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"Le retour du redoublement m'inquiète" : l'alerte d'un doyen sur la réforme Pass/LAS

Alors que l'accès aux études de santé doit être revu dès la rentrée prochaine, les Prs Jean Dellamonia, doyen de la faculté de médecine de l'université Côte d’Azur à Nice, et Damien Ambrosetti, responsable du parcours LAS, reviennent sur les enjeux de cette réforme. Egalité, redoublement, oraux… Les deux professeurs nous partagent leurs craintes et espoirs. Interview croisée. 

05/10/2026 Par Pauline Bluteau
PASS/LAS
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Egora : La réforme Pass-LAS a été mise en place en 2020, depuis vous avez fait le choix de ne proposer que des parcours LAS à la faculté de médecine de Nice. Pourquoi ce choix ? 

Pr Jean Dellamonica : Les parcours Pass-LAS, on a essayé pendant deux ans avant de passer au tout LAS en 2023. La première raison de ce choix, c’est que présenter un double fonctionnement au sein d’une même université, cela créait de la complexité. La deuxième raison, c’était aussi de considérer que les étudiants qui arrivaient en deuxième année d’études de santé aient un niveau homogène. Avec le système tout LAS, même si on peut estimer que les enseignements en santé ne sont pas suffisants, au moins, ils ont tous le même bagage à l’issue de leur première année. 

Depuis la mise en place de la réforme Pass-LAS, on était en perpétuel changement car les étudiants, eux s’adaptent. Par exemple, la première année du système LAS, les étudiants ont privilégié les licences maths et biologie, plus logiques pour des études de santé. Et au fur et à mesure, nos meilleurs bacheliers se sont inscrits en psycho, en lettres et en histoire. Pourquoi ? Parce que dans les licences scientifiques, ou même en droit, il y avait des TD obligatoires. Les autres disciplines en sciences humaines demandaient moins de présence, ce qui donnait un avantage certain aux étudiants pour réviser. On avait donc à cœur d’établir plus de justice entre les filières. On a trouvé une parade : plutôt que d’avoir un classement global de tous les étudiants en LAS, quelle que soit leur licence, on a établi un classement par LAS. On s’est retrouvé avec dix classements pour nos dix LAS. C’est comme ça que l’année dernière, pour la première fois, on a eu des étudiants de LAS droit en grand admis [sans passer par l’épreuve orale, NDLR]. 

Pr Damien Ambrosetti : Je pense que c’est important d’avoir ce regard critique vis-à-vis de la réforme. Ce tout LAS nous permettait à nous, mais aussi aux familles, aux étudiants de donner plus de lisibilité et de visibilité au parcours. Mais on n’oublie pas que cette première année est commune à cinq filières (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kiné). Mon rôle, c’était donc d’inciter les étudiants à réfléchir très tôt à leur orientation pour qu’ils prédéfinissent leur choix de filière. On voulait qu’ils évitent le choix par défaut – car souvent, ils arrivent en voulant absolument aller en médecine –, qu’ils comprennent que cette première année est une opportunité. Donc on leur propose des enseignements en lien avec l’une des filières qu’ils visent dès cette première année. Nous avons ainsi eu des grands admis en pharmacie et en maïeutique. Là aussi, ça n’existait pas jusqu’à présent, les grands admis choisissaient médecine. 

 

Qu'attendez-vous de la nouvelle réforme de cette première année, prévue pour la rentrée 2027 et dont les textes réglementaires sont attendus dans les prochains jours ? 

JD : On espère que la nouvelle réforme permettra d’assurer de l’égalité : avoir la même proportion de chance pour intégrer telle ou telle filière. Mais aussi de choisir la licence par envie et non pas par défaut ou par stratégie. Ce qui m’inquiète, c’est le retour du redoublement. Le redoublement, c’est revenir sur un système qui existait [la Paces]. Avec les Pass-LAS, on avait quoi qu’il arrive deux chances pour accéder aux études de santé même s’il était interdit de redoubler. Là, on crée une confusion : est-ce que ceux qui redoublent auront plus de chance ? Si on laisse la possibilité de redoubler, il y aura des stratégies. Mais il faut attendre que le texte législatif soit publié : peut-être que ce que l’on appelle redoublement sera en fait le même système qu’actuellement.

 

"On pourrait faire mieux pour nos étudiants s’ils débutaient leurs études dès la première année avec une sélection en amont"

L’éléphant dans la pièce, c’est l’intérêt de maintenir cette première année complexe, à deux disciplines, stressante, sans oser évoquer la possibilité d’une admission post-bac. La question qui se pose : comment évaluer le niveau des élèves qui sortent du lycée ? Aujourd’hui, la première année a une double mission, à la fois former des étudiants sur des filières en santé alors qu’on a diminué de moitié le programme enseigné et surtout les sélectionner. Et sélectionner, cela exige des compromis. Peut-être qu’on pourrait faire mieux pour nos étudiants s’ils débutaient leurs études dès la première année avec une sélection en amont. Mais cela nécessite de revoir les modalités sur Parcoursup. Or, c’est un sujet qui concerne à la fois l’éducation nationale et l’enseignement supérieur. Avant, c’étaient les facultés de médecine ou de santé qui étaient impliquées dans le processus, désormais, c’est toute l’université qui s’implique… uniquement pour les études de santé. Il faut le dire : sur Parcoursup, les étudiants qui souhaitent faire des études de santé cochent une licence, la santé étant en option, c’est quand même révélateur. Or, combien d’étudiants valident effectivement leur licence dans la discipline qu’ils ont choisi en LAS quand ils n’intègrent pas les études de santé ? Parce que c’était tout l’objectif de la réforme mais finalement, est-ce que ces parcours sont vraiment rentables ? Est-ce que les cours que les étudiants reçoivent les amènent effectivement à valider une licence ?

