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"On se dirige tranquillement vers le kolkhoze" : les médecins spécialistes en alerte sur les dépassements d'honoraires

Lors d'une conférence de presse exceptionnelle organisée ce jeudi, l'union syndicale Avenir Spé-Le Bloc a vivement critiqué le rapport du Haut Conseil pour l'avenir de l'assurance maladie (HCAAM) consacré aux dépassements d'honoraires. Selon les syndicats, ce document "à charge" pourrait bien raviver les ardeurs contestataires des médecins spécialistes.

11/06/2026 Par Louise Claereboudt
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L'heure n'était pas à la fête, ce jeudi matin, à la conférence de presse d'Avenir Spé-Le Bloc. Cinq mois après leur mobilisation de janvier, au cours de laquelle 1500 praticiens du bloc s'étaient exilés en masse à Bruxelles, les médecins spécialistes ont de nouveau déchanté, mardi 9 juin, à la lecture du rapport du HCAAM. Après avoir publié à l'automne un état des lieux des dépassements d'honoraires en France, l'instance de réflexion a dévoilé mardi ses 3 scénarios de régulation, ciblant les conditions d'accès au secteur et/ou un encadrement plus strict des pratiques tarifaires. Des pistes complètement "déconnectées" de la pratique réelle de la médecine libérale spécialisée, ont dénoncé les présidents d'Avenir Spé, de l'Union des chirurgiens de France (UCDF), de l'Association des anesthésistes libéraux (AAL) et du Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France (Syngof). 

Les quatre représentants syndicaux avaient donné rendez-vous à la presse ce jeudi matin pour "déconstruire" point par point ce rapport jugé "méthodologiquement contestable". "Dès l'introduction, le rapport revendique d'éluder les questions de la médecine salariée exclusive, de la démographie, de la part du secteur privé à l'hôpital. Globalement, on ne parle pas de tout, alors qu'on sait très bien que ce dont on a besoin, ce n'est pas d'une réforme paramétrique à la marge, mais d'une réforme systémique. Le financement des compléments d'honoraires [doit se regarder] à l'aune de cette refonte globale", a estimé le Dr Vincent Pradeau, cardiologue et président d'Avenir Spé, appelant à des "décisions politiques". "Pour nous, ce rapport c'est surtout une politique de revenus ciblant [uniquement] les spécialistes. Il n'y a aucune volonté de remise à plat du système de financement actuel."

"Des spécialités sont difficilement viables sans compléments d'honoraires"

Pour les syndicats, ce rapport du HCAAM est en effet incontestablement "à charge" contre la médecine libérale spécialisée. "On nous accuse d'être responsables de beaucoup de maux", a dénoncé le Dr Loïc Kerdiles, président d'AAL. "Il est écrit [par exemple] que les dépassements augmentent, ce qui impose l'augmentation des cotisations des assurances complémentaires. C'est faux, absolument faux ! Aujourd'hui, certaines complémentaires ne remboursent rien, aucun dépassement, et pourtant, augmentent leurs [tarifs] chaque année", s'est agacé le Dr Philippe Cuq, président de l'Union des chirurgiens de France, n'hésitant pas à interroger "la légitimité" du HCAAM.

Pour les syndicats, ce rapport omet par ailleurs de dire que les dépassements d'honoraires constituent "la seule variable d'ajustement" pour certains spécialistes face à des tarifs opposables jugés toujours insuffisants, a pointé Loïc Kerdiles. "Il y a des spécialités qui sont très difficilement viables économiquement sans compléments d'honoraires", a soutenu Vincent Pradeau, citant la "rhumatologie", "les médecins vasculaires" ou encore "les anesthésistes". Et d'ajouter que ces compléments "servent à financer l'infirmière, l'évolution du matériel ou encore les nouvelles techniques", comme la robotique, au bénéfice du patient. 

