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Congrès ESH 2026 : ces avancées qui vont transformer la prise en charge de l'hypertension artérielle

L'hypertension artérielle entre dans une nouvelle ère. Longtemps centrée sur la seule réduction des chiffres tensionnels, sa prise en charge évolue désormais vers une approche plus globale, intégrant l’évaluation précoce des atteintes vasculaires, la protection cardiorénale et le recours à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant des mécanismes physiopathologiques jusqu’ici peu exploités. Le point avec le Pr Dominique Guerrot, néphrologue (CHU de Rouen), chef de service et responsable d'un Centre d'excellence européen en hypertension artérielle, secrétaire général adjoint de la Société française d'hypertension artérielle (SFHTA), et le Dr Julien Doublet, cardiologue (CHU de Bordeaux), membre d'un Centre d'excellence européen en hypertension.

29/06/2026 Par Hélia Hakimi-Prévot
Interview ESH 2026 Cardio-vasculaire HTA
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Réuni à Gdansk (Pologne) du 28 au 31 mai, le Congrès annuel de la Société européenne d’hypertension (European Society of Hypertension, ESH) a mis en lumière plusieurs avancées majeures. Le Pr Dominique Guerrot, professeur de néphrologie au CHU de Rouen, chef de service et responsable d’un Centre d’excellence européen en hypertension artérielle, secrétaire général adjoint de la Société française d’hypertension artérielle (SFHTA), et le Dr Julien Doublet, cardiologue (CHU de Bordeaux), membre d’un centre d’excellence européen en hypertension, décryptent les principaux enseignements de ce congrès et les perspectives qu’ils ouvrent pour la pratique clinique des prochaines années.

Egora : Quels nouveaux outils diagnostiques, présentés lors du congrès, permettent de mieux identifier les patients à risque cardiovasculaire ?

Dr Julien Doublet : Les dispositifs cuffless constituent l’une des innovations les plus suivies actuellement dans le domaine de l’hypertension artérielle. Il s’agit d’objets connectés – montres, bagues ou autres capteurs portables – capables d’estimer la pression artérielle sans recourir au brassard traditionnel. Ces technologies s’appuient sur la photopléthysmographie : une technique utilisant des capteurs optiques qui analysent les variations du flux sanguin. L’intérêt principal de ces dispositifs est de faciliter le dépistage à grande échelle. En permettant des mesures fréquentes et discrètes dans la vie quotidienne, ils pourraient aider à identifier plus précocement les personnes présentant une hypertension méconnue. En revanche, plusieurs obstacles subsistent avant leur intégration dans les recommandations : nécessité d’un calibrage régulier avec un tensiomètre classique, manque de reproductibilité des mesures et performances variables selon les dispositifs. Aujourd’hui, ils doivent donc être considérés comme des outils de repérage et de sensibilisation plutôt que comme des instruments diagnostiques validés.

Pr Dominique Guerrot : L’un des messages forts du congrès concerne, par ailleurs, le rapport albuminurie/créatininurie (RAC), un biomarqueur simple, peu coûteux et facilement accessible, qui est en train de s’imposer comme un outil majeur de stratification du risque cardiovasculaire. Pendant longtemps, la recherche d’albumine dans les urines a été réservée aux patients diabétiques. Or les données accumulées ces dernières années montrent que la présence d’une fuite d’albumine urinaire constitue un marqueur précoce d’atteinte de la microcirculation, bien au-delà du seul contexte du diabète. Le rein apparaît ainsi comme une véritable fenêtre sur l’état vasculaire global du patient. Plusieurs travaux présentés cette année à l’ESH, fondés sur de larges cohortes de patients suivis sur le long terme, ont confirmé la valeur pronostique du RAC. Ces analyses montrent que ce biomarqueur permet de reclassifier de façon pertinente le risque cardiovasculaire et rénal. Les résultats soulignent également que le poids pronostique de l’albuminurie est comparable à celui du débit de filtration glomérulaire (DFG). En d’autres termes, la présence d’une fuite d’albumine dans les urines est associée à un risque cardiovasculaire et à une mortalité comparables à ceux observés chez les patients diabétiques ou insuffisants rénaux. Ces données ont conduit les sociétés savantes et les autorités sanitaires à recommander un dosage annuel du RAC sur échantillon d’urines chez les patients hypertendus ou à haut risque cardiovasculaire. En France, un texte réglementaire publié en 2025 permet désormais aux biologistes d’ajouter ce dosage lorsqu’il n’a pas été prescrit. Pourtant, en dehors du diabète, ce biomarqueur reste encore largement sous-utilisé dans la pratique quotidienne, notamment par les médecins généralistes.

