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Médecin étrangère suspendue pour des "erreurs de diagnostic" : son avocat dénonce le manque d'encadrement des Padhue

Une médecin d'origine algérienne a été suspendue en décembre dernier par l'hôpital de Novo, à Pontoise, après des "erreurs de diagnostic". La praticienne a contesté sa sanction devant la justice. Lors de l’audience en référé, son avocat a pointé le manque d’encadrement des Padhue.

28/02/2025 Par Louise Claereboudt
Déontologie
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C'est le passage aux urgences d'un patient en septembre 2023 qui est à l'origine de la sanction. Pris en charge à l'hôpital de Novo, à Pontoise, par cette médecin d'origine algérienne, l'homme est renvoyé chez lui avec une prescription de paracétamol. Le lendemain, au centre hospitalier d'Argenteuil, on lui diagnostique une embolie pulmonaire, relate Le Parisien. Quelques mois plus tard, le patient dépose plainte contre l'hôpital de Novo. L'hôpital reconnaît une "erreur de diagnostic manifeste" de la part de la médecin. Cette dernière sera suspendue en décembre 2024.

La médecin étrangère a souhaité contester sa sanction devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Lors de l'audience en référé, qui a eu lieu ce mardi 25 février, son avocat a pointé le manque d'encadrement des praticiens diplômés hors de l'Union européenne (Padhue). "Ce jour-là dans le service, l’autre médecin est junior, il n’a pas le droit d'être seul. Il avait aussi un urgentiste du Samu, qui est par ailleurs appelé à se déplacer sans arrêt. C’est cela un encadrement suffisant ?", a-t-il questionné. Rejetant par ailleurs toute faute médicale de sa cliente : "L'embolie était indécelable à ce moment-là."

L'hôpital de Novo invoque de son côté deux autres cas médicaux dont était chargée la praticienne "et qui se sont révélés problématiques", rapporte Le Parisien, notamment celui d’une patiente âgée décédée d’une péritonite. "Ce jour-là, dans le service, il y avait un praticien hospitalier et quatre Padhue", a commenté l'avocat de la médecin. Et de plaider : "Ce sont des bouche-trous, on ne leur laisse pas le temps d’effectuer leurs stages dans des conditions sereines, avec la possibilité d’être bien encadrés."

Pour l'hôpital, les erreurs de diagnostic de la praticienne sont dues à son comportement. L'avocat de l'établissement la décrit comme quelqu'un qui "refuse de revoir ses dossiers avec un praticien et de prendre en compte les remarques qu’on lui fait. Elle refuse toutes les remises en cause de sa prise en charge. Et persiste à s’affranchir du cadre collégial."

L'UFMICT-CGT (Union fédérale médecins, ingénieurs, cadres, techniciens), qui soutient la praticienne mise en cause, dénonce, par la voix du Dr Tron de Bouchony, "une situation disproportionnée et injuste". "Un médecin que l’hôpital a la charge d’encadrer peut-il être tenu, sans enquête contradictoire, seul responsable de la réalisation d’un acte qui ne peut manifestement pas être considéré comme une faute détachable du service hospitalier ?", s'interroge la CGT dans un communiqué.

Pour la praticienne, arrivée à la 7ème place sur 575 aux épreuves de validation des connaissances (EVC) en 2021, l’hôpital Novo ne lui aurait pas permis de consolider sa formation comme il aurait dû le faire. "J'ai choisi l’hôpital Novo en croyant que c’était un établissement formateur. Mais on m’a laissée 16 mois aux urgences au lieu de me faire passer par les différents stages prévus dans mon parcours de consolidation", a-t-elle indiqué, précisant être "passée par les urgences de Creil, d’Argenteuil, de Reims (Marne)" et avoir eu "des lettres de recommandation de partout".

Selon Le Parisien, la médecin mise en cause a "effectivement passé plus de 16 mois dans le service, sans compter ses heures", rapportant "75 gardes, 45 demi-gardes et 500 heures de temps additionnel". "Ce sont les Padhue qui font tourner les hôpitaux […] Avec eux, les établissements ont une ressource formée et pas chère", a indiqué Me Léonard Balme Leygues.

La décision du tribunal administratif de Cergy-Pontoise est attendue pour le début de la semaine prochaine.

[avec Le Parisien]

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Michel Rivoal
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Débatteur Passionné
Anesthésie-réanimation
il y a 1 an
Oui Egora, je souhaite donner mon avis... Sur l'article. C'est toujours difficile de relater l'actualité mais ça l'est encore plus de commenter un article quand on ne connait rien sur le fond. Les PADHUE: catégorie de médecins nécessitant une formation complémentaire au delà de l'évaluation de leurs connaissances. L'encadrement: on sait les pénuries de médecins, notamment aux urgences, notamment en Ile de France dans les hôpitaux "périphériques". Mais on ne sait pas toujours la politique de recrutement des établissements ni le cahier des charges qui devrait être imposé tant aux médecins responsables d'unités qu'aux directions chargées du recrutement et de leur financement. Il y a ensuite l'inventaire des qualités personnelles des personnes. Telle est secrète ou ouverte, telle est susceptible ou compliante... et c'est valable aussi bien pour les PADHUE que pour les titulaires chargés de leur encadrement. Rapporter une erreur diagnostic d'embolie pulmonaire en disant qu'il était soit impossible soit évident dans le cadre d'un procès sans en connaître les détails devrait soit apporter les éléments d'un jugement, soit n'être qu'un quiz. En tout cas ne permet pas de juger sur le fond. Au mieux cet article décrit des difficultés d'exercice de la médecine pour les médecins comme pour les établissements de santé, au pire il sera le prétexte de défouloir des "pour ou contre" on ne sait quoi ou qui. Alors, la critique est facile et l'art est difficile. Mais cet espace de débat mérite plus de précisions. Merci si vous pouvez tenir compte de cette réflexion. Bien cordialement. M.R.
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ABDELHAKIM MOURI
10 points
Médecine générale
il y a 1 an
Quand on sait qu'un patient sur 18 reçoit un diagnostic incorrect aux services d'urgences en France ( statistiques HAS 2024) , indépendamment du fait que le médecin soit français ou pas... Je pense qu'on doit donner plus de réflexion au vrai motif de cette suspension.
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HENRI BASPEYRE
15,4 k points
Résistant
Chirurgie générale
il y a 1 an
l'embolie pulmonaire est 1 diagnostic difficile Penser à faire 1 capnographie,voire des gaz du sang "quand on y pense toujours,on n'y pense pas assez souvent" paraphrase de HENRI MONDOR mais si on le fait à tout le monde:problème de thrombose des urgences,les IDE sont vite saturées,le laboratoire d'analyses médicales aussi!
 
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