/stock.adobe.com

Nul n'est censé ignorer la loi. Le Dr Georges Clounet*, 71 ans, en a fait l'amère expérience. Depuis le mois de janvier, ce psychiatre libéral, en cumul emploi-retraite depuis cinq ans, ne touche plus un centime de la Carmf. Son tort ? Avoir dépassé le plafond de rémunération annuelle du cumul emploi-retraite. Une sanction qu'il juge "disproportionnée" et entend bien contester en justice. 

Retour sur les faits. En 2020, "en plein Covid", ce psychiatre et psychothérapeute voit dans le cumul emploi-retraite l'opportunité de lever le pied, tout en continuant à exercer ce métier qu'il aime tant. Les formalités rapidement expédiées, le médecin réduit son temps de travail à trois jours par semaine. Il passe alors de 30 000 euros par mois à 15 000 euros, mais les 4500 euros brut versés par la Carmf – soit 2800 euros net – permettent de compenser un peu cette chute de revenus.  

"Je n'ai rien volé" 

Durant quatre ans, tout se déroule sans accroc. Puis, "fin 2024, j'ai reçu un mot d'un organisme dont je ne connaissais même pas le nom, l'Ircantec, me disant que j'avais le droit à 500 euros par an, relate Georges Clounet. J'ai compris bien après que c'était la retraite à laquelle on avait le droit quand on avait cotisé en tant qu'interne en travaillant à l'hôpital." Le courrier est mis de côté, les mois passent. En avril 2025, le psychiatre se décide à donner suite et liquide alors sa retraite Ircantec.  

C'est là que débutent les ennuis. "Ça a déclenché une procédure de la Carmf", relate-t-il. Quand, fin janvier, le médecin s'aperçoit qu'il ne touche plus son cumul emploi-retraite, il appelle la caisse "pour avoir des explications". Il comprend, sur le tard, que si sa pension ne lui est plus versée, c'est parce qu'il n'avait pas le droit au "cumul intégral". 

La Carmf rappelle en effet que "tout médecin souhaitant poursuivre son activité en cumul activité/retraite doit respecter deux conditions pour cumuler intégralement ses revenus et ses pensions : avoir l’âge de la retraite à taux plein (67 ans depuis les générations nées en 1955) ou réunir la durée d'assurance requise pour le taux plein et avoir liquidé l'ensemble de ses régimes de retraite, de base et complémentaire, en France comme à l’étranger". Une réglementation établie par code de la Sécurité sociale (articles L 161-22-1 et L 643-6). 

"Le médecin ne respectant pas l'une de ces conditions poursuit alors son activité dans le cadre du cumul plafonné : son revenu professionnel doit respecter un plafond fixé par la loi", en l’occurrence, le plafond annuel de la Sécurité sociale (Pass), revalorisé chaque année et qui s'élève en 2026 à 48 060 euros. "S'il dépasse ce plafond, la différence est prélevée sur sa pension", explique la Carmf. Et en accord avec l'article D 643-10-2 du CSS, "lorsque le montant de la réduction est supérieur au montant de la pension, cette dernière n'est pas servie". 

En clair, Georges Clounet n'ayant pas liquidé l'Ircantec, son revenu professionnel n'était pas censé dépasser les 48 000 euros annuels. "En 2020, quand j'ai demandé à avoir mon cumul emploi-retraite, j'ai coché plein de cases, mais pas la case Ircantec", reconnaît le médecin, qui plaide l'ignorance et la bonne foi. Pour autant, le psychiatre se défend d'avoir profité du système. Au contraire : "Je n'ai rien volé, ces 500 euros par an, je les ai perdus. Liquider l'Ircantec m'aurait rapporté 2500 euros depuis 2020", signale-t-il. 

"Ils n'ont pas été vigilants" 

Surtout, le médecin déplore un manque d'informations de la part de la Carmf sur un sujet particulièrement "compliqué", "régi par des lois de la Sécurité sociale que personne ne connait et qu'on me sort au bout de 5 ans". Et de s'interroger : pourquoi la caisse ne lui a pas signalé plus tôt qu'il n'avait pas liquidé l'Ircantec, une caisse à laquelle cotisent tous les médecins ? "Ils n'ont pas été vigilants", charge-t-il. 

"Les médecins sont informés de cette règlementation dans notre documentation, lors de l’accusé de réception de leur dossier retraite, et tous doivent signer un formulaire où ils s’engagent à respecter le plafond en vigueur", nous répond la Carmf, fournissant une copie de la déclaration sur l'honneur à remplir. "Les médecins en cumul plafonné sont ensuite contrôlés chaque année afin de vérifier que leur revenu de l’année N-1 a bien respecté le plafond." Et la caisse "leur rappelle chaque année la raison de leur enregistrement en cumul plafonné", assure-t-elle.

Georges Clounet n'est pas un cas isolé : "Sur environ 750 médecins concernés par an, moins d'une cinquantaine dépassent le plafond en question."

A titre d'exemple, un médecin qui aurait cumulé, en 2024, une pension de 24 000 euros avec un revenu d'activité libérale de 100 000 euros, dépassant de 53 632 euros le plafond, se verrait privé de pension du 1er janvier au 31 décembre 2026, expose la Carmf. "Si ce médecin exerce pendant trois ans son activité libérale dans les mêmes conditions, aucune allocation ne pourra lui être versée durant cette période." 

