"Un échec total" : l'UFML veut mettre fin au financement des IPA
Alors que le Gouvernement mise, entre autres, sur les infirmières en pratique avancée (IPA) pour dégager du temps médical, l'UFML-S tient à rétablir "la vérité" sur ce statut. Avec à peine quelques centaines d'IPA en libéral, ce modèle est un "échec" pour le syndicat, et ne devrait plus être soutenu financièrement.
"Si les IPA sont présentées, par le Président de la République et les ministres de la Santé successifs, comme des piliers de leur politique de santé, il est temps de le dire : ces piliers ne soutiennent rien", écrit l'UFML-S dans un communiqué de presse diffusé ce vendredi 18 juillet. Alors que l'exécutif cherche à faire des économies sur la santé, le syndicat, présidé par le Dr Jérôme Marty, suggère de mettre fin au financement des infirmières en pratique avancée. Une proposition choc, alors que ces professionnelles, de niveau master, viennent d'obtenir l'accès direct et la primo-prescription.
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Pour le syndicat de médecins, mettre en avant le "rôle indispensable" des IPA pour favoriser l'accès aux soins en ville s'apparente au mieux à "un élément de langage", "au pire" à "une manipulation, au regard du nombre d'IPA installées en libéral". Sept ans après la parution du décret entérinant la naissance de ce nouveau métier, "il y a 300 IPA libérales. Pour 130 000 médecins libéraux cela fait un total de 0,0023 IPA par médecin. Soit une IPA pour 433 médecins, ou encore une IPA pour 233 333 Français", calcule l'UFML-S. "Voilà la réalité des IPA. Présentes à l'hôpital, elles n'existent pas dans le secteur libéral… C'est un échec, total, indubitable", affirme le syndicat de médecins.
Dans son communiqué, l'UFML-S critique également sévèrement le bilan des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). "Leur mission première était de trouver un médecin traitant à chaque patient sans médecin traitant sur le territoire dont elles ont la charge… Près de dix ans après leur création (26 janvier 2016 et … 900 CPTS plus tard…), plus de sept millions de Français sont sans médecin traitant… Un record historique", pointe le syndicat, qui appelle également à arrêter de les financer.
"Des centaines de millions d'euros sont ainsi dépensés chaque année [pour les IPA et les CPTS] sans aucune amélioration de l'accès aux soins", déplore l'Union française pour une médecine libre, se disant "soucieuse des dépenses publiques et de la cohérence des politiques sanitaires".
"Le report à des fins économiques, des revalorisations conventionnelles prévues au 1er juillet 2025 pour les spécialités les plus fragiles et les plus difficiles d’accès pour les patients, sonne, dès lors, là encore, au mieux comme une tartufferie, au pire comme une preuve de plus de la mauvaise gestion de notre système de santé par ses responsables politiques", fustige l'UFML. Et de dénoncer "les attaques contre le secteur 2", qui "ne grève en rien les dépenses d'assurance maladie".
Le syndicat appelle les pouvoirs publics à mettre en place une grande loi santé, "construite avec l'expertise des soignants libéraux et hospitaliers".
L'Unipa dénonce "une stratégie médicale"
Contacté par Egora, le président du syndicat des IPA dénonce fermement une "stratégie médicale pour empêcher l’accès aux soins des usagers, et pour que tout passe par le médecin". "Ce n’est pas acceptable", fustige Emmanuel Hardy, faisant part d’une "certaine lassitude". "C’est facile de dire que l’on ne se déploie pas quand eux-mêmes freinent le déploiement", rétorque Emmanuel Hardy.
L’avis de l’UFML ne "nous empêchera pas de nous développer", ajoute le chef de file des IPA. Et de rappeler : "On est là pour la population, pas pour les médecins." Emmanuel Hardy juge le nombre de 300 IPA libérales avancé par l’UFML "obsolète". "D’après les chiffres de juillet 2024, 277 IPAL ont coté un PAI [forfait] avec plus de 10 actes sur la période des 12 derniers mois. [Depuis], il y a des collègues qui sont sortis, [d’autres] qui se sont installés. Il y a aussi des collègues de l’hôpital qui sont partis en ville..."
Pour le syndicaliste, par ailleurs, l’UFML ne se base sur aucune donnée probante pour affirmer que les infirmières en pratique avancée ne participent pas à améliorer l’accès aux soins. "Sur quoi se base-t-il pour donner cet avis ?", interroge Emmanuel Hardy. "Dans ma maison de santé, depuis mai 2023, c’est 400 patients de ‘rentrés’, soit 10% de la patientèle totale."
Emmanuel Hardy rappelle que l’arrêt du financement n’est pas au programme, puisque la lettre de cadrage des ministres de la Santé, qui a permis de lancer les négociations sur la nouvelle convention infirmière, stipule bien que l’accès direct aux IPA doit être financé.
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