Le fondateur de SOS Médecins, le Dr Marcel Lascar, en 2005. Crédit : Conan frederic/Wikimedia Commons..
L'incroyable histoire derrière la création de SOS Médecins, il y a 60 ans
L'organisation a vu le jour le 20 juin 1966 grâce au généraliste Marcel Lascar, qui s'est inspiré d'un service de plomberie. Elle est née "d'un traumatisme et d'un Eurêka", selon la formule du journaliste Jean-Daniel Roob, co-auteur, avec le fondateur, du livre-témoignage "Médecin S.O.S", publié en 1977, qui retrace les débuts de l'aventure.
Le fondateur de SOS Médecins, le Dr Marcel Lascar, en 2005. Crédit : Conan frederic/Wikimedia Commons..
1966. "À ce moment-là, la médecine d'urgence à Paris était d'un archaïsme invraisemblable", posait sur le papier le généraliste parisien Marcel Lascar, dans cet ouvrage. Il détaillait l'offre d'alors : il y avait le médecin de famille, que "rien [n'] interdi[sait] de se déplacer" pour une urgence, "sinon qu'il a, lui aussi, droit au repos". Il y avait aussi les trois médecins de la garde officielle de la préfecture, mais "privés de moyens, submergés par le volume des demandes, ils arrivaient sur place, si tout allait bien, entre cinq et sept heures après l'appel". Il y avait, enfin, le tour de garde organisé dans chaque quartier par les syndicats médicaux, "en principe un médecin par arrondissement, chaque nuit, ainsi que le dimanche et jour férié". Sauf que "les médecins se battaient pour ne pas prendre la garde" et que, même quand celle-ci était assurée, le système avait ses limites : quand le praticien était en visite, les patients appelaient dans le vide. Le Dr Lascar apprendra plus tard qu'à l'époque, les journaux "fourmillaient de réclamations indignées".
En 1966, Marcel Lascar, lui, vient de s'installer en tant que généraliste libéral dans le 11e arrondissement de la capitale. Dans sa patientèle, il a un certain M. L, 75 ans, souffrant d'une insuffisance coronarienne. Il l'apprécie : il est "charmant, courtois, aimable", "cultivé", et ne fait "jamais la moindre objection" en cas de modification de son traitement. C’est le "malade parfait", écrit-il, et "si tous mes clients avaient été ainsi, l'exercice de la médecine m'aurait semblé un métier idéal". Or ce n'est pas toujours aussi facile. Alors raconte-t-il, "lorsque se présentait l'occasion d’un week-end à la campagne, je ne la manquais pas". Ce fut le cas un week-end de 1966, dont il rentre le dimanche soir. Le lundi matin suivant, de bonne heure, on sonne à sa porte : c'est la femme du patient, vêtue de noir, qui lui annonce que son mari est mort le samedi soir. Elle explique : M.L a eu mal dans la poitrine. Elle a cherché le médecin, qui était absent, n'en a pas trouvé d'autre. Pour le jeune généraliste, cet épisode est un traumatisme. Il ne peut "admettre que dans notre forme de civilisation avancée, des gens meurent en plein Paris, faute de soins. Mais la solution n'était pas de tuer le médecin en lui refusant toute vie personnelle."
Peu après, le généraliste, affecté par le décès et ses circonstances, rentre chez lui un soir, tard. Il décide de prendre un bain, mais dans son appartement, qui fait à la fois office de domicile et de cabinet de consultation, l'installation est délabrée. Le robinet d'eau chaude se bloque, il insiste, et la pièce lui reste dans la main alors que l'eau continue de couler. Ne réussissant pas à trouver le robinet d'arrêt, il saisit le téléphone et compose un numéro facile resté dans sa mémoire : S.O.S.99., celui d'une association de plombiers radioguidés. Dix minutes plus tard, un plombier arrive et procède à la réparation. "Comment ne me serais-je pas demandé pourquoi les tuyaux de plomb étaient mieux traités que les coronaires ?" Cette mésaventure banale d'une robinetterie qui lâche sera son "Eurêka" : il entend créer un service similaire, avec des médecins qui arrivent rapidement au domicile. L'idée de SOS Médecins est née. Il lui faut désormais des médecins, des voitures reliées par radio à un standard qui centralisera les appels.
"Neuf appels, une vie sauvée"
Le Dr Lascar n’ayant "ni argent, ni expérience dans ce type d'organisation", démarche SOS Plombiers. Le PDG de la compagnie comprend l'intérêt de son projet. Ils se mettent d'accord sur "les modalités d'un contrat de location mensuelle". La compagnie s’engage à fournir "trois, puis cinq", voitures équipées de poste de radio, ainsi qu'un local, où sera installé le standard, et relève le défi en un mois. Marcel Lascar, lui, invite des copains médecins à le rejoindre. Et envoie une note à la presse, qui la publie largement, à l'instar du Monde. Elle indique qu'"à partir de ce soir 20 heures, vous pourrez obtenir en moins d'un quart d’heure un médecin de nuit à Paris, en appelant le numéro 'POR.51.99'" et explique le dispositif. À 20 heures, le premier appel retentit : une "syncope chez une cardiaque, rue Lauriston" (Paris 16e). "Neuf appels, une vie sauvée" sera le bilan de cette première, qui s'affiche en Une de France-Soir, rapportera cinq décennies plus tard Le Parisien. Mais si "enthousiasme" de la presse et des usagers il y a eu, SOS Médecins a suscité à ses débuts "l'hostilité du Conseil de l’Ordre et des pouvoirs publics furieux de cette concurrence inattendue". Le Dr Lascar, qui a créé SOS Médecins "pour rendre service", s'est vu lui remettre en 2022 la médaille du Chevalier dans l'Ordre de la Légion d'honneur.
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