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Santé mentale des internes en médecine : un recours aux soins encore timide mais mieux adapté
A l’occasion du congrès WONCA Europe à Paris, plusieurs travaux ont été présentés autour du bien-être des étudiants en médecine. Les études confirment les troubles anxieux et dépressifs des futurs médecins qui continuent de s’autoprescrire des médicaments même s’ils sont plus prompts à suivre une psychothérapie.
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"Pendant longtemps, la santé mentale des étudiants n’était pas abordée, commente Ariane Roubi, médecin généraliste. Ce sont les syndicats étudiants – ANEMF, ISNAR-IMG, ISNI – qui ont amené le sujet sur la table avec plusieurs enquêtes." Parmi les dernières études citées, celles de 2021 et 2024 sur la santé mentale des étudiants en médecine ont permis au Dr François Vilain de s’intéresser au recours aux soins des internes en médecine. Or, en l’espace de trois ans, si les troubles dépressifs chez les futurs médecins sont toujours d’actualité (environ 30 % d’internes concernés), les méthodes pour s’apaiser ont bien évolué.
Plus de médicaments et plus de psychothérapie
Que ce soit les anxiolytiques, les somnifères ou les antidépresseurs, la consommation de médicaments s’est largement accentuée en l’espace de trois ans (+ 10 points). Or, plus de deux étudiants sur cinq confirment avoir déjà eu recours à l’autoprescription, voire se servent directement dans la pharmacie de leur service pour leur usage personnel. Résultat, les traitement médicamenteux ne sont pas toujours adaptés.
Depuis 2024, les médicaments semblent de plus en plus céder leur place à la psychothérapie. Si 44 % y avaient accès en 2021, il sont 53 % en 2024 dont un tiers bénéficie de thérapie cognitivo-comportementale (TCC).
Des traitement mieux adaptés au mal-être des internes
Aussi, plus de la moitié des internes assurent avoir un traitement adapté à leur pathologie même si pour 21 % d’entre eux, le nombre de séances de psychothérapie n’est pas suffisant. "Passer de 30 à 53 % d’adéquation de traitement, c’est surtout lié à l’augmentation du recours à la psychothérapie", insiste le Dr Ariane Roubi, qui présente le travail de son homologue aux congressistes ce 1er juillet 2026.
Elle l’assure pourtant, ceux qui ont répondu à l’enquête auraient déjà "tendance à aller consulter, il y a donc un biais". Pour autant, l’étude permet de mettre en avant "les facteurs associés au traitement adéquat", à savoir "le genre féminin, le niveau d’étude et de fait de souffrir d’un épisode dépressif caractérisé modéré ou sévère".
"Mais ce qu’on se dit aussi, c’est que si parmi les étudiants en médecine qui sont informés, sensibilisés aux questions de santé mentale, seulement la moitié d’entre eux bénéficie des bons soins… qu’est-ce que ce doit être dans les autres catégories ?", interpelle Ariane Roubi.
Une santé mentale fragile
En attendant la publication du travail de François Vilain à la rentrée prochaine, un autre médecin généraliste, François Quersin s’est questionné sur les solutions visant à améliorer le bien-être psychologique des étudiants en médecine à l’université de Lille. Il s’est appuyé sur l’enquête menée sur les internes en médecine générale à Lille en 2022 pour réaliser une nouvelle enquête l’année suivante.
"On a évalué les symptômes dépressifs : 61 % des internes étaient à risque de burn-out, 55 % présentaient des troubles d’anxiété." Globalement, 52 % des internes lillois rapportaient des difficultés psychologiques, un quart bénéficiaient d’un suivi et un autre quart d’un traitement thérapeutique.
Le cercle vicieux du surmenage
A l’université de Lille, une cellule bien-être a été créée et est actuellement gérée par un enseignant du DMG. "Il sert surtout à accueillir les internes pour les orienter mais la limite…, c’est cette gestion par un enseignant, présente François Quersin. L’objectif serait d’assurer la gestion par le collège local ou le service de santé université. Mais c’est difficile à mettre en place car tout le monde est déjà débordé."
Les internes interrogés évoquent plusieurs pistes pour améliorer leur accompagnement. En plus de la cellule bien-être, les internes souhaiteraient donc accéder à une liste de coordonnées de médecins généralistes à contacter au besoin. "La plupart considère que la formation pourrait être améliorée et demandent également un meilleur respect de la législation vis-à-vis de la charge de travail notamment", pointe François Quersin. Selon l’enquête 2023 de l’ISNI, les internes en médecine travaillent en moyenne 59 heures par semaine, bien plus pour les spécialités chirurgicales. Ajouter à cela la fatigue des gardes dont le repos n’est pas toujours assuré.
Il faut dire que ces arguments ont aussi été relevés dans les travaux de François Vilain. Car selon lui, si les internes privilégient parfois l’automédication plutôt que la consultation, c’est à la fois pour des raisons financières mais aussi et surtout parce que la majorité de leur temps est dédié au travail.
Un accompagnement psychologique « sans lien avec le DMG »
Or, plus les étudiants sont surmenés, moins ils prennent le temps de consulter et les troubles dépressifs s’accentuent. "La médecine du travail ?", interroge une participante dans la salle. "Les internes y ont peu accès, là encore par manque de temps", constate François Quersin. De là à leur proposer un suivi obligatoire, les internes lillois n’y sont pas tellement favorables. "Ils ont un intérêt pour la mise en place d’un questionnaire de dépistage des troubles dépressifs mais s’il est proposé ni par le tuteur, ni par le DMG ou le maître de stage, résume François Quersin.
Aussi, 80 % des internes sont intéressés par la mise en place d’un dispositif dédié au bien-être étudiant s’il est sans lien avec le DMG. "La souffrance des internes reste fréquente, poursuit le médecin généraliste. Ils demande une meilleure information et un accompagnement indépendant des instances de formation."
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