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"Chaque nuit, l'Etat économise 500 000 euros sur le dos des praticiens hospitaliers"
Les trois quarts des praticiens hospitaliers – médecins, pharmaciens, dentistes – travaillent plus de 48 heures par semaine, révèle une enquête du SNPHAR-E. Les résultats mettent en lumière de nombreuses irrégularités, notamment dans le paiement des heures supplémentaires et des gardes.
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Le temps de travail est devenu une "préoccupation majeure" des médecins, pharmaciens et odontologistes hospitaliers. Et ce, quel que soit leur âge, insiste le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs élargi (SNPHAR-E). Du fait de l'"évolution sociétale" et de l'importance accordée à l'équilibre vie professionnelle-vie personnelle, de la féminisation du métier et de la "densification du travail", les PH "aspirent aux mêmes conditions de reconnaissance de leur temps de travail que dans les professions comparables". C'est loin d'être le cas, si l'on en croit les résultats de l'enquête Tetramar-e* conduite par le syndicat auprès de 1966 praticiens.
L'enquête révèle ainsi que 77,2 % des répondants travaillent plus de 48 heures par semaine, plafond légal fixé par la réglementation européenne. Parmi eux, 18 % dépassent même les 60 heures par semaine. Pire : pour 54 % des sondés, les obligations de service totales (temps clinique et non clinique) sont définies à 48 heures hebdomadaires. Alors qu'elles sont censées être la limite haute, ces 48 heures deviennent donc "obligatoires", dénonce le syndicat.
Or, "dès que l'on dépasse 40 heures, le sentiment de 'travailler trop' devient un phénomène de grande ampleur", remarque le syndicat.
A cela s'ajoute, pour 48 % des répondants, du temps de travail additionnel (TTA). Mais alors que ces heures travaillées au-delà des 10 demi-journées réglementaires pour un temps plein sont censées être effectuées sur la base du volontariat, 70 % des praticiens participant au TTA "le font de façon contrainte", s'alarme le syndicat. Comme l'avait montré une précédente enquête, il s'agit souvent (67 %) d'une "auto-contrainte" : "le praticien souhaiterait ne pas faire de TTA mais se sent obligé pour que l'hôpital tourne et que les patients soient pris en charge".
Des heures supplémentaires payées moins cher
Le syndicat constate par ailleurs que dans 38 % des cas, le TTA des praticiens n'est pas encadré par un contrat et que 25 % des participants "ne peuvent pas exercer leur choix d'option relatif au TTA" : alors que ce dernier peut être payé, récupéré (sur le quadimestre suivant) ou bien versé sur un compte épargne temps, la rémunération est l'option retenue "de manière quasi exclusive par les établissements". Et pour cause : ces heures supplémentaires sont rémunérées en dessous de la rémunération de base, remarque le SNPHAR-E.
Autre point dénoncé par le syndicat : les gardes de 24 heures, qui logiquement devraient permettre aux praticiens de cumuler 5 demi-journées (10 journées devant compter pour 48 heures max), ne comptent que pour 4. "Durant les négociations Ségur, le ministre Olivier Véran avait refusé d'accorder cette mesure tout en reconnaissant son bon sens, parce qu'elle revenait – à l'époque – à 180 millions d'euros supplémentaires", rappelle le syndicat. "Chaque nuit, l'Etat économise 500 000 euros sur le dos du travail des praticiens hospitaliers !" déplore-t-il. Dans l'enquête Tetramar-e, 88 % des PH participent à la permanence des soins : 21 % ne font que des gardes, 44 % que des astreintes et 23 % cumulent les deux.
Enfin, plus de 35 % des praticiens sondés déclarent ne pas avoir de temps non clinique (enseignement, recherche, responsabilités institutionnelles ou managériales…), alors que la réglementation leur octroie une demi-journée par semaine.
L'enquête met par ailleurs en lumière les "arrangements locaux", souvent non réglementaires, qui sont utilisés comme des mesures d'attractivité pour les établissements, alimentant la concurrence entre ces derniers : lignes de permanence des soins fictives, rémunération des gardes majorée, TTA décompté mais non réalisé…
Le SNPHAR-E appelle à faire le "ménage" et à "changer de paradigme" en valorisant le travail de tous les praticiens à hauteur de leur niveau de responsabilité et de leur engagement. Il demande la généralisation du décompte en temps continu, avec des obligations de service définies à 39 heures.
Il alerte : "De plus en plus de cliniques et de cabinets proposent des offres d'emplois avec des volumes horaires des offres d'emplois avec des volumes horaires très inférieurs à salaire équivalent (voir supérieur) et souvent avec une participation à la permanence des soins nulle ou très peu astreignantes, comparé à la PDS hospitalière."
*Questionnaire en ligne diffusé du 31 mars au 15 septembre 2025.
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