Alors que la réforme de CCAM technique s'annonce décevante, pour cause de comptes de la Sécurité sociale dans le rouge, la remise en cause des dépassements d'honoraires apparaît, pour les syndicats, d'autant plus inentendable. "C'est irresponsable de la part de l'Etat, de l'Assurance maladie, de laisser des tarifs de 1990" en vigueur, a dénoncé le Dr Philippe Cuq, président de l'Union des chirurgiens de France. "Ce n'est pas nous qui faisons les tarifs ! Quand le tarif opposable est de bon niveau, il n'y a pas de compléments d'honoraires", a poursuivi le chirurgien vasculaire de Toulouse, rappelant "que le reste à charge pour le patient français est le plus bas d'Europe avec le Danemark".

Philippe Cuq a ainsi illustré son propos en indiquant que seuls "8 % des néphrologues libéraux sont en secteur 2 parce que les tarifs opposables sont corrects". A contrario, "100 % des chirurgiens s'installent en secteur 2 car les tarifs des actes sont déconnectés". Si les cardiologues sont encore nombreux en secteur 1, le risque qu'ils ne tardent pas à "rejoindre les autres spécialistes par principe de précaution" est réela répondu Vincent Pradeau dénonçant les contraintes toujours plus fortes sur le secteur libéral. "Actuellement, on est dans le sovkhoze, on va tranquillement dans le kolkhoze."

Le rapport du HCAAM "élude" par ailleurs la question "des charges, du coût des assurances professionnelles et des frais professionnels". "Sur dix ans, on a des charges qui ont augmenté de 25 % et des tarifs qui n'ont pas bougé", a souligné Philippe Cuq, observant une "évolution" constante pesant sur les pratiques des libéraux. De même pour l'assurance RCP, qui atteint allégrement les 30 000 euros par praticien en gynécologie obstétrique, a ajouté le Dr Bertrand de Rochambeau, président du Syngof. Avec des conséquences directes sur l'accès aux soins, comme des fermetures de maternités. "On perd des pans entiers de savoirs à l'heure actuelle faits par les libéraux parce qu'ils n'ont plus les moyens de travailler."

"On porte le système de soins depuis 20 ans" 

Pour les représentants syndicaux, ce rapport laisse donc un goût amer. "Il n'y a pas un mot sur ce qu'apporte le secteur 2 pour les soins en France", a regretté Philippe Cuq. Loïc Kerdiles a également déploré cette nouvelle attaque envers le secteur libéral, alors "qu'on porte le système de soins depuis 20 ans, on fait face à l'augmentation de l'activité, à la complexité des prises en charge, au cadre réglementaire toujours plus complexe…" "Les 30 % d'anesthésistes libéraux réalisent 60 % de l'activité de chirurgie en France. Nous sommes un pilier du système qu'on est en train de fragiliser. C'est extrêmement inquiétant", a insisté le président d'AAL.

Un signal qui doit alerter. D'autant que certaines propositions du HCAAM "s'attaquent aux jeunes", avec un risque de les décourager de s'engager dans la voie du libéral. Le rapport avance par exemple la piste de leur fermer l'accès au secteur 2. S'il n'écarte pas l'idée de revoir les critères d'accès, Philippe Cuq se dit pour "le consensus". "Or, aujourd'hui, ce ne sont pas des rapports de consensus, ce sont des rapports à charge. [Ces sujets], il faut en discuter avec les jeunes, avec les anciens."

Alors que les spécialistes libéraux étaient parvenus à "se faire entendre" grâce à leur mobilisation du mois de janvier, l'inquiétude transparaît de nouveau dans les rangs. Au-delà des préconisations du HCAAM, deux vecteurs législatifs inquiètent les praticiens : la loi Garot, dont le premier article instaurant une régulation de l'installation a été voté cet après-midi au Sénat, et le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Le dernier avant la présidentielle de 2027.

"A partir d'aujourd'hui nous sommes en situation de surveillance et de mobilisation au plus haut niveau [...] comme les armées", a lancé Philippe Cuq. Les syndicats assurent "suivre de très près" les mouvements à l'œuvre, et ont activé leur "plan Vigipirate". "Tout le monde est remonté, la base commence à déborder", met en garde le président de l'UCDF. "Il va y avoir des épisodes, rassurez-vous…", a glissé Vincent Pradeau clôturant cette conférence de presse.

