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Protoxyde d’azote : une pratique festive qui inquiète les neurologues
Effets euphorisants, sensation d’ivresse, désinhibition… et atteintes neurologiques sévères. Facile d’accès et peu coûteux, le "gaz hilarant" a vu sa consommation croître fortement ces dernières années, au grand dam des addictologues et des neurologues.
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Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), 6,7 % des adultes ont déjà consommé du protoxyde d’azote au cours de leur vie, dont 11,7 % des 18-24 ans et 12,5 % des 25-34 ans. Chez les lycéens, 5,8 % l’auraient déjà expérimenté. "C’est une consommation qui augmente très fortement, probablement à la suite du Covid, avec des personnes qui se retrouvaient seules à la maison et pouvaient le commander facilement sur les réseaux sociaux", constate le Dr Cédric Dusanter, du service de neurologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Mais c’est surtout en milieu festif, notamment dans les soirées étudiantes, que le "proto" a connu son essor.
Vendu comme gaz propulseur pour aérosols de crème fouettée, sous forme de cartouches argentées de 7 g, ce gaz a récemment vu sa vente encadrée, d’abord par l’interdiction de vente aux mineurs en 2021, puis par une limitation des volumes d’achat en 2024. Déposée en novembre 2025, une proposition de loi vise à en restreindre la vente aux seuls professionnels. Le marché s’est largement délocalisé sur internet, où le gaz est désormais proposé sous forme de bonbonnes (600 g) et de réservoirs (2 kg), dont le design très coloré vise à séduire un public jeune.
Troubles psychiatriques, cognitifs et neurologiques
Parmi ses principaux effets aigus, le protoxyde d’azote peut occasionner pertes de connaissance, désorientation, vertiges et chutes. En cas de consommation répétée ou importante, outre le risque d’addiction, de troubles psychiatriques et cognitifs, il est lié à des complications hématologiques et vasculaires (anémie, thromboses) mais surtout neurologiques. Parmi ces dernières, les neuropathies sensitives et/ou motrices prédominent au niveau des membres inférieurs. Des atteintes médullaires (myélopathies), isolées ou associées aux neuropathies, peuvent quant à elles engendrer troubles vésicosphinctériens, ataxies et syndromes pyramidaux, allant jusqu’à la perte de la capacité à marcher.
Conséquence d’un usage en forte hausse, le nombre de signalements d’addictovigilance (des troubles neurologiques dans 80 % des cas) s’envole, indiquait Santé publique France (SpF) en avril 2025. Entre 2020 et 2023, il a été multiplié par 3, tandis que celui de cas graves l’a été par 3,8. La majorité des signalements (59 %) correspondent à des usages répétés sur plus d’un an.
Le principal mécanisme impliqué, mais peut-être pas le seul, est l'inactivation de la vitamine B12, via l’oxydation de son noyau cobalt. Or, cette vitamine, également nommée cobalamine, agit comme cofacteur d’une enzyme, la méthionine-synthase, cruciale pour la production de protéines constitutives de la myéline, d’où l’atteinte des nerfs périphériques.
Des séquelles parfois irréversibles
"Dans la grande majorité des cas, le sevrage et la complémentation en vitamine B12, d’abord en parentéral puis per os jusqu’à disparition des symptômes, entraînent une bonne amélioration. Mais les patients vus tardivement, qui présentent déjà une atteinte sévère des nerfs, peuvent garder des séquelles. Et la situation peut encore s’aggraver lorsqu’ils reconsomment du protoxyde d’azote", ajoute Cédric Dusanter.
Quant à l’usage de la vitamine B12 comme "antidote", une pratique qui se répand parmi les "accros", c’est "une fausse bonne idée", estime SpF : "si on continue à consommer du protoxyde d’azote, la vitamine B12 sera systématiquement neutralisée et inefficace".
À défaut de filière dédiée, le suivi de ces patients, "au carrefour de la neurologie, de la psychiatrie et de l’addictologie", demeure difficile, constate Cédric Dusanter. Selon SpF, "une prise en charge addictologique n’est proposée que dans 16 % des cas, avec un refus des patients dans 15 % des cas".
"Nous avons du mal à mettre en place des parcours de soins, d’autant que ces patients reviennent peu aux rendez-vous de suivi. Parfois, on ne les revoit que bien plus tard, parce qu’ils ont replongé", explique le neurologue parisien. "Au-delà de l’alcool et du tabac, il peut être utile d’interroger les jeunes sur l’usage de protoxyde d’azote, en particulier en cas de signes neurologiques. Et éventuellement d’orienter le patient vers un électromyogramme ou une IRM médullaire."
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Références :
Journées de neurologie de langue française (JNLF 2026), du 14 au 17 avril, Marseille. D’après la session "Accro aux nerfs (neuropathies des toxiques récréatifs en 2026)" (15 avril).
"Les niveaux d’usage des drogues illicites en France en 2023", Tendances n° 164, OFDT (juin 2024) ; "Les usages de substances psychoactives chez les collégiens et les lycéens – résultats EnClass 2024", février 2026, OFDT ; et "Le “proto”, des cas d’intoxication toujours en augmentation", Santé publique France (16 avril 2025).
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