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"Chaque nuit, l'Etat économise 500 000 euros sur le dos des praticiens hospitaliers"

Les trois quarts des praticiens hospitaliers – médecins, pharmaciens, dentistes – travaillent plus de 48 heures par semaine, révèle une enquête du SNPHAR-E. Les résultats mettent en lumière de nombreuses irrégularités, notamment dans le paiement des heures supplémentaires et des gardes. 

03/04/2026 Par Aveline Marques
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Le temps de travail est devenu une "préoccupation majeure" des médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers. Et ce, quel que soit leur âge, insiste le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (SNPHAR-E). Du fait de l'"évolution sociétale" et de l'importance accordée à l'équilibre vie professionnelle-vie personnelle, de la féminisation du métier et de la "densification du travail", les PH "aspirent aux mêmes conditions de reconnaissance de leur temps de travail que dans les professions comparables". C'est loin d'être le cas, si l'on en croit les résultats de l'enquête Tetramar-e* conduite par le syndicat auprès de 1966 praticiens.

L'enquête révèle ainsi que 77,2 % des répondants travaillent plus de 48 heures par semaine, plafond légal fixé par la réglementation européenne. Parmi eux, 18 % dépassent même les 60 heures par semaine. Pire : pour 54 % des sondés, les obligations de service totales (temps clinique et non clinique) sont définies à 48 heures hebdomadaires. Alors qu'elles sont censées être la limite haute, ces 48 heures deviennent donc "obligatoires", dénonce le syndicat. 

Source : TETRAMAR-E

Or, "dès que l'on dépasse 40 heures, le sentiment de 'travailler trop' devient un phénomène de grande ampleur", remarque le syndicat.

Source : TETRAMAR-E

A cela s'ajoute, pour 48 % des répondants, du temps de travail additionnel (TTA). Mais alors que ces heures travaillées au-delà des 10 demi-journées réglementaires pour un temps plein sont censées être effectuées sur la base du volontariat, 70 % des praticiens participant au TTA "le font de façon contrainte", s'alarme le syndicat. Comme l'avait montré une précédente enquête, il s'agit souvent (67 %) d'une "auto-contrainte" : "le praticien souhaiterait ne pas faire de TTA mais se sent obligé pour que l'hôpital tourne et que les patients soient pris en charge". 

Des heures supplémentaires payées moins cher

Le syndicat constate par ailleurs que dans 38 % des cas, le TTA des praticiens n'est pas encadré par un contrat et que 25 % des participants "ne peuvent pas exercer leur choix d'option relatif au TTA" : alors que ce dernier peut être payé, récupéré (sur le quadimestre suivant) ou bien versé sur un compte épargne temps, la rémunération est l'option retenue "de manière quasi exclusive par les établissements". Et pour cause : ces heures supplémentaires sont rémunérées en dessous de la rémunération de base, remarque le SNPHAR-E.

Autre point dénoncé par le syndicat : les gardes de 24 heures, qui logiquement devraient permettre aux praticiens de cumuler 5 demi-journées (10 journées devant compter pour 48 heures max), ne comptent que pour 4. "Durant les négociations Ségur, le ministre Olivier Véran avait refusé d'accorder cette mesure tout en reconnaissant son bon sens, parce qu'elle revenait – à l'époque – à 180 millions d'euros supplémentaires", rappelle le syndicat. "Chaque nuit, l'Etat économise 500 000 euros sur le dos du travail des praticiens hospitaliers !" déplore-t-il. Dans l'enquête Tetramar-e, 88 % des PH participent à la permanence des soins : 21 % ne font que des gardes, 44 % que des astreintes et 23 % cumulent les deux.

Source : TETRAMAR-E

Enfin, plus de 35 % des praticiens sondés déclarent ne pas avoir de temps non clinique (enseignement, recherche, responsabilités institutionnelles ou managériales…), alors que la réglementation leur octroie une demi-journée par semaine.

