Benjamin Adam

Crédit photo : Reagjir.

Mettre fin à "l'invisibilisation des remplaçants" : le nouveau président de Reagjir détaille ses priorités 

Le Dr Benjamin Adam vient de prendre la tête du Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (Reagjir). Son expérience de syndicaliste, ses priorités pour le mandat qui s'ouvre mais aussi l'arrivée prochaine des élections présidentielles... Le médecin généraliste est revenu sur de nombreux sujets pour Egora.  

30/06/2026 Par Alexis Vignais
Remplacement
Benjamin Adam

Crédit photo : Reagjir.

Egora.fr : Pouvez-vous présenter votre parcours ?  

Dr Benjamin Adam : Je suis le docteur Benjamin Adam. J'ai 35 ans. Je suis marié et j'ai deux enfants. Je me suis récemment installé, il y a six mois à Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire. Avant ça, j'ai été remplaçant, pendant environ cinq ans, dans le bassin de vie de ce département. J’ai fait mon internat en Bourgogne, où j’ai été interne des hôpitaux de Dijon. Avant ça, j'étais externe à Lyon et j'ai également fait un petit passage par l'école de santé des armées, où j'ai débuté mes études de médecine.

Sur mon parcours associatif, estudiantin et syndical, j'ai été, dès le début de mes études de médecine, très investi auprès des associations. Je suis passé par l'Aclé, l'association des carabins Lyon-Est. Arrivé à Dijon, j'ai rapidement pris la présidence de l'AJMGB, l'association des internes de médecine générale de Bourgogne, puis j’en ai été vice-président.

J'ai aussi été membre du bureau national de l'Isnar-IMG où j'ai occupé les postes de chargé de mission communication, puis de premier vice-président, de vice-président et de secrétaire général.  

Et, enfin, il y a deux ans, j’ai monté, avec le docteur Dusein et le docteur Coquemont, la branche Bourgogne-Franche-Comté de Reagir qui était inexistante. Et j'ai rejoint le bureau national de Reagir comme secrétaire général adjoint il y a quelques mois, juste un petit peu avant mon installation.  

Quelles sont vos priorités pour le mandat qui s'ouvre ?  

J’ai deux axes de priorité. Un axe qui est vraiment en continuité avec mes prédécesseurs, c'est sur cette invisibilisation des remplaçants. Il faut vraiment que les remplaçants soient reconnus comme partie intégrante du système de santé. Cet arrêt d'invisibilisation passe par le conventionnement des remplaçants et la reconnaissance du statut de remplaçant. Et pas juste des a priori, où on se dit "de toute façon ils font ça que peu de temps", parce que ce n'est pas forcément vrai, certains décident de garder le statut de remplaçant plusieurs années.

Le deuxième axe, c'est l'image de la profession, en écho avec les rencontres qui viennent d'avoir lieu [les 13e rencontres nationales de Reagjir, NDLR]. Je pense que si on veut construire l'avenir de la médecine générale, quel que soit le mode d'exercice, il faut arrêter les a priori, le doc-bashing et les préjugés, tout simplement pour pouvoir discuter de façon sereine et apaisée avec les tutelles, avec les politiques.  

Tant qu'on fera circuler de fausses informations comme quoi les médecins sont des ingrats corporatistes, comme l'expression qui était sortie il y a quelques années, on ne pourra pas construire sereinement l'avenir de la profession et on ne pourra pas travailler sur son attractivité puisque nos interlocuteurs auront des a priori sur les éléments qu'on va leur apporter.  

Votre mandat va durer un an et parmi les événements majeurs de celui-ci figureront les élections présidentielles. Si vous deviez choisir trois mesures à mettre absolument dans le programme des candidats ?  

L'une des premières mesures en écho avec ce dont on a déjà parlé serait peut-être le conventionnement des remplaçants et la reconnaissance de toutes les professions, finalement, de tous les modes d'exercice. Ça serait une mesure forte vis-à-vis des médecins et des jeunes médecins.  

Ensuite, je pense que toutes les politiques de zonage mériteraient d'être repensées. Les APL [indicateur d’accessibilité potentielle localisée] étaient déjà un pas en avant en affinant les données et en reflétant plus la situation de terrain. Mais en fait, on se rend compte qu'à chaque fois qu'on fait des politiques de zonage avec des aides spécifiques, il y a toujours des effets de seuil.  

Et comme c'est, en général, des quotas, là actuellement pour le zonage ARS, c'est les quotas de la population, parfois ça correspond à pas grand-chose puisqu'une zone qui est considérée comme sous-dotée est peut-être mieux dotée que sa voisine qui est dans une autre ARS. Donc je pense que la politique de zonage, dans son ensemble, pour évaluer l'offre de soins, a besoin d'être repensée pour mieux correspondre à une réalité de terrain.  

