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Un internaute l'avait traité de "charlatan" : le médecin obtient 3000 euros

Dans un arrêt rendu le 17 février, la justice a donné raison à un médecin qui poursuivait le proche d'une patiente pour un avis en ligne jugé diffamatoire.

16/03/2026 Par Aveline Marques
Patients Faits divers / Justice
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Article modifié le 19 mars 2026 : anonymisation

"Je mets 1 étoile car impossible d'en mettre 0", attaque cet internaute sur le site internet d'une clinique privée, le 28 septembre 2024. Et de relater la "visite" effectuée huit jours plus tôt dans cet établissement avec sa conjointe, "suite à grosse torsion du genou à un entraînement de hand". Sur place, cette dernière est prise en charge par un médecin libéral, membre d'une association qui a conclut une convention de services avec la clinique. A la suite d'un examen clinique, le praticien, nommément cité, aurait conclu à une "légère contusion du ménisque", préconisé "une semaine de repos" et autorisé la conduite et la marche "sans immobilisation".

"Résultats au bout d'une semaine après un IRM en urgence : entorse grave du genou + rupture complète du ligament croisé antérieur + ménisque touché", développe l'accompagnant. Non content d'imputer au médecin une erreur de diagnostic et un traitement inapproprié qui "aurait pu empirer la blessure", l'internaute va jusqu'à remettre en cause sa qualification : "En pensant que ce 'médecin' nous parlait des ostéopathes comme étant des charlatans, je me demande dans ces cas-là lequel des deux est le charlatan", assène-t-il.

Liberté d'expression ?

Des propos qui lui ont valu d'être assigné en justice pour diffamation par le médecin concerné : il réclame non seulement le retrait de cet avis, mais également 10 000 euros en réparation des préjudices (atteinte à l'image et moral) subis. Mais en première instance, le tribunal prononce la nullité de l'assignation, reprochant au médecin ne pas avoir suffisamment qualifié sa plainte.

L'affaire est jugée le 18 novembre 2025 en appel. Face à son détracteur qui défend "son droit d'exprimer son opinion négative sur le manque de professionnalisme d'un médecin en qualité de témoin accompagnant la patiente", le médecin souligne "que l'entièreté du propos porte sur sa qualité de médecin et vise à émettre des doutes sur ses compétences".

Dans un arrêt rendu le 17 février 2026, la cour statue en sa faveur. "Tel que rédigé, l'avis laissé par M. [A] excède la simple expression d'un mécontentement relevant de la liberté d'expression garantie à tous citoyens dès lors qu'il ne comporte aucune précaution et qu'il tend, sur la base d'une seule consultation, à tirer la conclusion radicale et définitive de ce que M. [U] ne mérite pas la qualification de médecin comme le démontre l'usage des guillemets (ce 'médecin'), voire même qu'il ne serait pas vraiment un médecin diplômé", reconnaît la cour. "Cet avis entache la réputation professionnelle de M. [U] dont les compétences et la crédibilité professionnelles sont remises en cause tant auprès de la patientèle que de ses confrères" et est "de nature à altérer la confiance des patients à l'égard de ce praticien" et de l'association auquel il appartient. "Il est susceptible de leur faire perdre, à l'un comme à l'autre, des patients."

L'internaute est condamné à verser au médecin "la somme de 1.500 € à titre de provision à valoir sur la réparation de son préjudice moral et 1.500 € à valoir sur la réparation de son préjudice réputationnel".

Faut-il supprimer les ARS ?

Marie GILARDI

Marie GILARDI

Oui

Leur communication est opaque Ils ne comprennent rien au terrain Ils ont une logique comptable Ils ont et ont participé à la... Lire plus

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Voltaire MCDD
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Débatteur Passionné
Chirurgie orthopédique et traumatologie
il y a 2 mois
il est tout à fait anormal que ce médecin ait eu à dépenser le moindre centime pour assurer sa défense. à l'heure où le conseil de l'ordre national des médecins pratique ce qui semble à beaucoup d'entre nous être un racket en bande organisée il serait bien inspiré de démontrer que l'utilité de sa fonction est justement la défense de la réputation de chaque médecin. Il est impossible directement d'avoir le moindre droit de réponse concernant un avis qui entache notre réputation professionnelle. Google l'efface aussitôt en prétextant que l'on ne respecte pas sa charte d'usager (pas de droit de réponse direct et surtout obligation de se noter soi-même qui bien sûr est interdit sauf à se mettre la plus mauvaise note ce qui ne dérangera pas l'hébergeur) alors que justement nous ne sommes pas usagers mais victimes de la vindicte de personnes de mauvaise foi à qui aucune limite n'est fixée et aucun droit de réponse nous est permis par le conseil de l'ordre sous prétexte de comportement déontologique. Si le conseil de l'ordre imposait une bonne fois pour toute l'obligation pour les plateformes d'un droit de réponse non pas individuel (dans ce cas là on s'attaquerait directement à un patient même si celui-ci publie de manière anonyme) mais générale sur ce que l'on pense des notes qui vous sont attribuées cette situation n'aurait jamais existé. Félicitons ce confrère d'avoir obtenu pour un tant soit peu gain de cause et blâmons notre conseil de l'ordre national pour sa couardise à nous défendre, son incapacité à se réformer et être issu d'une élection véritablement démocratique du président par ses pairs. Bref à être enfin exemplaire et non pas une caricature d'indépendance de probité et d'efficacité à défendre et à construire la profession.
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JACQUES R
3,5 k points
Débatteur Passionné
Biologie médicale
il y a 2 mois
"En pensant que ce 'médecin' nous parlait des ostéopathes comme étant des charlatans, je me demande dans ces cas-là lequel des deux est le charlatan", Franchement il doit y avoir pire comme attaque . Jugement excessif. Un rappel aurait suffit.
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Binocle Lulu
2,9 k points
Débatteur Passionné
Ophtalmologie
il y a 2 mois
Personnellement je ne regarde que très rarement les avis sur internet, une fois par an peut-être, cela ne m'intéresse pas. Il y aura toujours des patients grognons revendicateurs perpétuellement insatisfaits de leur médecin, quels que soient ses compétences et son dévouement. La bave du crapaud n'atteint pas la blanche colombe.
 
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