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Classements complexes, baisse du nombre d'étudiants… Pourquoi la nouvelle licence "portail santé" angoisse les doyens

Classements obscurs, baisse de 20 % du nombre d'étudiants admis en première année, offres de formation non-finalisées… A moins d'un an de la mise en œuvre de la nouvelle "licence portail santé", la Conférence des doyennes et doyens de médecine appelle une nouvelle fois au report de cette réforme. Elle dénonce un dispositif encore trop "complexe", illisible et "non-mature".

05/11/2026 Par Chloé Subileau
PASS/LAS
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@David SchafferKOTO/stock.adobe.com

Dans moins d'un an, les néo-bacheliers qui rêvent de devenir médecins, pharmaciens, dentistes ou sages-femmes pourront intégrer la nouvelle "licence portail santé" (LPS), qui remplacera l'ancien système Pass-LAS dès la rentrée 2027. Ce nouveau dispositif a été encadré par un décret paru le 24 octobre dernier. Il est toutefois loin de convaincre les doyens de médecine qui appellent, depuis plusieurs mois, au report de cette réforme. 

"Nous considérons qu'elle doit être reculée d'un an", a rappelé la présidente de la Conférence des doyennes et des doyens de médecine (CDD), lors d'une conférence de presse mercredi 4 novembre. "Ce n'est pas une opposition de principe sur une réforme [qui était largement plébiscitée, NDLR], mais une opposition sur la méthode et le calendrier", a abondé le Pr Marc Humbert, vice-président de la Conférence, devant les journalistes. 

Alors que les lycéens doivent accéder dès le 17 décembre sur Parcoursup aux descriptions de l'ensemble des formations proposées, les doyens ont besoin de plus de temps. "La fabrication de cette nouvelle offre pédagogique est difficile. Ça change vraiment beaucoup de choses", a insisté Isabelle Laffont. Parmi les 37 facultés de médecine en France, 30 ont actuellement un système alliant des LAS et des Pass : "Il faut qu'on transforme nos Pass, qu'on transforme complètement la pédagogie."

Pour la Conférence, la réforme est encore trop balbutiante et manque de "lisibilité". Une critique pourtant largement formulée à l'encontre du système Pass-LAS, et qui a mené à sa refonte. Désormais, ces deux voies vont disparaître, remplacées par la LPS qui comprendra trois blocs d'enseignements : un bloc 'santé', un second 'disciplinaire' et un dernier 'transversal'. 

Cette voie unique "va comporter un certain nombre de premières années de licences, toutes fabriquées sur le même modèle", a expliqué Isabelle Laffont, au cœur de la salle des thèses de la faculté de santé de Sorbonne Université à Paris. "Le nombre de licences proposées dans le 'portail santé' de chaque université sera variable, de quatre à onze, voire douze différentes". Toutes se différencieront selon une mention spécifique, qui correspondra à la partie d'enseignements dits disciplinaires. "Ca peut être de la biologie, de la SVT, des STAPS, de l'économie, du droit, des soins infirmiers…", a listé la cheffe de file des doyens. 

Le bloc disciplinaire comptera entre 24 et 30 crédits ECTS*, de même que les enseignements du bloc santé – considérés comme "fondamentaux" pour intégrer des études de santé. Et "entre les deux, le bloc transversal sera commun à tous les étudiants, et doit faire entre 6 et 12 crédits ECTS", selon la Pre Laffont. Si le contenu de ce dernier bloc a été détaillé dans le décret paru fin octobre, ce n'est pas le cas de celui en santé qui doit être précisé dans un arrêté. 

Autre évolution de la LPS, qui doit encore être affinée : le redoublement, désormais possible en première année. "Mais nous ne connaissons pas les règles du jeu, elles doivent être fixées par arrêté", a souligné Isabelle Laffont, ce mercredi. On sait toutefois que les étudiants pourront repiquer la première année de LPS, à condition d'avoir validé "un minimum d'enseignements des blocs santé et/ou disciplinaire". "On ne connaît pas encore bien le pourcentage d'ECTS qu'ils devront valider pour être autorisés à redoubler", a reconnu la doyenne. 

