Bâclée et injuste : ce rapport explique pourquoi la réforme de la Paces est mauvaise | egora.fr
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Bâclée et injuste : ce rapport explique pourquoi la réforme de la Paces est mauvaise

Réputée pour sa mise en place chaotique, la réforme du premier cycle des études de santé (R1C) a fait l’objet d’un rapport d’information sévère de la part de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat. “Effets délétères” sur les étudiants des nouvelles filières Pass/LAS, “mal anticipée”, “trop vite appliquée”... Sa rapporteur décrit une réforme de la Paces complexe, encore peu comprise et cernée par les universités et leurs composantes, dont l’ampleur a été largement sous-estimée. Sonia de la Provôté, sénatrice Union Centriste du Calvados et médecin du travail à l’origine de ce rapport d’information, formule ainsi diverses propositions pour à la fois protéger la promotion auto-qualifiée “crash test” de cette année universitaire, et assurer le bon fonctionnement de la R1C dans le futur.  

 

Egora.fr : Quels enseignements tirez-vous de la mise en place de la réforme du premier cycle des études de santé ? 

Sonia de la Provôté : La réforme est complexe. Au départ, elle devait répondre à l’objectif de diversification des futurs professionnels de santé, puisqu’ils étaient essentiellement citadins, issus de familles aisées qui pouvaient - entre autres - financer des prépas privées assez onéreuses. Ils étaient aussi issus des bacs scientifiques mention “bien” ou “très bien”. Son autre objectif est la réussite des étudiants. L’ancien modèle, celui de la Paces, était un concours qui ne permettait pas d’équivalence et de validation de compétences dans un parcours universitaire en cas d'échec. C’est cette volonté de réussite des étudiants qui a permis, dans le cadre de la R1C, de proposer une formation en complément de la formation spécifique d’accès aux études de santé. Soit par Pass, c’est-à-dire une majeure et une mineure dans une licence associée, autre que l’accès aux professions de santé. Soit par une LAS, une licence avec une mineure santé qui permet de faire une passerelle avec les études de santé. Maintenant, pour ce qui est de sa mise en place… La réforme a été inaugurée dans le contexte de crise que l’on connaît, qui a mis les étudiants dans de grandes difficultés, en termes de psychologie ou d’acquis pédagogiques. Ce que nous avons indiqué, c’est qu’elle n’a pas eu assez de temps pour se structurer. Il faut bien comprendre que ce n’est pas qu’une réforme de l’accès aux études de santé, mais bien une réforme de l’université.  

 

Qu’entendez-vous par là ? 

La réforme repose sur un dialogue entre les différentes composantes de l’université, celles des majeures et des mineures. Ce temps-là, de discussion, n’a pas été pris. Ou, en tout cas, ses acteurs n’ont pas suffisamment mesuré les besoins nécessaires d’échanges pour ce qui concerne les programmes, les heures de cours, les modalités d’évaluation. Désormais, il ne s’agit plus d’un concours, il n’y a plus de note éliminatoire… Tous ces sujets, ces changements, n’ont pas été pris en compte par l’université. Nous avons également relevé un déficit de cadrage national par le ministère avec finalement l’autonomie des universités qui a abouti à ce qu’il y ait autant de mises en œuvre de la réforme que d’universités en France.  

 

 

Dans le rapport, vous insistez beaucoup sur les notions d’information et de communication. C’est ce qui a manqué, selon vous ?  

Ça a manqué en amont, clairement. Quand la question de la réforme est arrivée en discussion au Sénat, nous avons regardé tout ce qu’il était nécessaire de mettre en place, et nous nous sommes dit que le temps était court pour réaliser la mise en place du programme partout en France, des heures de cours, du dialogue entre les composantes. Ce qui a manqué, c’est aussi la communication pour les LAS, beaucoup d’étudiants sont dans un entre-deux et n'appartiennent ni complètement aux études de santé, ni à leur composante tout à fait. Ils n’ont pas de référent. Beaucoup de questions en ont pâti : la charge de travail avec les programmes, le nombre de licences qui accueillent les LAS. Si, dans une université, il n’y a que deux licences qui accueillent les étudiants en santé, on n’est pas dans une logique de la réforme qui vise à une réelle diversité des profils des professionnels de santé. Enfin, ce qui a été largement sous-estimé, c’est l’afflux de demandes d'étudiants à faire des professions de santé, qui ont été mises en lumière au moment de la crise du Covid. Tout ça mis bout à bout, on s’est retrouvés sous-calibrés en termes de moyens et de suivi.  

 

Vous interrogez la pertinence de proposer à la fois une Pass et des LAS au sein d’une même faculté. Pourquoi ? 

Nous posons, en effet, cette interrogation. Le constat que nous avons fait, c’est que dans ce contexte particulier, avec une mise en œuvre...

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