L'enquête met par ailleurs en lumière les "arrangements locaux", souvent non réglementaires, qui sont utilisés comme des mesures d'attractivité pour les établissements, alimentant la concurrence entre ces derniers : lignes de permanence des soins fictives, rémunération des gardes majorée, TTA décompté mais non réalisé…

Le SNPHAR-E appelle à faire le "ménage" et à "changer de paradigme" en valorisant le travail de tous les praticiens à hauteur de leur niveau de responsabilité et de leur engagement. Il demande la généralisation du décompte en temps continu, avec des obligations de service définies à 39 heures.

Il alerte : "De plus en plus de cliniques et de cabinets proposent des offres d'emplois avec des volumes horaires des offres d'emplois avec des volumes horaires très inférieurs à salaire équivalent (voir supérieur) et souvent avec une participation à la permanence des soins nulle ou très peu astreignantes, comparé à la PDS hospitalière." 

*Questionnaire en ligne diffusé du 31 mars au 15 septembre 2025. 

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En tant que medecin traitant je suis fatiguee des demandes abusives et de la necessité de convaincre constamment, je suis fatigue... Lire plus

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Michel Rivoal
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Débatteur Passionné
Anesthésie-réanimation
il y a 10 jours
Difficile de commenter cet article sans faire corporatiste ou vieux schnock, misérabiliste ou idéaliste. J'étais anesthésiste-réanimateur. On est passé d’une spécialité obscure à une spécialité conquérante, débordant sur la réanimation de «plein exercice», les urgences et SAMU/SMUR. Exploitée et soumise puis incontournable et revendicatrice. Contrastée entre le libéral et le public. Puis contestée dans l’exercice de la réanimation par les «réanimateurs médicaux» et de réformes en soubresauts vers les soins critiques ou «intensifs polyvalents». Bon, cela posé, reste la pratique diverse et le statut. Et si la profession a évolué, elle est aussi touchée par la raréfaction des effectifs et un exercice à haut risque et grande pénibilité, en anesthésie «pure» comme en réanimation «pure» et/ou associée. On a beau voir des exercices fractionnés et intérimaires, c’est une des références dans la continuité des soins et sa permanence. Il a fallu se battre pour faire reconnaitre ces nécessités, l’anticipation, ses check-lists, le suivi et la disponibilité. Il a fallu se battre aussi pour faire créer des postes permettant de limiter le temps de travail et obtenir le repos de sécurité (souvent perçu par d’autres comme compensatoire ou récupération) Il reste que ce temps de travail est de nouveau difficile à faire respecter, que les directions préfèrent payer des heures supplémentaires sous forme de forfaits qui ne correspondent pas au tarifs horaires statutaires. Alors, histoire de chasse ou micro trottoir, dans mon cas personnel, j’ai pris des gardes sur place jusqu’à 60 ans (de deux et plus par semaine sans repos de sécurité dans les années 73 à 85 à seulement six par mois dans les années 2000 et enfin une par semaine par la suite). J’ai pu valoriser «mon» temps additionnel dans un compte épargne temps et partir à la retraite à «68 ans» après une année quasi sabbatique. Bien, pas bien? Possible chez d’autres ou pas? Ailleurs ou pas? Là est la question.
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Br P.
335 points
Incontournable
il y a 11 jours
Ah les malheureux !...Médecin généraliste je faisais 60h/sem les gardes des anciens pour arriver à créer ma clientèle 4/sem et 1we/ms . Mon époux cadre faisait des déplacements parfois, commençait à 8h et rentrait à 18 19h . 2 garçons à élever Faut dire je les ai eu pendant mon FFI salariée à l'hôpital. Bon on est pas mort et aujourd'hui à la retraite on s'occupe encore bien sans en vouloir à tout le monde CARPE DIEM
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Didier GARCIA
170 points
Incontournable
il y a 11 jours
"Malheureusement", les médecins hospitaliers ont le même problème que de nombreux cadres du privé, qui cumulent les heures supplémentaires plus ou moins récupérées ou payées. Problème général où l'employeur refuse de payer un travail à son juste prix.
 
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