Le nombre de chances pour intégrer les filières santé reste, lui, de deux. Une première sera possible à l'issue de la première année, et une seconde à l'issue de la deuxième. "La sortie de la première année de LPS, quelle que soit la mention, va pouvoir déboucher soit sur une entrée en MPOM [médecine, pharmacie, odontologie ou maïeutique], soit sur une année de L2 dans la mention disciplinaire choisie, soit sur une deuxième année en soins infirmiers", a tenté d'éclaircir la Pre Laffont.  La particularité étant qu'en deuxième année, les étudiants poursuivant en licence – qui pourront donc candidater une seconde fois aux filières santé - n'auront plus d'enseignements en santé. "Les notes qui compteront [dans le classement] seront celles issues de leur première année", a indiqué la présidente de la CDD. 

Quelle voie pour intégrer la filière kiné ? :

La formation en kinésithérapie n'est pas mentionnée dans le décret paru le 24 octobre. Dans son communiqué, publié le jour-même, les ministères de l'Enseignement supérieur et de la Santé s'étaient bornés à dire que la LPS "constituera également, à terme, la voie d'accès aux études de kinésithérapie". Mais ce, sans donner plus de précisions. 

Le flou autour de cette filière persiste encore. "La kiné est absente du décret", a confirmé Isabelle Laffont. "Ça fait partie des éléments qui ne sont pas résolus. On ne sait pas, on attend un texte. Et je pense qu'ils [les kinés] attendent le texte aussi."

 

Si cet aspect paraît laborieux, ce n'est rien face à la question du classement des candidats. Car, si le système d'interclassement permettant de classer les étudiants dans le système Pass/LAS est largement décrié, celui prévu dans la nouvelle LPS est tout aussi obscur. 

Le classement prévu à l'issue de la première année de licence est d'abord "à deux étages", a avancé la présidente de la CDD. Première étape : un classement par mention incluant l'ensemble des notes des candidats au sein des trois blocs de formation. Celui-ci "va permettre de dégager, par exemple, les 10 % d'étudiants les meilleurs de chaque mention". Le décret précise, en effet, que le jury répartit ce classement "partiel" en "tranches de niveau, du niveau le plus élevé au niveau le plus faible, chaque tranche comportant une proportion équivalente d'étudiants de chaque classement partiel". "Ces tranches de niveau vont être coulées ensemble", a résumé Isabelle Laffont. Les étudiants seront, dans un second temps, "classés sur les notes en santé", a-t-elle poursuivi, pointant l'extrême "complexité" de ce système. 

A cela s'ajoute l'interclassement à l'issue de la deuxième année de licence, "encore plus complexe", d'après la doyenne. Là encore, il y aura un classement global, et une prise en compte des notes en santé obtenues en première année, avec des "nuances" si le candidat a redoublé ou s'il a validé son année en "première ou deuxième session [rattrapages]".

"On sait déjà que la réforme est à haut risque de recours"

Il y a donc de quoi se faire de nœuds au cerveau, même pour les doyens. Alors qu'un arrêté est attendu pour préciser ces modalités, "j'attends avec impatience une formule pédagogique pour expliquer [ce] classement lors des salons étudiants", a plaidé Marc Humbert, à la tête de la faculté de médecine de l'université Paris-Saclay. Des doutes partagés par le Pr Bruno Riou, doyen de la faculté de santé de Sorbonne Université, pour qui un tel classement pourrait entraîner d'importants "recours juridiques". "Ça risque d'être une usine à gaz", a-t-il ajouté. 

Enfin, la réforme amène une dernière difficulté : la superposition pour deux années de la nouvelle LPS et de l'ancien système Pass-LAS. "On a des étudiants en Pass ou en LAS 1, et en LAS 2 ou en LAS 3 cette année", a rappelé la Pre Laffont. Certains poursuivront dans cette voie l'an prochain, espérant toujours intégrer une filière santé. L'ancien et le nouveau système vont "donc devoir se chevaucher pendant deux ans".

