Seniors

La vaccination pour prévenir la perte d’autonomie

[DOSSIER ENJEUX 2026] Améliorer la couverture vaccinale des personnes âgées contre les infections respiratoires permettrait d’éviter nombre d’hospitalisations et de décès, mais aussi de prévenir la perte d’autonomie, prêche un livre blanc rédigé par plusieurs sociétés savantes concernées. 

01/01/2026 Par Muriel Pulicani
Vaccination Infectiologie
Seniors

"Chaque année, plus de 100 000 seniors sont hospitalisés pour des infections évitables par la vaccination, ce qui a un impact extrêmement délétère : surinfections bactériennes avec problématique de l’antibiorésistance, décompensation de la dysfonction cardiaque, état de confusion pouvant entraîner des troubles cognitifs, et effet domino sur l’autonomie", a alerté la Pre Élisabeth Botelho-Nevers, cheffe de service infectiologie au CHU de Saint-Étienne, lors d’une conférence de presse organisée à l’occasion des Journées annuelles de formation et de recherche de la Société française de gériatrie et gérontologie, qui se sont déroulées du 24 au 26 novembre à Paris. Le "Livre blanc sur les infections respiratoires à prévention vaccinale des seniors - Autonomie des seniors : vacciner pour vieillir en bonne santé " y a été présenté*. 

La grippe, le virus respiratoire syncytial (VRS), le pneumocoque, la coqueluche, le Covid et, hors pathologies respiratoires, le zona peuvent entraîner des épisodes aigus et des hospitalisations qui "accélèrent la dépendance, accroissent les risques de chute, de fractures et d’institutionnalisation, et pèsent sur les aidants", insiste le document. Ses auteurs, la Société française de gériatrie et gérontologie, la Société française de cardiologie, la Fédération française des diabétiques, l’Association nationale des médecins coordonnateurs d’Ehpad et du secteur médico-social, la Fédération nationale des associations de retraités, avec le soutien de huit laboratoires pharmaceutiques, déplorent la faiblesse des couvertures vaccinales en France : "53,7 % pour la grippe, 21,7 % pour le Covid et moins de 20 % pour les pneumocoques."

Un appel à l'action

La situation s’expliquerait par plusieurs freins "institutionnels, organisationnels, individuels et collectifs" : "Une culture de prévention historiquement faible, des messages perçus comme techniques et peu personnalisés, un parcours vaccinal complexe et inégal selon les territoires, des outils numériques insuffisants (pas de carnet vaccinal partagé, peu de rappels automatisés), des retards d’accès aux innovations (vaccins antigrippaux améliorés…) et un pilotage institutionnel fragmenté." "Il n’y a pas de vraie politique vaccinale forte chez les personnes âgées", a pointé la Pre Botelho-Nevers.

Aussi, pour remédier à ces manques, le livre blanc édicte une "feuille de route opérationnelle" comprenant six axes d’action : "Renforcer la gouvernance nationale et la coordination territoriale ; simplifier le parcours vaccinal et garantir l’égalité d’accès ; informer et sensibiliser les seniors et les parties prenantes ; mobiliser et former les professionnels de santé ; favoriser l’accès à l’innovation (y compris par l’usage des outils numériques et leur déploiement) ; intégrer la prévention vaccinale dans le parcours gériatrique."

De nouveaux outils pour les médecins

À destination des soignants, il préconise de renforcer la formation initiale et continue, avec des contenus incluant "la gestion de l’hésitation vaccinale, la communication persuasive et l’entretien motivationnel", de fournir des "outils simples pour mieux informer et convaincre les patients" (fiches explicatives, messages types, check-lists…) et de "valoriser leur engagement" via un financement et du temps médical spécifiques et l’instauration d’indicateurs de qualité. Le livre blanc veut ancrer "une logique de rappel et d’opportunité systématique lors des soins", via une "vérification automatique du statut vaccinal" par le médecin, "une consultation dédiée à 65 ans", l'"intégration de la vaccination dans la gestion des maladies chroniques évolutives", "dans les évaluations gériatriques standardisées" et "lors de l’entrée en Ehpad", et pour faciliter l’accès, "la coadministration de vaccins" et leur "gratuité dans tous les contextes, y compris à l’hôpital".

"On mise sur le collectif", a souligné la Dre Anne Mosnier, médecin généraliste, épidémiologiste et directrice médicale du bureau d’études en santé et environnement Open Rome. "La vaccination n’est pas qu’une dépense, c’est un investissement en qualité de vie pour les personnes qui vieillissent."

Références :

D’après une conférence de presse à l’occasion des Journées annuelles de formation et de recherche de la Société française de gériatrie et gérontologie (25 novembre).

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