@andreaobzerova - stock.adobe.com
L'option santé au lycée, un tremplin vers les études de médecine ?
Depuis quelques années, les options santé fleurissent un peu partout en France. Elles permettent aux élèves de première et de terminale à la fois de renforcer leurs compétences dans les matières scientifiques et de les aider à s’orienter vers les études médicales et paramédicales. Reste à savoir si cette stratégie s’avère réellement payante pour attirer de nouveaux profils et, à terme, lutter contre le manque de professionnels de santé.
@andreaobzerova - stock.adobe.com
"En SVT, enfin plutôt en biologie*, on a découpé un cœur d’agneau. Ça ne sentait vraiment pas bon, mais c’était super intéressant", se souvient Clorissa, 17 ans, actuellement en terminale générale à Montargis (Loiret). Celle qui "détestait" les sciences au collège a fini par s'intéresser, en seconde, à la profession de sage-femme. "Ça a été comme un flash ! C'était vraiment ce que je voulais faire." En fin de seconde, ses enseignants lui proposent d'intégrer l'option santé. "Il fallait avoir choisi les spécialités scientifiques (maths, SVT, physique-chimie), avoir 'de bonnes notes' - même si je n'avais que 13 de moyenne - et, surtout, être très motivé", explique Clorissa, qui, l'avoue-t-elle, ne savait pas vraiment à quoi s'attendre en intégrant cette nouvelle option et espérait avant tout acquérir une méthode de travail efficace. "Maintenant, je sais comment aborder mes cours. Mais ce qui m'a le plus plu, ce sont les rencontres avec les professionnels de santé. J'ai pu poser plein de questions aux sages-femmes présentes pour m'aider à me projeter plus facilement dans le métier."
Ces forums ont réuni pas moins de 25 professionnels du milieu médical et 35 du paramédical. Enseignant en mathématiques au lycée En Forêt à Montargis, Pascal Combeau mesure à quel point ces échanges ont été bénéfiques pour ses élèves. "Ils ont découvert plein de métiers. Ils avaient beaucoup de questions, les échanges étaient très riches." Chaque année, le coordonnateur de l'option santé admet 15 élèves en première et 15 élèves de terminale. Cette année, le lycée a même ouvert l'option aux élèves de seconde. "On voit que l'intérêt grandit, les demandes sont de plus en plus fortes chaque année", se félicite Pascal Combeau.
Un dispositif d'ailleurs largement encouragé au niveau national, à la fois par la Cour des comptes, les parlementaires et les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2023. En décembre 2023, d'ailleurs, Frédéric Valletoux, alors député, faisait voter une loi visant à améliorer l'accès aux soins par l'engagement territorial des professionnels. Ainsi, pendant cinq ans, "une expérimentation visant à encourager l'orientation des lycéens issus de déserts médicaux vers les études de santé est mise en place (...) dans trois académies volontaires", précise l'article de loi ; celles de Bordeaux, Toulouse-Montpellier et Nancy-Metz. En avril 2025, en lançant son pacte de lutte contre les déserts médicaux, François Bayrou, alors Premier ministre, préconise une accélération du déploiement du dispositif. Dès la rentrée, 6 académies - et 23 départements - proposaient des options santé au sein de 36 lycées, selon la Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle (DGESIP). Un chiffre qui ne cesse d'augmenter.
La recette du succès
Pour Pascal Combeau, cette option représentait un vrai "challenge" pour son lycée, dont la popularité était en berne : "Quand on a décidé d'ouvrir cette option en 2024 avec deux collègues de SVT, on y voyait à la fois notre intérêt personnel en tant qu'enseignant mais aussi celui des élèves et de l'établissement." Aujourd'hui, 8 enseignants dispensent les cours de l'option santé, en maths, physique chimie et SVT.
Le plus souvent, l'option est organisée, chaque semaine, le mercredi entre 14h et 16h. Des cours qui sont avant tout un moyen d'approfondir des notions ou d'en découvrir de nouvelles sous le prisme de la santé. "En physique-chimie, on a fait plein de TP : des perfusions, utiliser un stéthoscope... En maths, on a appris à faire des calculs sans calculatrice car on n'en aura pas à l'université, et en biologie, on a travaillé sur la mucoviscidose, l'appareil auditif, etc.", pointe Clorissa. Au lycée La Découverte à Decazeville (Aveyron), les élèves de terminale (généraux et ST2S) ont aussi bénéficié de cours de philosophie, où "on a abordé les principaux concepts de la bioéthique, la déontologie, les normes médicales, l'hystérie, etc.", précise Charlotte Causse, enseignante en SVT.
Antonin, aujourd'hui en troisième année de médecine à Limoges, se souvient surtout de l'ambiance "classe option santé". L'étudiant de 20 ans a suivi l'option en première et terminale au lycée Jean-Lurçat, à Saint-Céré (Lot). "On était vraiment un groupe avec des points communs et des profs qu'on aimait bien, j'ai adoré." "Cette option, c'est que du bonus, que du bonheur", sourit Pascal Combeau.
Immersion avant l'heure
D'ailleurs, pas question de noter les élèves. L'objectif est plutôt de les aider à "se projeter plus facilement dans un métier", "à oser" et "aider à lever cette autocensure pour les études de santé", souligne Charlotte Causse, qui prévoit aussi, dans le cadre de l'option santé, des ateliers autour de la gestion du stress, la mémorisation, les différentes techniques d'apprentissage, la prise de notes et le vocabulaire médical, de quoi donner un coup de pouce pour l'entrée à l'université. "Même si c'était le mercredi après-midi, ça n'a jamais été une plaie d'y aller. C'était que du plus, sans aucune pression", estime Clara, étudiante en Pass à l'Université Clermont Auvergne. En terminale à Decazeville (Aveyron), l'étudiante a également pu assister à un cours "sur le bras". "À la fin, on nous a donné un QCM, comme en première année. Ça nous a permis de voir si on était efficace", ajoute-t-elle. Au lycée En Forêt, les élèves ont aussi pu s'entraîner à réaliser des points de suture avec des étudiants en médecine.
