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Santé périnatale : ces signaux d'alerte qui font dégringoler la France en bas du classement européen

Santé publique France (SPF) vient de dresser un bilan la santé périnatale en France sur ces 10 dernières années. Il en ressort plusieurs évolutions défavorables - hausse de la mortalité infantile, des facteurs de risque prénataux - , ainsi qu’un manque de prévention, et de prise en charge des troubles psychiques, qui doivent attirer l’attention des pouvoirs publiques.

08/07/2026 Par Dre Marielle Ammouche
Gynécologie-Obstétrique Pédiatrie Santé publique
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Parmi les indicateurs qui doivent alerter figure en premier lieu l’augmentation de la mortalité infantile (décès entre 0 et 364 jours). Elle atteint 4,08 décès pour 1 000 naissances vivantes en 2024, contre 3,49 en 2014. C’est une "tendance préoccupante" confirme Elodie Lebreton, chargée d'études scientifiques dans l'Unité périnatale, petite enfance et santé mentale de la Direction des maladies non transmissibles et traumatismes de Santé publique France (SPF), qui présentait ces résultats lors d’une conférence de presse, le 7 juillet. D’autant que la France est particulièrement mal placée dans ce domaine sur le plan européen, au 21ᵉ rang sur 27 – loin derrière des pays comme la Suède (2 pour 1 000), la Finlande (2,1 pour 1000) ou la Slovénie (1,7) - , avec un écart qui se creuse par rapport à la moyenne européenne. 

Les disparités géographiques sont aussi marquées sur le plan régional. En particulier, les taux étaient 1,4 à 2,6 fois supérieurs à la moyenne nationale dans les Drom, oscillant entre 5,75 à La Réunion et 10,55 pour 1 000 à Mayotte. Et dans l’Hexagone, le Grand Est présentait un taux significativement plus élevé (4,90).

Cette hausse de la mortalité infantile est portée par l’augmentation de la mortalité néonatale (0-27 jours) ; les décès survenant ensuite restent plutôt stables. Dans la moitié des cas, ce sont des affections d’origine périnatale qui sont en cause. Viennent ensuite les affections congénitales, qui expliquent environ 20% de la mortalité néonatale. Mais 10% de ces décès restent inexpliqués. 

La prévalence des anomalies congénitales majeures est élevée et s’établit à 3,5 % des naissances, ce qui est supérieur à la moyenne européenne (2,7 %). Environ un quart d’entre elles ont fait l’objet d’une Interruption médicale de grossesse (IMG). Les plus fréquentes sont les malformations cardiaques, suivies des anomalies génétiques (principalement chromosomiques), 

Ainsi que celles des membres (avec augmentation significative des polydactylies), puis celles du rein et du tractus urinaires.

Evolution défavorable des facteurs de risque 

Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte de hausse de l’âge maternel à l’accouchement qui est désormais de 31,1 ans en moyenne, avec 25 % des mères âgées de 35 ans ou plus. Surtout, elle s’accompagne d’une détérioration de la santé des femmes à toutes les étapes de la maternité, et même avant la grossesse. 

Ainsi, la prévalence des facteurs de risque en préconceptionnel augmente : à 37,9% pour le surpoids et l’obésité, 0,92% pour le diabète préexistant, et 1,63% pour l’hypertension artérielle chronique. En outre le diabète gestationnel atteint 15 % en 2024 (vs 7,5% en 2012) et les désordres hypertensifs de grossesse 5,5% (vs 5,1% en 2019). Seul point positif dans ce domaine, le tabagisme recule à 11,8% au 3ème trimestre en 2021 (vs 17,1% en 2010).

Au chapitre des évolutions favorables, on peut mettre aussi le recul de la prématurité, qui concerne 6,7% des naissances en 2024 (vs 7,3% en 2012), "avec une baisse importante entre 2019 et 2020" précise SPF, et touchant principalement la prématurité modérée (32-36 SA). "En revanche, l’extrême prématurité (22-27 SA), bien que rare, augmente (0,43% en 2024 vs 0,31% en 2012)" ajoute l’agence sanitaire.

Les données de SPF soulignent aussi le manque de prévention. Seules 27 % des femmes prennent de l’acide folique avant la grossesse, et 15,7 % reçoivent des conseils sur la prévention de l’infection à cytomégalovirus (CMV). En outre, les entretiens prénataux et postnataux précoces, pourtant obligatoires, sont peu réalisés : chez respectivement 62 % et 25% des femmes seulement.

Insuffisance de prise en charge de la santé mentale

Autre point noir que soulignent ces données, le manque de prise en charge de la santé mentale des femmes. Ainsi, selon les nouvelles données de SPF (issues des enquêtes ENP 2021 et Epiphane), 16,7% des femmes présentent des signe dépression du post-partum, 2 mois après l’accouchement, soit 110 000 femmes. Et plus d’une femme sur 4 est concernée par anxiété (27,6%). En outre 5,5%, soit 35 000 femmes, ont eu des idées suicidaires. Là encore, il existe des variations géographiques importantes, avec une vigilance particulière pour la Guadeloupe, ou près de 30 % des femmes présentent des symptômes de dépression. En métropole, les régions les plus concernées sont le Centre Val de Loire, la Paca, et l’Ile de France.

A cette prévalence forte s’ajoute une absence de recours au système de santé qui est le cas pour près de 3 femmes enceintes sur 4 déclarant des difficultés psychologiques. Cela concerne plus particulièrement les femmes ayant peu de soutien de leurs proches, mais aussi celles ayant développé des pathologies en lien avec leur grossesse (diabète gestationnel, HTA gravidique, anémie…). A l’inverse, un meilleur accompagnement (visites de sage-femmes à domicile, entretiens avec des travailleurs sociaux, préparation à la naissance, …) améliore significativement le recours aux soins anténataux en santé mentale. 

Au vu de ces nouvelles données, SPF préconise de renforcer les mesures de prévention et d’accompagnement, ainsi que la surveillance épidémiologique et les études dans ce domaine.

Références :

Conférence de presse de Santé Publique France (7 juillet)

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