Les questions s'accumulent alors, et poussent les doyens à juger cette réforme comme "non-mature". "Les délais impartis sont très courts" pour établir les offres de formation, qui doivent pourtant être précisées sur Parcoursup avant la mi-décembre. "C'est déjà extrêmement tardif et on n'a pas les arrêtés. On sait déjà que la réforme est à haut risque de recours. Ce n'est pas acceptable", a lancé la cheffe de file des doyens, ce mercredi.  

Mais pour les doyens, un autre point majeur oblige à reporter la réforme. Avec le nouveau système, une réduction d'environ 20 % du nombre de places en première année d'entrée en études de santé serait nécessaire pour "maintenir" ou "améliorer la qualité de formation"**, a prévenu la Pre Isabelle Laffont. A Montpellier-Nîmes, où elle dirige la faculté de médecine, il est envisagé de réduire de 2 440 à 1 900 le nombre d'élèves en première année, soit plus de 22 % de baisse. Sans une telle réduction, la CDD craint de ne devoir "dégrader la pédagogie", en passant notamment plus de cours en distanciel, réduisant le nombre d'enseignements dirigés… par manque de locaux, de personnels et de moyens. Or, "si on baisse la qualité de l'enseignement, on va faire la part belle aux prépas privées…", a regretté la doyenne.

Car la question du financement de cette réforme reste centrale. Cinq millions d'euros ont d'ores et déjà été garantis par le ministère de l'Enseignement supérieur pour financer la mise en œuvre de la LPS. "Ce financement a été alloué, des notifications sont arrivées dans les universités. Ce n'est plus le sujet", a expédié la Pre Laffont. "Le vrai sujet, ce sont les financements pluriannuels nécessaires à partir de 2027 pour accompagner [la mise en place de la réforme]." Un surcoût évalué à 24 millions d'euros par an dans un récent rapport des inspections générales des affaires sociales (Igas) et de l'éducation, de la recherche et du sport (IGESR) ; tandis que France Universités l'évalue à 30 millions d'euros, dans son manifeste pour faire de la jeunesse une grande cause nationale. 

Pour les doyens, il y a donc urgence à retarder l'entrée en vigueur de cette LPS. "Il y a une vraie question de lisibilité, de sentiment d'iniquité entre les mentions, au moment du classement qui permet d'accéder aux filières santé…", a alerté Isabelle Laffont, pour qui cette réforme risque de ne pas "diminuer la pression étudiante" ni "améliorer la réussite" de ces jeunes. 

Un constat pleinement partagé par le Pr Humbert qui craint, par ailleurs, que les lycéens ne fassent qu'un choix stratégique en optant pour leur option. Ce choix doit "être sincère", a plaidé le doyen. "Il faut vraiment être certain de [sa] mention disciplinaire." Car, à l'issue de cette LPS, chaque étudiant "sera peut-être un futur professionnel de santé, mais aussi probablement un futur spécialiste d'une mention disciplinaire". "Si on veut que cette première année favorise la réussite étudiante, il faut savoir [avant de se lancer] qu'une majorité des étudiants n'iront pas en études de santé, a-t-il insisté, et il faut donc que la mention disciplinaire soit cohérente" avec leurs appétences. 

*European Credit Transfer and Accumulation System (ou Système européen de transfert et d’accumulation de crédits) est un système de points développé par l'Union européenne. Il vise à faciliter la lecture et la comparaison des programmes d'études au sein d'un pays et dans les différents pays européens. 

**La CDD a réalisé une enquête auprès de l'ensemble des facultés de médecine, qui travaillent actuellement avec les universités sur la mise en place de la "licence portail santé". La majorité des facultés indiquent que le scénario envisagé est une réduction d'environ 20 % du nombre d'étudiants en LPS pour offrir une formation de qualité. 

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