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Mici : quelle prévention alimentaire ?

Certains régimes favorisent la prévention des Mici, mais leur efficacité thérapeutique reste incertaine.

30/05/2025 Par Caroline Guignot
Nutrition
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Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (Mici) sont en augmentation constante, notamment dans les pays industrialisés. Outre la pollution environnementale, l’alimentation semble particulièrement incriminée dans cette progression. Reste qu’une fois la maladie développée, les approches nutritionnelles restent peu convaincantes.

Sur le plan épidémiologique, de nombreuses études ont mis en évidence qu’une consommation élevée de viande rouge, de sucres, de boissons sucrées ainsi qu’une faible consommation de légumes et de légumineuses sont associées à un risque accru de survenue de Mici. À l’inverse, un régime riche en fruits, légumes et acides gras oméga 3 est associé à un risque réduit. Au cours des Journées francophones d’hépato-gastroentérologie et d’oncologie digestive (JFHOD) 2025, qui se sont tenues à Paris en avril dernier, des travaux qui visaient à établir plus précisément la nature de certains aliments bénéfiques ont été présentés. Ils ont confirmé que toute augmentation de 100 g de consommation de fruits, légumes, légumineuses et pommes de terre était associée à une réduction de 9 % du risque de maladie de Crohn (MC) mais pas de rectocolite hémorragique (RCH). La force de ce travail est d’avoir analysé plus de 300 000 participants suivis prospectivement sur plus de vingt ans (cohorte Epic). Et en regroupant cinq aliments – pommes, poires, bananes, champignons et ail/oignons –, il était possible de retrouver une corrélation qui était comparable à celle observée pour l’ensemble des fruits et légumes ; cette association était inexistante dans la RCH. Reste néanmoins à déterminer si ce groupe d’aliments reflète indirectement la qualité de l’alimentation, ou si certains de leurs composés (fibres, inuline, pectine) en sont responsables. « Ces données pourraient toutefois aider à établir de futures recommandations diététiques destinées aux patients atteints de Mici, a suggéré le Dr Antoine Meyer, gastroentérologue (Le Kremlin-Bicêtre). Ce serait en tout cas utile d’en informer les apparentés de premier degré. »

De façon plus surprenante, les données reflétant les liens entre type d’alimentation et activité de la maladie sont rares, et expliquent l’absence de préconisation sur le sujet au sein des recommandations nationales ou européennes(1). Présenté lors des JFHOD, le suivi d’une cohorte française, rassemblant 2 514 personnes atteintes de Mici (dont 1715 patients atteints de MC), a permis d’observer une baisse de moitié de l’activité de la MC en cas de forte consommation de salade, légumes, haricots ou de fruits. Dans la RCH, si une faible activité de la maladie était associée à une forte consommation de salade ou de fruits, les légumes et les haricots n’étaient, en revanche, pas associés à une réduction de son activité. Et, quelle que soit la Mici, la forte adhésion au régime méditerranéen était associée à un risque divisé par deux d’avoir une maladie active.

Un risque lié aux aliments ultratransformés

Outre la nature des aliments, c’est aussi leur mode de production qui est montré du doigt. L’alimentation ultratransformée, dont la part croît dans les habitudes, expose à la fois à une moindre qualité nutritionnelle, une contamination issue des processus de préparation, de conservation et de conditionnement (additifs, contaminants…) et à des altérations liées au mode de préparation, qui conduisent à la modification de la structure physique et chimique des aliments, altérant leur biodisponibilité. Une étude internationale(2) rassemblant plus de 110 000 personnes a récemment décrit que consommer plus de 5 portions par jour d’aliments ultratransformés était associé à une augmentation de 82 % du risque de Mici, et encore davantage pour la MC prise seule, par rapport à ceux qui n’en consommaient pas, et alors que l’influence des différents types d’aliment était écartée.

Quels conseils ?

En pratique, aucun régime permettant de favoriser ou prolonger les rémissions n’est aujourd’hui défini(1). Aussi, lors des poussées, les apports en protéines doivent être accrus (1,2 à 1,5 g/kg/j chez les adultes), sans modification des apports énergétiques totaux, sauf cas particuliers. Si les régimes d’exclusion systématique (sans gluten, etc.) ne sont pas recommandés dans les Mici, certaines adaptations transitoires peuvent toutefois être envisagées et adaptées au cas par cas face à certaines intolérances fréquentes (lactose, épices, fibres…). Une adaptation de la texture des aliments peut aussi aider les patients avec sténose (limitation des fibres insolubles, alimentation molle ou mixée…) mais un régime pauvre en résidus ne doit pas être prolongé. Le régime limitant les Fodmap semble aussi soulager les symptômes fonctionnels chez certains, mais les patients doivent savoir qu’il ne permet pas de modifier l’évolution de la maladie. Afin d’éviter les carences (fer, vitamines B12 et D, folates), une supervision nutritionnelle est préconisée. Lors de la rémission, les apports protéiques sont similaires à ceux des sujets sains. Outre le fait de choisir une alimentation équilibrée, il faut sensibiliser les patients aux modes de préparation : produits frais, cuisine maison… Les recommandations européennes n’omettent pas l’importance de l’activité physique, en préconisant des activités régulières en endurance, ni le lien avec le microbiote. Mais s’il existe bien un lien étroit entre ce dernier, ses métabolites et les Mici, les recommandations pratiques restent limitées et sont globalement en défaveur des différentes approches, que ce soit concernant les prébiotiques, probiotiques ou la transplantation, les données étant pour l’heure insuffisantes.

Références :

D’après la session « Mici et environnement » lors des Journées francophones d’hépato-gastroentérologie et d’oncologie digestive (Paris, 20-23 mars).

  1. Stephan C, et al. ESPEN guideline on Clinical Nutrition inflammatory bowel disease. Clinical Nutrition 2023;42(3):352-79.

2. Narula N, et al. BMJ 2021;374:n1554.

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