@Alicja neumiler - stock.adobe.com

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Les carences nutritionnelles infantiles refont surface

Depuis une dizaine d’années, la progression de la précarité alimentaire, associée à celle des troubles alimentaires et des régimes inadaptés, rend le statut nutritionnel des enfants préoccupant.

08/07/2026 Par Caroline Guignot
Nutrition
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En 2025, une étude française faisait sensation en rapportant, selon le PMSI, 888 enfants hospitalisés pour scorbut en France entre 2015 et 2023. Après avoir scindé cette période en deux à la date stratégique de 2020, marqueur de la pandémie et d’un accroissement de la précarité (inflation des prix et recours accru à la CMU), les auteurs ont rapporté une augmentation de près de 35 % de l’incidence mensuelle sur 2020-2023 comparativement à 2015-2020, avec une association plausible entre ces cas et la précarité. Ils ont également constaté une hausse de 20,3 % des cas de malnutrition sévère. 

"Ce sont des enfants admis pour douleurs osseuses et pour lesquels nous suspections une maladie rare avant de poser le diagnostic de scorbut. Cela a motivé cette étude, explique son principal investigateur, le Pr Ulrich Meinzer (pédiatre, hôpital Robert-Debré, Paris). Les étiologies différentielles – régime d’exclusion sévère, troubles du comportement alimentaire, troubles du spectre autistique – ne concernaient qu’une minorité de ces cas." 

Association ne vaut pas causalité. La Haute Autorité de santé (HAS) a évoqué en 2018 une potentielle dérive du recours au dosage : car la carence en vitamine C est un diagnostic associé à une valorisation du prix du séjour hospitalier. Pour autant, les conclusions de cette étude sont soutenues par la littérature. Et plusieurs études décrivent des cas de scorbut de même étiologie en Australie ou au Royaume-Uni, avec des taux sanguins de vitamine C d’autant plus faibles que le patient a une situation socio-économique défavorable, même si la fragilité de la vitamine C peut conduire à des taux variables selon les conditions de manipulation de l’échantillon.

Fer, calcium, vitamine D et DHA

La précarité alimentaire reste, quoi qu’il en soit, un facteur de risque. En dessous de 3,85 euros par jour et par personne, il est impossible de se nourrir correctement au sens du Programme national nutrition santé (PNNS). Car les contraintes économiques conduisent à consommer des produits plus caloriques, moins variés et intéressants sur le plan nutritionnel. La carence en vitamine C n’est évidemment pas le seul risque.

La baisse de la consommation de viande, contrainte pour des raisons économiques ou pour des motifs éthiques ou environnementaux, engendre une hausse des carences en fer. Rare chez les plus jeunes ayant une bonne diversification alimentaire et un apport maintenu en lait infantile, elle progresse ensuite. L’étude Esteban évoquait déjà une ferritinémie anormale chez 2 enfants sur 5 il y a dix ans.

La carence en calcium est également favorisée en situation de précarité, surtout chez l’adolescent, qui a des besoins très élevés et qui, à défaut, est exposé à un risque de déminéralisation et à un risque fracturaire plus précoce au cours de sa vie adulte. La carence en vitamine D, fréquente, est préjudiciable lorsqu’elle est associée à celle en calcium. "Or beaucoup de parents oublient de donner les suppléments en vitamine D à leurs enfants, quand ce n’est pas le médecin qui oublie de les prescrire", commente la Dre Sandra Brancato-Bouet (pédiatre libérale à Brignon [Gard], présidente de l’Association française de pédiatrie ambulatoire). Plusieurs publications rapportent d’ailleurs une augmentation des cas de rachitisme et d’ostéomalacie nutritionnelle dans des pays occidentaux.

"En consultation, quatre questions permettent d'identifier les enfants à risque de carence", résume le Pr Patrick Tounian (pédiatre, hôpital Trousseau, Paris) : mange-t-il de la viande deux fois par jour, boit-il du lait le matin, mange-t-il du poisson une fois par semaine et mange-t-il au moins un fruit et un légume par jour ? Autre élément à surveiller, la croissance : une courbe infléchie, une prise de poids insuffisante, des fractures à répétition, y compris chez un enfant très actif, doivent interroger sur le statut phosphocalcique.

La carence en DHA – indispensable pour le développement et les performances cérébrales – est difficile à évaluer, mais elle doit faire recommander la consommation d’au moins un poisson gras par semaine, les sardines et maquereaux étant une alternative économiquement plus accessible. "Les sources de lipides doivent être variées, notamment avant 3 ans. Il faut alterner l’huile d’olive avec le beurre, et surtout l’huile de noix ou de colza, ou des mélanges, à raison d’une à deux cuillères à café par jour », rappelle la Dre Brancato-Bouet.

Pour aider les familles concernées, plusieurs messages simples peuvent réduire les risques de carences : maintenir le lait infantile le plus longtemps possible, privilégier les aliments ayant un NutriScore bas et le fait-maison ou, à défaut, privilégier la baby food – plus équilibrée et avec moins d’additifs. 

"Varier la couleur des aliments dans l’assiette est aussi un marqueur indirect de la diversité alimentaire"  Le programme "Malin" des caisses d’allocations familiales permet aussi aux familles éligibles d’obtenir des bons de réduction pour acheter notamment une alimentation de meilleure qualité, et d’accéder à des informations et recettes pour mieux manger et faire à manger.

"Les carences en micronutriments et vitamines concernent aussi les enfants en situation d’obésité dont l’inflammation chronique réduit la biodisponibilité du fer et qui ont à la fois des besoins accrus et une absorption réduite en certaines vitamines et nutriments", précise le Pr Tounian. Enfin, la très large problématique de la qualité de l’alimentation, compliquée par la précarité alimentaire, ne doit pas faire oublier qu’une fraction des enfants non soumis aux contraintes économiques peuvent avoir des alimentations appauvries causées par des troubles du comportement alimentaire (dont la prévalence a augmenté depuis la pandémie), des troubles du spectre autistique ou des régimes d’hypersélectivité ou d’exclusion plus ou moins sévères : végétarisme, végétalisme. Les carences en vitamines B12, zinc, fer, calcium sont chez eux les plus fréquentes.

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