L’imagerie rétinienne de nouvelle génération est souvent présentée comme une piste prometteuse dans l’évaluation du risque cardiovasculaire. Que peut-elle apporter aujourd’hui ?

D. G. : Les progrès de l’imagerie rétinienne de nouvelle génération permettent désormais d’analyser avec une grande précision les altérations de la microvascularisation rétinienne induites par l’hypertension artérielle chronique, en particulier la tomographie par cohérence optique (OCT), que l’on pourrait comparer à un scanner de l’œil fondé sur la lumière infrarouge. Plus sensibles que le fond d’œil conventionnel, ces techniques visualisent l’épaississement progressif des petites artères rétiniennes et pourraient, à terme, fournir une estimation de l’ancienneté et de la sévérité de l’exposition à l’hypertension.

J. D. : Associées à l’intelligence artificielle, ces nouvelles technologies pourraient également fournir des informations précieuses sur l’état du système vasculaire dans son ensemble. Cette approche pourrait permettre d’affiner l’évaluation du risque cardiovasculaire chez les patients hypertendus. Plusieurs travaux montrent déjà que certaines anomalies rétiniennes sont associées à un risque accru d’événements cardiovasculaires. Pour l’instant, ces techniques restent principalement utilisées dans le cadre de collaborations spécialisées entre cardiologues et ophtalmologues, mais elles pourraient, à terme, trouver une place plus large dans la pratique clinique.

Des perspectives pharmacologiques ont été mises en avant lors de l’ESH. Les antagonistes des récepteurs de l’endothéline représentent-ils une étape majeure dans le traitement de l’hypertension résistante ?

D. G. : Tout à fait. Puissant vasoconstricteur, l’endothéline joue également un rôle important dans la fibrose vasculaire, cardiaque et rénale. Le développement clinique de cette classe thérapeutique a longtemps été freiné par des effets secondaires importants, notamment les œdèmes. Les nouvelles molécules semblent toutefois parvenir à dissocier efficacité et tolérance. L’étude Precision(1), présentée lors du congrès, a évalué l’aprocitentan chez des patients souffrant d’hypertension résistante malgré une trithérapie antihypertensive. Les résultats montrent une diminution de la pression artérielle systolique de l’ordre de 10 mmHg par rapport au placebo. Surtout, cette baisse tensionnelle s’accompagne d’une réduction d’environ 42 % du RAC. Ces données suggèrent un effet favorable de l’aprocitentan non seulement sur le contrôle de la pression artérielle mais aussi sur la protection rénale et vasculaire.

En quoi les nouveaux inhibiteurs de la synthèse de l’aldostérone, comme le baxdrostat, pourraient-ils modifier la prise en charge de l’hypertension et de ses formes secondaires ?