Et peut-être moins de choses pensées depuis Paris, où on remplit des tableaux Excel en mettant des noms en face.  

Et de façon plus générale, je pense que nos gouvernants doivent réinvestir le régalien. Et la santé, a fortiori. On l'a vu avec la guerre en Ukraine, l’argent, on l'a trouvé pour réinvestir dans l'armée. Je pense qu’il faut trouver cet argent aussi pour réinvestir dans la santé. Cela pour que l'enveloppe de l'Ondam soit réévaluée pour la médecine de ville, mais aussi pour aider nos confrères hospitaliers, car les situations dans les hôpitaux sont catastrophiques et les budgets explosent à chaque fois. Je pense que si on veut bien accompagner la population, il faut redonner de la latitude financière à la santé.  

Le 11 juin, les sénateurs ont voté en séance publique l'article 1er de la proposition de loi Garot. L'examen du texte n'a toutefois pas pu aboutir et pourrait ne pas reprendre avant plusieurs mois. Reagjir a publié une tribune à ce sujet. Pourquoi, selon vous, c'est une fausse bonne idée ?  

C'est une fausse bonne idée parce qu'en fait, on ne peut pas davantage étaler la confiture. La problématique n'est pas la répartition. Les médecins généralistes sont la profession médicale et paramédicale la mieux répartie en France. Donc il n'y a vraiment pas un problème de répartition, il y a un problème de nombre absolu. Et donc, au mieux, cette proposition de loi, c'est du vent, c'est démagogique, ça ne changerait pas grand-chose pour nous, parce que les zones surdotées n'existent pas, donc il n'y aurait personne qui serait empêché de s'installer quelque part.  

Quels seraient les risques d'un tel projet ? 

Le risque, c'est son inutilité. Je trouve que politiquement, c'est déjà un risque en soi puisqu'on fait un effet d'annonce avec la population qui attend quelque chose derrière et il ne va rien se passer.

Et je ne suis même pas sûr qu'il y ait un risque sur la PDSA puisqu’elle est déjà assurée sur près de 90 % du territoire. Donc je ne suis pas certain qu'il y ait un vrai changement concret dans la vie de nos concitoyens. C'est vraiment un effet d'annonce.  

Par contre, il y a un vrai risque sur l'attractivité de la profession où il y a déjà beaucoup de contraintes. Et de fait, la profession serait encore moins attractive et les gens s'installeraient encore moins en libéral. 

Vous étiez également président de Reagjir Bourgogne-Franche-Comté. Allez-vous continuer à exercer cette fonction et comment cette expérience peut vous être utile pour ce nouveau mandat ?  

Sur la poursuite de la fonction de président de Bourgogne-Franche-Comté, on n’en a pas encore discuté avec le bureau. En pratique, on est, pour l'instant, un petit bureau, donc c'est plus une étiquette qu'autre chose puisque finalement on fait tout tous ensemble avec nos sensibilités. Et puis on est répartis dans la région, donc on a aussi un peu nos territoires de prédilection dans la Bourgogne-Franche-Comté.  

Par contre, c'est sûr que cette expérience locale permet une connaissance des rouages territoriaux avec les ARS, les URPS, etc. Donc le fonctionnement à l'échelle territoriale, on le connaît bien quand on passe par sa structure locale.  

Aujourd'hui, vous exercez en QPV (quartier prioritaire de la ville). À quel point cela est important pour vous ?  

C'est important pour moi parce que la précarité est très présente et je pense qu'on a un fort impact pour la population, notamment en termes de prévention dans les QPV. Non pas qu'il s'agisse de personnes davantage malades ou éloignées du soin, mais des fois, il y a une culture du soin qui est moins présente.  

Il y a beaucoup de recours aux soins par méconnaissance et je pense qu'on a notre place dans cet écosystème un peu plus précaire, tout comme l'école ou la police, pour une prévention et une éducation de la population.  

Si vous aviez un message à faire passer aux jeunes médecins et remplaçants, quel serait-il ?  

C'est que la médecine est un très beau métier, mais ça ne reste qu'un métier et ce n'est pas une vie. Il ne faut pas se sacrifier personnelle ou sa famille pour la médecine. Et c'est vraiment très important d'avoir déjà trouvé un équilibre de vie avant d'essayer de sauver la terre entière.  

Il faut vraiment se détacher du syndrome du sauveur. Et c'est important de privilégier d'abord son équilibre personnel parce que c'est avant tout en étant soi-même en bonne santé, physique et mentale, qu'on pourra prendre en soin nos patients. Si on est épuisé physiquement, mentalement, on ne peut pas être un bon médecin, ce n’est pas possible.  

Faut-il restreindre les conditions d'accès au secteur 2?

Herve  Koskas

Herve Koskas

Non

Nous restons dans le gre à grè. L information doit etre claire: pas de surprise ; pas de dessous de table; c'est le but du S2 !. ... Lire plus

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