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VieuxDoc Attéré
4,2 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 1 mois
il faut certes que les Français continuent à pouvoir accéder aux soins , ce qui est louable, mais de là à transformer le terme "médecine libérale " en oxymore, cela laisse songeur. C'est certainement un gros mot dans l'esprit de nos politiques. Il est normal que les médecins soient correctement payés pour la qualité de leur travail , leur implication dans leur métier , leur bienveillance en général , rien de choquant là dedans , toujours à la condition que cela ne bloque pas l'accès aux soins pour certains. Et notre situation économique étatique n'est pas glorieuse , on vient de couper dans les budgets de la justice et de la police...Ce n'est pas fini. Mais il me semble que l'état financier de la plupart des mutuelles complémentaires n'est pas à plaindre , sans doute ont elles ces capacités de lobbying que les médecins n'ont pas , ces vilains profiteurs , qui , si on ne les bride pas , s'enrichissent sans vergogne sur la santé des gens. Soyons utopique rêveur : une femme médecin libéral Présidente de la République :-)
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Sylvester Bdx
585 points
Débatteur Passionné
Chirurgie plastique reconstructrice et esthétique
il y a 1 mois
situation insoluble... Des médecins qui voudraient avoir une rémunération dans le haut du panier ou dans la moyenne de l' ue soit 150000-200000 euros par an selon l'implication de la spécialité. Évidemment avec les finances actuelles impossible... Diminuer les hauts fonctionnaires ? A votre avis, vont ils être d'accord? Les dépassements? Personne ne veut payer et il faut dire que la nouvelle génération médecine mac do arrivant, le dépassement est justifié par quoi? uniquement par un tarif sécu insuffisant mais en tout cas par l'implication... d'expérience de maintenant patient on a vraiment l'impression que seul le chiffre compte, ce qui est assez désagréable. Et encore, en tant que médecin on peut imaginer qu'on est un moins maltraité. Bref un climat désastreux entre des médecins qui n'ont plus envie de s'impliquer, des patients agressifs et des pouvoirs publics retords menteurs et incompétents et des mutuelles opaques, pas de solution. moi je dis, profitez de la vie, occupez vous bien de vos patients et acceptez de gagner modérément sinon il vaut mieux partir. Ben oui, plein d'études mais pas forcément le jack pot à la sortie nb:regardez les chiffres de la CARMF, les syndicats mentent eux aussi avec leur discours misérabiliste. est il normal qu'un anesthésiste gagne plus qu'un chirurgien ? et non, les médecins vasculaires gagnent bien leur vie sans dépassement et aussi les cardios etc... ce ne sont pas ceux qui se plaignent le plus qui sont le plus à plaindre. ce qu'il faut c'est regarder un ca sur l'année et pas sur un acte.
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Publius Severus
130 points
Médecine générale
il y a 1 mois
la fermeture du secteur 2 pour les généralistes il y a environ 30 ans a permis aux gouvernants de bloquer nos honoraires puisqu on ne pouvait plus fuir le conventionnel strict. Ceci aura fait de notre génération celle qui aura été paupérisée, Le gouvernement, pardon la caisse, n augmentant les honoraires que par à coups , lorsque la pression du terrain devient trop forte soit tous les 15 ans . Ainsi peut on expliquer une grande partie de la désertification médicale en complément de celle de la politique des forfaits et subventions qui ne récompensent pas le mérite et n incitent pas a consulter . Ainsi en ira t il de l avenir des specialites s ils ne se défendent pas jusqu au bout car l attaque pour eux n est pas récente. Enfin en ce qui concerne le HCAAM on reste dans une majorité fortement et idéologiquement marquée à gauche . Avec le conseil constitutionnel ,le conseil d état et des ministères qui surtransposent les directives européennes , le travail et le mérite ne sont pas près d être récompensés dans notre pays. c est désespérant.
 
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