D. G. : L’aldostérone, hormone produite par les glandes surrénales, favorise la rétention de sodium et d’eau, augmentant ainsi la pression artérielle. Mais son rôle ne se limite pas à l’hypertension : elle participe également au remodelage cardiaque, aux lésions rénales et à la progression du risque cardiovasculaire. Jusqu’à présent, les cliniciens disposaient de médicaments (comme la spironolactone ou l’éplérénone) capables de bloquer l’action de cette hormone sur son récepteur. Les nouveaux traitements agissent plus en amont en empêchant directement sa synthèse. Le chef de file de cette nouvelle génération est le baxdrostat. Plusieurs études ont été présentées à l’ESH. Dans l’essai BaxHTN(2), qui a inclus près de 800 patients hypertendus insuffisamment contrôlés, le traitement a permis d’obtenir une réduction supplémentaire de la pression artérielle systolique d’environ 10 mmHg après douze semaines de traitement. L’étude Bax24(3) a apporté des données complémentaires : les résultats montrent une diminution significative de la pression artérielle ambulatoire mesurée sur vingt-quatre heures, confirmant l’efficacité de cette approche dans les formes les plus difficiles à contrôler.

J. D. : Cette dynamique thérapeutique est particulièrement importante pour les patients atteints d’hyperaldostéronisme primaire, une cause fréquente mais encore largement sous-diagnostiquée d’hypertension secondaire. Longtemps considérée comme rare, cette maladie concerne en réalité jusqu’à 10 % des patients hypertendus. Or ces patients présentent un risque cardiovasculaire, rénal et métabolique plus élevé que les autres hypertendus en raison de l’excès chronique d’aldostérone.

Le zilébésiran et les thérapies par ARN interférent pourraient-ils représenter une avancée majeure en matière d’observance et de contrôle prolongé de la pression artérielle ?

D. G. : Tout à fait. Le zilébésiran est une thérapie reposant sur la technologie des ARN interférents. Administré par injection sous-cutanée deux fois par an, ce traitement inhibe la synthèse hépatique de l’angiotensinogène, précurseur du système rénine-angiotensine-aldostérone. Les résultats de l’étude Kardia-2(4), présentés au congrès, montrent qu’une seule administration permet une réduction prolongée de la pression artérielle pendant plusieurs mois. Cette stratégie, qui fait l’objet d’un programme de développement clinique ambitieux, pourrait constituer une réponse particulièrement intéressante au problème de l’observance thérapeutique, qui demeure l’un des principaux obstacles au contrôle de l’hypertension dans la vie réelle.

J. D. : Les résultats présentés au congrès ont également porté sur la sécurité d’utilisation du zilébésiran. Les données complémentaires de l’étude Kardia-3(5) montrent un profil de tolérance jugé rassurant, y compris chez des patients souffrant d’insuffisance rénale chronique. L’attention se tourne désormais vers l’étude Zenith (inclusion en cours), qui doit déterminer si cette stratégie innovante est capable non seulement de réduire la pression artérielle mais aussi de diminuer les événements cardiovasculaires majeurs chez les patients à très haut risque.

Comment les stratégies d’associations médicamenteuses sont-elles en train d’évoluer ?

D. G. : La réflexion ne porte plus uniquement sur l’efficacité de chaque molécule prise isolément mais sur la manière de combiner plusieurs mécanismes d’action complémentaires afin d’obtenir une protection cardiorénale maximale. De nombreux essais évaluent actuellement l’association des inhibiteurs du SGLT2 avec les nouvelles classes thérapeutiques présentées à l’ESH, notamment les antagonistes de l’endothéline ou les inhibiteurs de la synthèse de l’aldostérone. L’objectif est de déterminer si ces combinaisons permettent d’aller au-delà de la simple réduction de la pression artérielle en diminuant également la progression de l’insuffisance rénale, les hospitalisations pour insuffisance cardiaque et la mortalité cardiovasculaire. Parallèlement, les stratégies utilisant des associations fixes continuent de gagner du terrain. Les recommandations internationales encouragent désormais l’instauration précoce d’une bithérapie fixe à faibles doses plutôt qu’une monothérapie à forte dose. Cette approche permet d’agir simultanément sur plusieurs mécanismes physiopathologiques tout en améliorant l’observance.

