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"Pour accueillir un étudiant, il faut y être formé" : comment améliorer les conditions de travail des carabins

Comment peut-on prévenir les risques psychosociaux (RPS) en études de médecine ? Qui doit être formé ? Et de quelles manières ? Ce sont les questions auxquelles ont cherché à répondre des représentants étudiants, professeurs et doyens lors d'une table ronde dédiée, mercredi 7 octobre. 

08/10/2026 Par Chloé Subileau
Externat Internat MSU
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Former pour prévenir les risques psychosociaux (RPS) en médecine ? C'est sur ce sujet que s'est ouverte, mercredi 7 octobre, la 6e conférence de concertation sur les RPS et les violences sexistes et sexuelles (VSS) en études de santé, organisée par la Conférence nationale des doyennes et des doyens de médecine (CDD). Pour prévenir ces risques, qui portent atteinte à la santé physique et mentale des futurs soignants, il faut d'abord comprendre quels sont leurs contours, a avancé Louise Lopez-Baseilhac, vice-présidente chargée de la qualité de vie étudiante de l'Anemf*. "Il y a plusieurs facteurs de RPS qui peuvent être liés [chez un étudiant en médecine] et qui peuvent s'exercer en même temps", a-t-elle expliqué, citant notamment la charge de travail, le manque de récupération, les VSS, la précarité, la discrimination ou l'isolement dont souffrent certains carabins. 

"Au-delà de repérer quel étudiant va mal, il faut aussi pouvoir regarder tout l'environnement dans lequel il étudie, ses conditions de travail, celles dans lesquelles il vit et tous les facteurs auxquels il peut être exposés", a développé la future praticienne, devant un public d'une petite centaine de personnes, réunies au cœur de la faculté de médecine de Sorbonne-Université à Paris. "Et ça, ça permettra d'accompagner les étudiants qui vont mal, et aussi de prévenir le mal-être des étudiants en amont", a souligné Louise Lopez-Baseilhac.

Pour prévenir ces RPS, le Pr Marc Maynadié, doyen de la faculté des Sciences de santé de Dijon, a travaillé au sein de la CDD à la création d'outils de formation pour les étudiants en médecine. Il en a découlé des "capsules" d'une dizaine d'heures au total, "à la disposition des enseignants", qui peuvent les intégrer dans les modules des premier et deuxième cycles, a détaillé le professeur. Un module spécifique de formation est dédié aux internes, a poursuivi Marc Maynadié, précisant qu'une amélioration de ces outils est prévue. 

A Toulouse, le Pr Xavier de Boissezon propose, de son côté, une formation en management aux internes en médecine physique et de réadaptation (MPR). Le modèle, qui en est à sa 6e édition, se déroule sur trois jours (contre deux auparavant) et est proposé sans obligation, aux étudiants en fin d'internat. Il permet d'aborder divers sujets de la détection des RPS à "comment on manage une équipe de soignants", a détaillé le professeur. Une réussite qu'il a tenté d'étendre aux internes toulousains des autres spécialités. "Je vous avoue que c'est un petit plus compliqué, donc ce n'est peut-être pas la piste à suivre", a-t-il glissé, invitant les autres collèges d'enseignants et les doyens à s'inspirer de cette expérience. 

Valoriser la médecine du travail

A l'échelle des étudiants, et en particulier des internes, la prévention des RPS et des troubles qui en découlent passe, selon Achille Cassiot, par un renforcement du lien "entre la médecine du travail et la médecine universitaire". "Il y a une très grande hétérogénéité sur le territoire sur ce sujet-là", a indiqué le président de l'Isni**, appelant ainsi à recréer "partout" "du lien entre ces deux structures pour essayer d'avoir un dispositif fort et un suivi important de nos internes où qu'ils soient sur le territoire". "Nous avons un problème majeur de médecine du travail dans le secteur hospitalier", a confirmé le Dr Philippe Normandie, qui a travaillé pour le ministère de la Santé sur le plan Santé des professionnels de santé. "Elle est à la ramasse", a-t-il lâché, affirmant que la spécialité devrait être revalorisée "d'ici la fin de l'année". 

Achille Cassiot a, par ailleurs, proposé que le décompte du temps de travail par les établissements de santé, "censé être légal et obligatoire", soit pris en compte dans les évaluations, "aussi bien des universités que des hôpitaux à travers les certifications HAS ou les évaluation Hcéres*** des formations". De telles contraintes pourraient aider à réduire les RPS, alors que le temps de travail moyen des internes était de 59 heures hebdomadaires en 2024 - bien loin de la limite légale de 48 heures. 

Mais au-delà des futurs médecins, la prévention doit aussi toucher leurs encadrants. Pour être nommé, un praticien hospitalo-universitaire a reçu une "formation en pédagogie médicale, il a son expérience derrière lui d'externe, d'interne, de chef de clinique, parfois d'assistant… Il arrive avec un petit bagage. [Mais] est-ce qu'il est suffisamment armé pour faire face aux difficultés que rencontrent les étudiants aujourd'hui ?", s'est interrogé le Pr Michel Brazier, membre du dispositif national de médiation.

"On demande déjà aux hospitalo-universitaires de passer un DU de pédagogie médicale. [et] c'est très bien car la pédagogie, ça s'apprend", a abondé le Pr Marc Maynadié, pour qui une formation en "management ou à la détection des RPS, au savoir-être, sur [comment] conduire des projets, gérer une équipe…" pourrait être intégrée à ce DU.

Elargir le modèle des MSU de médecine générale

Autre solution possible : étendre les obligations inscrites dans la charte des maîtres de stage universitaires (MSU) de médecine générale aux hospitaliers. Les MSU doivent, avant d'accueillir un carabin en stage ambulatoire, signer ce document, qui les oblige notamment à suivre régulièrement des formations sur les RPS, les VSS ou les droits des étudiants. "Derrière tout cela, il y a un principe : pour accueillir, superviser et accompagner un étudiant ou une étudiante, il faut y être formé", a insisté Mathilde Lang, membre du bureau de l'Isnar-IMG****. "Cette exigence ne devrait pas s'arrêter aux portes des stages ambulatoires […] Il paraîtrait essentiel que l'ensemble des personnes qui sont amenées à encadrer des étudiants soient formées à les accueillir", a-t-elle insisté.  

Une hypothèse également avancée par le Pr Marc Maynadié, qui proposé d'élargir ce modèle aux hospitaliers. "Aujourd'hui, vous êtes praticien hospitalier au CHU et vous encadrez des étudiants sans jamais avoir été formé à cela, et sans que l'on vous demande de l'avoir été", a-t-il plaidé, s'adressant au public. 

Au-delà de la formation, la prévention des RPS passe surtout, pour le Dr Denormandie, par la nécessité de "refaire communauté", qui repose sur "trois éléments majeurs". "Le premier élément, c'est de recréer du soutien social entre nous. Le deuxième qui revient, c'est l'autonomie", a détaillé le chirurgien. "Cela ne veut pas dire faire n'importe quoi, mais de dire : 'Je reconnais que tu prennes des responsabilités et je t'accompagne dans ces responsabilités.'" Selon le praticien, un dernier élément s'impose, celui de "la reconnaissance" avec un "sujet clef" : "Comment la parole de chacun compte ? Aujourd'hui, quel est le poids de la parole d'un interne, d'un externe, d'un aide-soignant ou d'un PU-PH ?"  Pour lui, aucun doute : "Refaire communauté avec ces trois piliers, ce sont les éléments les plus préventifs sur ce sujet des RPS."

*Association nationale des étudiants en médecine de France

**Intersyndicale nationale des internes de médecine

***Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur

****Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale

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