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PPL Garot : deux tribunes s’affrontent sur la régulation de l'installation des médecins
L’accès aux soins et la proposition de loi Garot, proposant une régulation à l’installation, a fait couler beaucoup d’encre cette semaine. Deux tribunes ont été publiées à ce sujet, l’une vante une "voie d’avenir", tandis que l’autre appelle les responsables politiques au rejet du texte.
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À une petite heure d’intervalle, deux tribunes ont été publiées sur le même sujet, à savoir l’accès aux soins. Mais les textes qui ont trouvé leur place dans les colonnes du Monde, lundi 8 juin 2026, défendent des points de vue plutôt… différents.
La première tribune, publiée par un collectif de citoyens, d’élus et de professionnels de santé, fait d’abord état d’une dégradation de l’accès aux soins sur une grande partie du territoire. "Les chiffres sont connus et ne cessent d’augmenter d’année en année : 25,9 millions de patients vivent dans un désert médical, et 6,4 millions n’ont pas de médecin traitant [...] En outre, 36 % ont déjà renoncé à se soigner faute de pouvoir obtenir un rendez-vous", déplorent les signataires.
Un système de santé qui n’est "tenable" que "pour les usagers qui savent le mieux s’adapter, autrement dit qui ont la capacité d’anticiper et de se déplacer toujours plus loin pour se soigner." "Le gouvernement n’est pas resté inactif. Le numerus clausus a été remplacé, la délégation de compétences encouragée et la 4e année de médecine générale réformée en permettant aux étudiants d’exercer dans un désert médical", tempère la tribune.
"Une voie d’avenir"
Partant du constat que, malgré les mesures évoquées, la situation ne s’améliore pas suffisamment, le texte estime que le problème est ailleurs. "Le problème ne concerne pas uniquement le volume de médecins disponibles et d’heures de consultation médicale, de temps médical utile ou de moyens d’exercice. Il renvoie à une inégalité croissante en matière de répartition territoriale des médecins, que l’arrivée de la génération 2030 d’étudiants en médecine ne parviendra pas, à elle seule, à endiguer."
Partant de ce constat, le texte soutient la proposition de loi Garot, qui doit être étudiée par le Sénat, jeudi 11 juin. Celle-ci, portant le nom du député socialiste de la Mayenne Guillaume Garot, défend notamment une régulation à l’installation. Le texte approuvé par les députés l'an dernier soumet l'installation des médecins à une autorisation préalable de l'ARS qui sera accordée de droit dans les zones caractérisées "par une offre de soins insuffisante ou par des difficultés dans l'accès aux soins", mais conditionnée, ailleurs, au départ concomitant d'un médecin de même spécialité du territoire.
"Une voie d’avenir", selon les signataires, qui donnerait "un cadre inédit pour organiser la profession". "La répartition territoriale des nouveaux médecins sera plus cohérente et pourra être mieux anticipée", continuent ces derniers tout en ajoutant que cette mesure n’a rien "d’incongru" car "elle s’inscrit dans un dispositif de régulation qui a fait ses preuves pour les autres professions de santé."
Les signataires se réjouissent également de la suppression de la majoration des tarifs pour les patients ne parvenant pas à désigner un médecin traitant et du rétablissement de l’obligation de participation à la PDSA. "Cette généralisation permettrait une meilleure répartition de cette responsabilité et, de fait, un allègement pour les 40 % de médecins libéraux qui s’en acquittent."
Les politiques incitatives "n’ont pas permis de résorber ce déséquilibre", avancent les auteurs de cette tribune qui dénoncent même une augmentation de l’écart entre "les départements qui sont les mieux pourvus en médecins et ceux qui sont les moins bien dotés." Cela donnant lieu "une forme de concurrence entre collectivités territoriales pour attirer les praticiens." Ainsi, la PPL Garot "s’inscrit dans un tout" et "ne se veut pas l’expression d’une défiance envers le corps médical".
Frein à l’installation
Un enthousiasme pas vraiment partagé par le Regroupement autonome des généralistes jeunes installés et remplaçants (Reagjir), dont trois membres, avec parmi eux l’ancien président, Kilian Thomas, ont signé une tribune sur le sujet. "En tant que représentants des jeunes médecins généralistes, nous souhaitons manifester notre inquiétude et notre opposition vis-à-vis de la proposition de loi Garot visant à réguler l’installation", écrivent-ils. Pour ces derniers, le constat opéré par la proposition de loi n’est pas le bon. "Cette proposition part du principe que les difficultés d’accès aux soins seraient liées à une mauvaise répartition des médecins, ce qui est faux. Selon l’Assurance-maladie, les médecins généralistes sont la profession de santé la mieux répartie."
Ainsi, le véritable problème résiderait dans "le manque de médecins", lié à d’anciennes décisions ayant limité les places de formation "sans prendre en compte l’augmentation" ni "le vieillissement de la population." Selon les trois membres de Reagjir : "les chiffres sont révélateurs : alors que, en 1961, on comptait 20 000 omnipraticiens libéraux (anciens médecins généralistes) pour 45 millions de Français, puis, en 1993, 60 000 médecins généralistes libéraux pour 57 millions de citoyens, en 2026, on n’en est plus qu’à 56 000 médecins généralistes libéraux pour 69 millions d’habitants."
Le problème serait donc mal posé, et la proposition de loi Garot aurait pour conséquence "[d’]aggraver une situation déjà très difficile” et de “créer de nouveaux freins à l’installation chez nos plus jeunes collègues." "Cette proposition ne va faire que détériorer l’accès aux soins dans ces endroits, sans garanties de l’améliorer ailleurs", alertent les signataires.
L’exemple du Québec, "où la régulation ne répond pas à tous les besoins", et celui de l’Allemagne, dont "le système a été contourné, avec des installations plutôt en zone intermédiaire et une fuite des médecins vers d’autres formes d’exercice", sont cités comme exemples.
Québec et Allemagne
Ainsi, ces médecins ne nient pas les difficultés heurtant le système de soins. "Nous sommes déjà confrontés chaque jour aux problématiques d’accès aux soins dans notre pratique, quelle que soit notre zone d’exercice (impossibilité d’accepter de nouveaux patients dans nos agendas déjà pleins à craquer, difficulté à adresser les patients à d’autres professionnels pour obtenir des examens complémentaires ou des avis spécialisés…)." Mais la source de ces maux réside dans les "moyens insuffisants alloués aux facultés de médecine pour augmenter les effectifs" et également dans le manque de "programmation pluriannuelle pour anticiper les besoins de santé futurs".
Alors que faire pour améliorer la situation ? "À courte échéance, il s’agit de valoriser et de rendre attractive la médecine générale traitante, mais aussi de favoriser la coopération interprofessionnelle, en permettant au médecin de s’entourer d’une équipe de soins primaires", encouragent ces jeunes médecins.
Les fameux guichets d’installation, soutenus depuis longtemps par Reagjir, figurent également dans la prescription. En avril dernier, on apprenait qu’une mission flash était lancée dans le but de généraliser cette initiative d'ici fin 2026. "Enfin, il est possible de continuer à agir sur le levier de la simplification administrative afin de libérer rapidement du temps médical."
À plus long terme, ils préconisent notamment d’augmenter les capacités de formation des universités (et leurs moyens), de diversifier le recrutement en première année avec la création d'antennes universitaires délocalisées ou encore de favoriser la découverte des territoires pendant les études.
"En somme, nous invitons nos concitoyens et les responsables politiques à rejeter les mesures de régulation qui donnent l’illusion d’une solution simple à un problème très complexe. Nous appelons au courage plutôt qu’à la contrainte et à la division."
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