J. D. : L’étape suivante est celle des trithérapies et, potentiellement, des quadrithérapies fixes. La trithérapie antihypertensive en un comprimé est déjà intégrée aux recommandations actuelles. Cette stratégie a démontré son intérêt en simplifiant le traitement, ce qui favorise l’adhésion thérapeutique et améliore le contrôle de la pression artérielle. L’étude Quadro(6), présentée lors du congrès, a évalué l’ajout du bisoprolol à une combinaison fixe associant périndopril, amlodipine et indapamide. Les résultats montrent un contrôle tensionnel supplémentaire chez des patients insuffisamment équilibrés malgré la trithérapie. Cette étude ouvre la voie au développement de quadrithérapies en un seul comprimé, avec l’objectif d’améliorer encore l’adhésion au traitement chez les patients présentant des formes sévères ou résistantes d’hypertension. 

Quelles sont les principales transformations numériques présentées lors du congrès ?

J. D. : L’IA était présente dans de nombreuses sessions du congrès. Les applications envisagées sont multiples : aide au dépistage, estimation du risque cardiovasculaire, optimisation du suivi des patients, amélioration de l’observance thérapeutique ou encore interprétation automatisée de données biologiques et d’imagerie. Pour autant, les résultats restent encore modestes. Aucune présentation n’a réellement démontré un bénéfice clinique majeur ou une supériorité par rapport aux approches conventionnelles. L’IA apparaît davantage comme un outil d’aide à la décision que comme une technologie destinée à remplacer le médecin. Son potentiel est réel, notamment pour analyser de grandes quantités de données et accompagner les professionnels de santé dans leur pratique quotidienne, mais les preuves cliniques restent encore à construire. Paradoxalement, le congrès a aussi rappelé que l’un des moyens les plus efficaces d’améliorer la prise en charge de l’hypertension reste la coordination des soins entre médecins, pharmaciens, infirmiers et autres professionnels de santé.

 

Et quels sont les progrès réalisés dans le domaine des dispositifs médicaux ?

J. D. : La dénervation rénale demeure la principale innovation interventionnelle dans l’hypertension artérielle. Cette technique repose sur l’ablation des fibres nerveuses sympathiques entourant les artères rénales grâce à un cathéter introduit par voie endovasculaire. L’objectif est de réduire l’hyperactivité du système nerveux sympathique, qui joue un rôle important dans la physiopathologie de l’hypertension. Trois dispositifs sont désormais remboursés en France : deux utilisant les radiofréquences et un utilisant les ultrasons.

D. G. : Les études les plus récentes ont confirmé une efficacité réelle mais modeste de cette méthode lorsqu’elle est réalisée dans des centres expérimentés. La baisse moyenne observée est de l’ordre de 5 mmHg, soit un effet comparable à celui obtenu avec l’ajout d’un antihypertenseur supplémentaire à faible dose. Les données présentées à l’ESH 2026 se sont intéressées à des populations plus spécifiques, notamment les patients atteints de polykystose rénale. Les résultats montrent qu’une dénervation rénale est réalisable dans cette population et permet d’obtenir une réduction supplémentaire (de 3 mmHg) de la pression artérielle après six mois de suivi. Même si l’effet observé reste modeste, ces travaux élargissent potentiellement le champ d’application de cette technique.

 

Le Pr Dominique Guerrot déclare avoir des liens d’intérêts avec AstraZeneca, Servier, Boehringer Ingelheim.

Le Dr Julien Doublet déclare avoir des liens d’intérêts avec Medtronic, Recor, AstraZeneca, Boehringer Ingelheim, Servier, Ibsa (activités de consultant).

Références :

1. Schlaich MP, et al. Lancet 2022;400(10367):1927-37.

2. Azizi M, et al. Lancet 2026;407(10532):988-99.

3. Flack JM, et al. Hypertens Res 2025;48(11):2911-23.

4. Desai AS, et al. Jama 2025;334(1):46-55.

5. Pagidipati N. Européen Society of Cardiology Congress 2025.

6. Taddei S, et al. Eur Heart J 2026;ehag022.

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Herve  Koskas

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Nous restons dans le gre à grè. L information doit etre claire: pas de surprise ; pas de dessous de table; c'est le but du S2 !. ... Lire plus

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