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Nouveau statut pour les pharmaciens : le médecin traitant peut-il perdre sa place ?

Depuis le 31 mai, les patients ont l'option de désigner un “pharmacien correspondant”. Celui-ci peut “renouveler périodiquement des traitements chroniques et ajuster, si besoin, leur posologie”...sous conditions. Le dispositif est salué par les officinaux, à l’instar du président de la FSPF, Philippe Besset. Mais il est accueilli beaucoup plus froidement par les médecins, comme le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF. 

 

"Il y a un risque très clair de non qualité de la prise en charge"

Médecin néphrologue et président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), le Dr Jean-Paul Ortiz s’oppose au renouvellement des traitements et à l’ajustement de la posologie - des prérogatives qui relèvent habituellement des médecins - par les pharmaciens correspondants. Pour lui, le décret qui donne corps à ce statut est “une erreur majeure” qui compromet la qualité de la prise en charge des patients et entrave le développement de la coordination pluriprofessionnelle.  

Egora.fr : Comment avez-vous accueilli la publication du décret sur le pharmacien correspondant ? Celui-ci peut-il être à même de vous épauler, ou au contraire marche-t-il sur vos plates-bandes?  

Dr Jean-Paul Ortiz : Le cœur de métier du pharmacien, c’est d’analyser l’ordonnance du médecin et de délivrer le médicament. Le cœur de métier du médecin, c’est de prescrire le médicament. À partir du moment où le pharmacien peut prolonger à outrance une prescription médicamenteuse, ça pose deux problèmes. Le premier, c’est un problème médico-légal, juridique : que se passera-t-il en cas de complication alors que l’ordonnance a été prolongée pendant un an par le pharmacien et que le patient n’a pas été revu par le médecin? Qui sera responsable : le médecin, le pharmacien? Le deuxième, c’est que faire du pharmacien, un pharmacien correspondant qui peut prolonger un traitement, adapter la posologie - des prérogatives qui relèvent du champ de compétences des médecins -, est inacceptable, car il y a un risque très clair de non qualité de prise en charge. Ce sont les contours clairs des métiers, bien identifiés par la population, qui sont le gage de cette qualité.  

 

Vous réfutez les arguments selon lesquels le pharmacien correspondant permettrait aux médecins de dégager du temps médical, d’être épaulés dans les zones sous-dotées ?  

Premièrement : dans les zones sous-dotées, quand il n’y a pas de médecins, il n’y a pas de pharmaciens. Le pharmacien seul, sans médecin, ne vit pas, alors qu’on ne me raconte pas d’histoires. Deuxièmement, gardons-nous de prendre des mesures mal réfléchies, à l’emporte-pièce, pour résoudre un problème aujourd’hui alors qu’on sait que dans cinq à dix ans, on ne sera plus du tout en déficit de médecins. Je ne vais pas dire qu’on sera pléthore - c’est difficile de l’affirmer à ce jour -, mais en tout cas, on ne sera plus dans une situation de manque criant comme...

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