Etant donné l'ampleur de son dépassement, Georges Clounet pourrait ne pas revoir sa pension avant un bon moment… Une sanction qu'il juge "injuste". "Je vis très bien, ce n'est pas un problème d'argent, assure-t-il. J'ai les revenus de mon activité." Mais alors qu'il continue à cotiser à la Carmf, le psychiatre ne gagne "pas de points supplémentaires" du fait d'un cumul… dont il ne profite même plus. 

"J'ai cotisé pendant 40 ans" 

Après avoir "ruminé" et en avoir discuté avec des proches, "tous tombés des nues", le médecin a décidé de ne pas se laisser faire. Sur les conseils de certains confrères, répondant à son appel sur Facebook, George Clounet a pris un avocat. Ensemble, ils ont d'abord tenté un recours amiable, rejeté le 14 avril dernier. Ils préparent désormais une procédure judiciaire, pour contester cette sanction "complètement disproportionnée", sur la base du "manque d'informations". 

Le médecin en a bien conscience : la procédure sera longue et la victoire n'est pas assurée. "Si le juge dit que la loi c'est la loi, je peux perdre", avance-t-il. Mais pour George Clounet, porté par le soutien de ses confrères, c'est une question de principes. "J'ai cotisé pendant 40 ans sans incident. Je gagnais 30 000 euros par mois et ça me fait une retraite de 4500 euros brut alors que mes copains, qui ont eu des postes importants en entreprise, reçoivent entre 6000 et 11 000 euros, dénonce-t-il. C'est un système qui sert à prendre le maximum d'argent et à en distribuer le moins possible." 

*Pseudonyme

Faut-il restreindre les conditions d'accès au secteur 2?

Herve  Koskas

Herve Koskas

Non

Nous restons dans le gre à grè. L information doit etre claire: pas de surprise ; pas de dessous de table; c'est le but du S2 !. ... Lire plus

Photo de profil de Sylvester  Bdx
Sylvester Bdx
451 points
Incontournable
Chirurgie plastique reconstructrice et esthétique
il y a 22 jours
30000 euros par mois de chiffres d'affaires...! En psychiatrie, spécialité classée comme peu rémunératrice. Et ce n'est pas un problème d'argent selon l'article, pourtant apparement factuellement si. Je trouve qu'il y a souvent un excès de dirigisme dans ce pays mais dans l'état des finances actuelles, il n'est pas anormal de ne pas financer une retraite à des personnes qui peuvent avoir un ca de 30000 euros par mois en sus. Il y a des lois à respecter et aussi la décence. Quand on revendique peut-être 300000 euros de ca annuel et donc peut-être 150000 euros de résultat, on ne réclame pas d'argent de la caisse si on y a pas droit. En revanche, oui les retraites carmf sont très faibles par rapport au niveau de formation, de responsabilité et de cotisation. Mais dans l'état des finances et de la politique, l'absence de solidarité dans la profession où tout le monde se tire entre les pattes entre spécialités, on fait quoi? On va demander aux cadres de partager avec nous, alors que la carmf est ponctionnée par les autres caisses? En tous cas quand on lit une pareille exagération, on se demande ce que l'homme attend de la vie... Faut pas s'étonner de passer pour des nantis et aussi vis à vis des juges, quand on fait des recours de ce type.
Photo de profil de Avocat  Du Diable
Avocat Du Diable
5,1 k points
Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 22 jours
Si je fais le calcul de ce qui reste entre le brut et le net et les cotisations intégrales à la CARMF auxquels il faut encore ajouter l'imposition sur le revenu sur la misère qu'il reste , autant rester chez soi . Quelqu'un n' a t'il pas dit qu'un aménagement des cotisations des retraités cumulards ne servait à rien pour motiver les médecins à poursuivre leur carrière à point d'âge ? Sommes nous C.... , sommes nous serviables et patriotes au point de tout pardonner aux politiques pour protéger les populations où la démographie médicale s'est effondrée ***(comme ses vilains l'ont voulu) , sommes nous dépendants de notre travail . Ces vilains continuent toujours et toujours dans l' ignominie . (*** Oui , cet affaissement démographique est voulu . "C'est quand même pas Roseline qui peut nous dire le contraire", cependant la complicité des syndicats de médecins m'étonne et me laisse perplexe ) J'aimerai que les syndicats s'expliquent avec une argumentation plus pertinente que le numérus clausus. EGORA est il prêt à mener l'enquête ?
Photo de profil de GILLES SOURNIES
GILLES SOURNIES
26 points
Gynécologie-obstétrique
il y a 22 jours
Il est bon se rappeler que notre président Mr Macron était indigné par le fait que les médecins en emploi-retraite était encore assujettis en pure perte à la CARMF. Et ce dans un discours de voeux de fin d'année ! Ses paroles se sont bien sur envolées. La bonne question a se poser, c'est quel va être son bilan dans le domaine de la santé à la fin de ses 2 mandats.
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Déontologie
"Je suis fier d'être resté fidèle au serment d'Hippocrate" : médecin retraité sanctionné pour avoir soigné ses...
21/05/2026
23
Histoire
De jeune médecin inconnu à bourreau… Un historien retrace le parcours de Mengele, "l'Ange de la mort"
07/05/2026
0
Déontologie
"Chez vous, on fait beaucoup d'enfants" : une étude fait la lumière sur "les violences médicales racistes"
02/06/2026
39
Infectiologie
Maladie de Lyme : malgré des avancées, des patients toujours en errance
27/05/2026
2
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2