Mégaphone rouge

Données de santé : des associations de patients s'élèvent contre les "appétits financiers" de Doctolib

La fédération France assos santé, la Ligue contre le cancer, l'UFC-Que choisir ou encore le Syndicat des biologistes dénoncent le lancement par Doctolib d'une rubrique permettant aux utilisateurs de compiler tous leurs documents de santé. Une fonctionnalité qui fait concurrence à Mon Espace santé et qui pose des questions sur l'utilisation des données de santé.

09/12/2024 Par Aveline Marques
Mégaphone rouge

"Devra-t-on bientôt composer avec deux carnets de santé numériques, un public et un privé ?" C'est la question que posent France assos santé et plusieurs organisations représentant des patients, des usagers et des soignants dans un communiqué diffusé jeudi 5 décembre. Ils dénoncent le lancement par Doctolib d'une rubrique "santé" permettant aux utilisateurs de la plateforme de prise de rendez-vous de compiler leurs documents (comptes-rendus, ordonnances…), de renseigner leurs informations santé (traitements, allergies, antécédents, etc.), de les partager avec leurs proches ou des professionnels de santé, et de bénéficier, à terme, de conseils de prévention personnalisés.

Problème : pour ces associations, comme pour le directeur de la Cnam, ce service risque de concurrencer Mon Espace santé, qui vient de franchir la barre des 15 millions d'utilisateurs. "Nous avons ouvert un agenda de santé et une messagerie, dont nous allons nous servir pour faire de la prévention. Si Doctolib fait cela demain, pourquoi pas d’autres ? Est-ce que l’on veut s’appuyer sur la réussite de Mon espace santé ou est-ce que l’on veut faire du copier/coller ? ", a commenté Thomas Fatôme dans Le Monde la semaine dernière

Un projet tourné vers la prévention ? 

"Alors que l’ensemble des acteurs du secteur travaille de concert depuis des années pour construire un cadre de confiance autour du numérique en santé, conforme aux valeurs de solidarité de notre système de santé, difficile de voir dans le projet de Doctolib un bon signal et de ne pas s’interroger sur ses finalités", embrayent les associations de patients et d'usagers. "Pourquoi créer un carnet de santé bis ? Comment les usagers du système de santé et les professionnels de santé vont-ils se positionner par rapport à ce doublon ? Comment garantir la protection des données et préserver le droit de chaque citoyen à une gestion transparente de ses données sensibles, dans des circuits parallèles ? Quid de l’indépendance des contenus en matière de prévention ?", interrogent-ils.

Les signataires du communiqué rappellent leur attachement à un "carnet de santé numérique unique, pensé et conçu comme un authentique service public, préservé des appétits financiers". 

De son côté, Doctolib défend un projet tourné vers la prévention. "Les données n’ont aucune valeur, assure Jean-Urbain Hubau, le directeur général de l'entreprise en France, dans Le Figaro. Nous nous basons seulement sur elles pour faire de la prévention, un objectif salué par l’Élysée, la direction générale de l’offre de soins ou encore la Direction générale de la santé, lorsque nous leur avons présenté notre projet."

La Délégation du numérique en santé (DNS) ne serait, elle, pas de cet avis. L'administration aurait contacté plusieurs organisations de médecins et de patients pour les convaincre de signer une tribune dans Le Monde qui soulevait, d'après le quotidien, un risque de "privatisation du carnet de santé numérique" et de "financiarisation de notre système de santé". Un projet finalement abandonné.

[avec LeMonde.fr et LeFigaro.fr

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1 débatteur en ligne1 en ligne
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Médecins (CNOM)
il y a 1 an
"Problème : pour ces associations, comme pour le directeur de la Cnam, ce service risque de concurrencer Mon Espace santé, qui vient de franchir la barre des 15 millions d'utilisateurs. " Bah oui, c'est bien ça le problème : on ne veut pas de concurrence pour son "espace santé" poussif. Ça risque de faire moche, de voir que le privé peut (beaucoup) mieux faire. Se féliciter d'avoir dépassé la barre de 15 millions d'utilisateurs ? soit moins d'un assuré sur quatre ? Je ferais profil bas, à leur place. Pour ma part, le DMP est une perte de temps : perte de temps pour l'alimenter , perte de temps pour y chercher des infos (à part les injections covid, généralement on n'y trouve pas grand-chose). Tout ce petit monde (France Assos, Le Monde, Assurance Maladie...) vit sur notre dos ; pas étonnant qu'ils ont peur qu'on mette à jour leur inefficacité. "Financiarisation": oh, le vilain Doctolib! Terme sorti du même tiroir que "antivax", "facho" et j'en passe, simplement pour faire taire leurs adversaires. S'ils voulaient une discussion, ils pourraient dire: Doctolib va vendre telles infos à telle firme, pour telle somme. (Scoop : les mots imprécis sont des écrans de fumée.) Comprenez-moi bien, je ne suis pas fondamentalement pro-Doctolib : je suis pro-liberté, pro-possibilité de choix.
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18,6 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 1 an
Polémique digne de l'URSS. Les données de santé appartiennent aux patients, qui sont libres de les garder chez eux, de les confier à l'État ou à une entreprise privée offrant les garanties légales de confidentialité. Mon Espace Santé est un échec, comme 90 % des solutions informatiques pondues par les technocraties. Il est normal, et je dirais même salvateur qu'une entreprise française comble ce vide en 2024, pour qu'enfin un patient qui se présente chez un spécialiste ou à l'hôpital puisse facilement partager son profil médical et faciliter ainsi sa prise en charge.
 
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