Crédit photo : Julie Bourges.
Pour Marguerite Cazeneuve, la grève des médecins n'est "plus" justifiée : "J'espère qu'elle sera très peu suivie"
Dans une interview accordée à Libération, la numéro 2 de la Cnam, démissionnaire, s'exprime sans réserve sur la grève des médecins libéraux, sur la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 ou encore sur le réseau France santé. Rejoignant les rangs de Raphaël Glucksmann, elle plaide pour une loi de programmation en santé.
Crédit photo : Julie Bourges.
Sur le départ, Marguerite Cazeneuve peut désormais s'exprimer librement, et elle ne s'en prive pas. Dans une longue interview accordée à Libération, la future ex-numéro 2 de la Cnam confirme rejoindre le parti social-démocrate Place publique, au sein duquel elle planchera sur les "idées" et le programme. En parallèle, elle travaillera pour l'agence d'opinion et de communication Bona Fidé. "J'ai vécu cinq années passionnantes à l'Assurance maladie auprès de son directeur général, Thomas Fatôme. Après la crise du Covid, il fallait remettre le système de santé sur les rails", retrace-t-elle. "Mais aujourd'hui je suis tenaillée par une autre urgence, l'échéance présidentielle m'angoisse terriblement. J'ai la conviction que l'élection de 2027 sera un peu la bataille finale. Que la démocratie va jouer sa peau contre l'internationale fasciste", confie l'épouse de l'ex-ministre et député Aurélien Rousseau.
Regrettant "l'instabilité ministérielle" des cinq dernières années, qui a privé la France d'une "grande loi santé", Marguerite Cazeneuve estime que "construire un projet ambitieux pour la santé sur cinq à dix ans doit être une priorité de la feuille de route sociale-démocrate pour 2027".
La plupart des mesures qui touchaient directement les médecins libéraux n'ont pas été adoptées
Marguerite Cazeneuve se montre, par ailleurs, critique envers le mouvement de grève des médecins, qu'elle ne considère "plus" justifié. "J'espère qu'elle sera très peu suivie", lance-t-elle. "La plupart des mesures qui touchaient directement" les libéraux dans le PLFSS 2026 "n'ont pas été adoptées", relève-t-elle. C'est le cas, notamment, de la surcotisation sur les dépassements d'honoraires, finalement rejetée par les parlementaires, ou encore de la pénalité pour non report dans le DMP, censurée par le Conseil constitutionnel. "Il reste bien une disposition, issue d'amendements parlementaires, qui permet au directeur général de la Cnam de prendre des décisions unilatérales sur les tarifs des actes techniques des médecins", concède Marguerite Cazeneuve, "mais la ministre de la Santé s'est engagée à ne pas l'activer et personnellement, je doute qu'elle soit jamais utilisée puisque ça reviendrait à tuer le principe même des négociations conventionnelles".
Le mouvement de contestation des médecins "reflète à [son] sens plutôt une peur rétrospective", analyse Marguerite Cazeneuve. Quand les médecins "ont le sentiment que les débats parlementaires sont hors de contrôle, que des mesures affectant leur exercice sortent du chapeau sans aucune concertation préalable, cela les met sous tension. Il faut éviter à l'avenir que les budgets de la Sécu percutent les accords conventionnels passés." Et de regretter que dans la "copie finale" de la LFSS, "beaucoup des mesures que préconisait la Cnam" soient "passées à la trappe, notamment en matière de prévention".
Interrogée sur le réseau France santé, Marguerite Cazeneuve ne mâche pas ses mots. "Si les déserts médicaux progressent en France, c'est parce qu'il n'y a plus assez de médecins généralistes pour prendre en charge la population vieillissante sur l'ensemble du territoire. Je vois mal comment la labellisation de structures de soins existantes pourrait régler le problème", lance-t-elle. Quant à la réforme des ARS voulue par le Premier ministre, qui conduirait à transférer une partie des missions santé aux départements, c'est "une fausse bonne idée". "La santé est un service fondamentalement régalien. La promesse, ce sont les mêmes droits et les mêmes soins pour tous, rappelle Marguerite Cazeneuve. Le travail de l'Etat, donc des ARS, est de corriger les inégalités territoriales de santé. Ce n'est pas possible à l'échelle d'un département."
La sélection de la rédaction
Grève des médecins : vous sentez-vous soutenu par les patients ?
Blue GYN
Non
Ce qui est clair, c'est que le mot d'ordre a été donné aux media d'étouffer le mouvement et si possible de le dénigrer. Voir des ... Lire plus