Réchauffement océan

@Curioso.Photography - stock.adobe.com

Avec le réchauffement marin, l’émergence de nouvelles neurotoxines

Longtemps absentes des eaux françaises, plusieurs neurotoxines problématiques font leur apparition, à faible dose, dans la chair de bivalves. Si le risque semble pour l’instant faible, la vigilance est de mise face à ce risque émergent, directement lié au réchauffement des océans.

08/07/2026 Par Romain Loury
Neurologie JNLF 2026 Santé environnementale
Réchauffement océan

@Curioso.Photography - stock.adobe.com

Poussées par les courants, des espèces originaires des eaux tropicales ou subtropicales élisent domicile sur les côtes européennes, où le réchauffement leur permet désormais de s’implanter. Exemple, les physalies (ou "galères portugaises") : malgré leur ressemblance avec des méduses, ces organismes sont en réalité des colonies flottantes d’organismes zooplanctoniques. Les physalies sont dotées de longs tentacules chargés d’un venin qui, au-delà d’une vive douleur, peut engendrer une perte de connaissance et de sévères atteintes neuromusculaires. Le risque est notamment celui de la noyade, à la suite de l’incapacité de nager. Après de premiers signalements d’envenimation en 2008 sur la côte atlantique, des alertes ont été lancées en 2023 et 2025, avec respectivement 149 et 123 cas rapportés aux centres antipoison ces années-là.

Ces chiffres sont probablement très éloignés de la réalité : "Les centres antipoison ne sont pas des registres de données exhaustifs. Si une personne consulte son pharmacien, son généraliste ou se rend aux urgences sans contacter le centre antipoison, le cas n’est pas recensé", explique Sandra Sinno-Tellier, coordinatrice du dispositif de toxicovigilance à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Toutefois, "cette “partie émergée de l’iceberg” suffit à attirer notre attention et éventuellement à donner l’alerte".

De nouvelles toxines en cours d’installation

Autre risque émergent, l’arrivée de nouvelles algues microscopiques. "Le phénomène peut être lié au réchauffement climatique mais aussi à la navigation des bateaux qui, avec leurs eaux de ballast, déplacent des colonnes d'eau d’une région du monde à l’autre", explique Sandra Sinno-Tellier. Longtemps inconnues sur les littoraux métropolitains, de nouvelles biotoxines sont désormais détectées, en faibles quantités, dans des coquillages français.

Parmi elles, la saxitoxine peut, à forte dose, engendrer des paralysies respiratoires. Bien que détectée en France en 2008, elle n’est à ce jour impliquée que dans un seul cas probable, celui d’une jeune femme ayant consommé en 2019 des moules contaminées provenant d’Italie. Autre toxine émergente, l’acide domoïque, retrouvé dans des coquillages de Bretagne et de la Manche, engendre des syndromes amnésiques, avec pertes de mémoire à court terme, confusion mentale et désorientation. Là aussi, un seul cas probable a été notifié en France, en 2012, chez un homme ayant consommé des coquillages vendus dans un supermarché breton.

La tétrodotoxine, qui abonde dans le poisson-globe ("fugu") responsable de plusieurs décès chaque année au Japon, est aussi retrouvée, depuis 2015, dans la chair de coquillages européens, notamment français. Si des intoxications ont été observées à La Réunion, aucune n’est encore survenue en métropole. Quant aux brévétoxines et aux pinnatoxines, encore mal connues, elles ont aussi fait leur apparition dans les eaux hexagonales.

La ciguatera, bientôt en Méditerranée ?

D’autres maladies émergentes, aux effets neurologiques, sont à l’approche. Exemple, la ciguatera, liée à l’ingestion de toxines produites par des microalgues de récifs coralliens, est due à la consommation de poissons tropicaux – notamment dans les régions ultramarines françaises. Après des cas d’intoxication aux Canaries, des ciguatoxines ont récemment été détectées dans des poissons pêchés aux Baléares, sans victime recensée à ce jour.

En cas d’intoxication, l’Anses préconise de contacter un centre antipoison, de conserver les restes du repas et de mener des analyses sanguines et urinaires. "Il faut continuer à faire son travail habituel de clinicien, de prélèvement, de diagnostic différentiel", estime Sandra Sinno-Tellier. Face au réchauffement climatique, "nous n’avons pas connaissance de toutes les pathologies qui peuvent arriver, car c’est un paysage en constante évolution. Il faut donc garder à l’esprit la possibilité d’une maladie émergente, dont les premiers cas seront toujours les plus difficiles à identifier".

 

Des microplastiques partout… jusque dans le cerveau 

Autre fléau environnemental, les microplastiques (moins de 5 mm) et nanoplastiques (moins de 1 µm) auraient des effets délétères sur le cerveau. En 2024, une étude américaine, menée sur des personnes décédées, révélait l’accumulation de microplastiques dans le foie et dans le cerveau, plus marquée en 2024 qu’en 2016(1). "En huit ans, nous sommes devenus plus contaminés par les microplastiques. Ce résultat pourrait s’expliquer par l’augmentation de la production plastique au niveau mondial", constate le Pr Xavier Coumoul, professeur de toxicologie et biochimie à l’Université Paris Cité. Or, selon cette étude, la teneur cérébrale en microplastiques était plus élevée chez les personnes décédées d’une démence liée à l’âge. Chez l’animal, plusieurs travaux ont montré qu’une contamination cérébrale par les microplastiques engendrait une neuro-inflammation, une altération des fonctions cognitives et des modifications du comportement.

1- Nihart AJ, et al. Nature Medicine, 3 février 2025.

 

Les autres articles de ce dossier :

-Protoxyde d’azote : une pratique festive qui inquiète les neurologues

-Troubles neurologiques fonctionnels : vers une meilleure reconnaissance ?

-Sclérose en plaques : avant la SEP clinique, la quête de la "phase invisible"

-Migraine : des traitements de fond encore peu prescrits

-Maladie de Parkinson : vers un avenir post-dopamine ?

Etes-vous favorable à l'interdiction de la vente de tabac à toute personne née après 2009 ?

J F

J F

Non

Non, parce que c'est totalitaire et il n'y a pas d'argument a ajouter, même si ce n'est pas logique d'accepter cette situation. Et... Lire plus

2 débatteurs en ligne2 en ligne
 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

Médecine générale
Partage de compétences : "La démographie médicale ne doit pas être le prétexte à tout"
23/06/2026
5
Enquête Déontologie
ENQUÊTE. "Certains patients veulent se payer un médecin" : ces plaintes abusives qui embolisent la justice...
15/06/2026
25
Histoire
L'incroyable histoire derrière la création de SOS Médecins, il y a 60 ans
19/06/2026
5
Infectiologie
Maladie de Lyme : malgré des avancées, des patients toujours en errance
27/05/2026
2
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3
La Revue du Praticien
Diabétologie
HbA1c : attention aux pièges !
06/12/2024
2