DA : Ce qu’il se passe, c’est que les étudiants qui veulent faire des études de santé, on les inscrit dans une autre licence. Ce que l’on a appelé la "réforme de l’université" n’a pas été profitable aux études de santé puisqu’on a réduit nos heures de cours au profit d’autres disciplines. A Nice, on s’est mis d’accord avec les autres composantes pour baliser deux demi-journées pour la santé. Maintenant, on attend la sortie des décrets pour organiser les modalités de contrôle de connaissances. On avait essayé d’établir une certaine justice entre les étudiants et on voudrait que cela continue, qu’ils se retrouvent tous sur la même ligne de départ. Mais il faut attendre.

JD : Ces modalités sont assez importantes à définir si on veut de l’égalité entre les étudiants. On l’a vu jusqu’à présent avec les oraux. C’était quelque chose qui me gênait : c’est difficile, pour nous enseignants, d’avoir des éléments pour juger un étudiant avant même de l’avoir formé. Il ne faut pas se leurrer, dans un oral, on juge le capital culturel, sympathie de l’étudiant alors que le but d’un enseignant, c’est de modeler tout ce capital et de l’amener quelque part. 

La question des oraux n'a justement pas encore été tranchée dans la nouvelle réforme, bien que le ministère de l'Enseignement supérieur plaidait en avril pour laisser la main aux universités sur ce sujet… 

 

DA : Cette année, 400 étudiants ont passé l’épreuve des oraux. Chacun a passé trois oraux, devant deux enseignants. Et chaque enseignant a donné cinq notes. Au total, l’oral était donc sur 30 points pour éviter justement une rupture d’égalité. 

JD : C’est extrêmement chronophage à organiser donc si on va vers de l’égalité, je pense qu’on choisira de ne pas faire passer d’oraux avec la nouvelle réforme. 

Quels autres sujets vous inquiètent avec cette réforme ? 

JD : Le sujet qui nous préoccupe également avec ce nouveau système, c’est le nombre d’étudiants par licence. Actuellement, nous avons dix LAS. Mais les textes vont probablement nous imposer de les réduire et les licences de lettres et d’histoire qui accueillaient beaucoup d’étudiants en LAS [plus de 100], seront sans doute supprimées. Même si cela a été évoqué, je doute que les recteurs aillent dans les lycées pour expliquer que le nombre de places sur Parcoursup va diminuer. Je doute que le nombre d’étudiants en première année diminue à la rentrée 2027. Donc on va se retrouver avec des étudiants qui iront dans une licence qu’ils ne veulent pas faire parce qu’il faudra les répartir. C’est un retour en arrière.

Et avec autant d’étudiants [plus de 1 000 inscrits en LAS à l’université Côte d’Azur], on ne peut pas organiser des TD par exemple. Pour moi, c’est aussi un vrai sujet. Cette première année, de bachotage, est une année de perdue en termes de compagnonnage : on accueille des étudiants qui sortent à peine du lycée et qui soudainement, se retrouvent à suivre des cours à distance sans voir personne. Ils n’ont pas de TD parce qu’on ne peut pas les organiser et parce que cela pose aussi question : si on en fait, il faut qu’ils soient notés, sinon les étudiants ne viendront pas. Mais noter, c’est attribuer une valeur et on se retrouve avec les mêmes difficultés que les oraux, comment faire qu’un système reste égalitaire ? 

"Peut-être qu’on se trompe avec cette nouvelle réforme"

Aujourd’hui, le système niçois fonctionne mais cela fait quatre ans qu’on l’adapte. Cela demande du temps, une vraie ingénierie pédagogique. Désormais, on a besoin de stabilité, c’est certain. Les lycéens ont besoin de savoir. 

DA : Les lycéens posent des questions sur la réforme à venir et j’espère pouvoir leur donner les éléments rapidement pour les rassurer. C’est aussi pour cette raison que l’on a mis en place la terminale "Santé". On leur montre ce qui les attend à la faculté et on leur annonce clairement l’objectif : conforter ceux qui veulent aller en santé et dissuader ceux qui sont incertains afin qu’ils ne s’engagent pas dans une voie qui leur fera mal. 

JD : Sans doute qu’il faut agir en amont, considérer les choses de manière globale entre les lycéens, Parcoursup, l’université et les facultés de santé. Peut-être qu’on se trompe avec cette nouvelle réforme. En médecine, les études ont été raccourcies par les deux bouts : la première année avec un concours et la sixième année, dont les EDN commencent dès le mois d’octobre. Cette nouvelle réforme d’accès aux études de santé continue de comprimer le temps d’enseignement que l’on peut offrir à nos étudiants. On les pressurise encore alors que s’occuper d’un patient, connaître l’hôpital, tout cela, ça prend du temps.

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