D'après la DGESIP, les options proposent "75% d'enseignements scientifiques complémentaires (biologie, physique-chimie, mathématiques) et 25% d'interventions de professionnels de santé (forums, conférences, visites)". Des visites dans les instituts de formation en soins infirmiers, les centres hospitaliers, les urgences, les structures médico-sociales et même plusieurs micro-stages sont envisageables. "Ça leur permet de construire leur orientation, constate David Auffray, enseignant en SVT et coordonnateur de la Cordée Ambitions études santé au lycée Jean-Lurçat. Je me souviens d'une lycéenne qui voulait devenir infirmière et qui finalement s'est orientée vers manipulateur en électroradiologie." Antonin, lui, a pu réaliser un stage à l'hôpital de Saint-Céré en soins de suite et de réadaptation. "C'est l'échographie cardiaque qui m'a le plus marqué, raconte-t-il. Un patient très âgé allait assez mal, ses poumons étaient très endommagés. Après l'échographie, le médecin lui a annoncé qu'il avait un cœur de jeune. Je ne sais pas, j'ai trouvé ça super!"
Option ou prépa?
Mais ces options santé posent aussi question. "L'aspect orientation est très intéressant, mais les cours doivent rester doux, prévient Marion Da Ros Poli, ex-présidente de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf)**. L'objectif n'est pas de chercher à anticiper les cours de première année, tant pour protéger la santé mentale des lycéens mais aussi dans une logique d'égalité des chances vis-à-vis d'autres lycéens qui n'ont pas bénéficié de l'option." Un avis partagé par Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyennes et doyens de médecine. Si elle loue la démarche, la doyenne de la faculté de médecine de Montpellier-Nîmes s'interroge sur une éventuelle rupture d'égalité des chances sur Parcoursup. "On ne prend pas en compte l'option santé sur Parcoursup à Montpellier pour cette raison et en même temps, c'est dommage que ça ne puisse pas être valorisé..."
Au fur et à mesure que le dispositif évolue et s'amplifie, l'option santé pourrait alors être valorisée sur Parcoursup. Jusqu'à compter pour le bac? "C'est le cas d'autres options, donc peut-être qu'on y arrivera, mais ce sera une décision nationale", admet Pascal Combeau. Au sein de l'académie de Toulouse, les options santé sont devenues les Cordées Ambitions études santé et font partie du dispositif national des Cordées de la réussite, les lycées étant rattachés à l'université de Toulouse, tête de cordée. Mais dans Parcoursup, la mention Cordée de la réussite peut apparaître. "On ne souhaitait pas que cela puisse être valorisé parce que ni Parcoursup ni une Cordée ne doit avoir ce rôle-là et cela pose un problème d'équité car beaucoup d'établissements voudraient faire partie de cette Cordée", regrette Anne Viadieu, cheffe de service à la Délégation régionale académique à l'information et à l'orientation (Draio) et conseillère auprès du rectorat toulousain. "Aujourd'hui, 10% des établissements prennent en compte cette mention Cordée de la réussite, et on sait que c'est le cas pour la faculté de santé de Toulouse", complète Eléonore Templier, référente académique des Cordées de la réussite à Toulouse.
"Je n'ai jamais envoyé autant d'élèves en médecine que depuis que l'option a été mise en place"
Une chose est sûre, et les deux représentantes du rectorat le soulignent, les "prépas en santé et leur dérive, on n'en veut pas". Mais au sein des lycées, les ambitions sont plus ou moins affichées. A Montargis et à Decazeville, l'objectif n'est pas de proposer un programme de Pass avant l'heure. "On est à des années lumière d'une classe prépa. Donner un cours deux heures par semaine permet simplement à nos élèves de comprendre ce qui va changer pour eux l'année prochaine", confirme Charlotte Causse. Mais au lycée Jean-Lurçat, qui bénéficie du dispositif de Cordée de la réussite, David Auffray joue sur les deux tableaux. "J'aimerais qu'il y ait ce côté prépa car nos élèves disent que ça les met en confiance pour la première année de santé. Ils se rendent compte qu'ils sont déjà capables d'apprendre la même chose que ce qui est enseigné à l'université. On a assisté au cours de biologie cellulaire à l'université de Limoges: ça ressemble beaucoup à ce qu'on leur fait faire", admet-il. Mais pour tous les étudiants interrogés, la question de la prépa avant l'heure ne se pose pas à travers cette option. "C'est un avant-goût de l'université, mais c'est tout, constate Clorissa. Je sais qu'il faudra que je travaille l'année prochaine, quand même!" Pour Clara, prendre de l'avance au lycée "ne sert à rien. Il faut profiter du lycée pour ne pas arriver occis en première année".
Une réussite qui reste à prouver
D'autant qu'en termes de réussite, l'option santé n'a pas vocation à faire des miracles. Antonin pensait que les cours au lycée l'aideraient à s'avancer dans le programme de première année. "On n'est pas sur le rythme de la fac et c'est loin d'être une totale entrée en matière", résume l'étudiant en troisième année de médecine, qui estime que l'option ne l'a "pas aidé plus que ça" à réussir son année de Pass option biologie. "En physique, je pense que ça m'a servi parce qu'on nous a bien expliqué certaines notions en chimie organique, mais c'est une toute petite partie du programme, une goutte d'eau." Pas de quoi lui faire gagner des points pour être admis en médecine, donc. C'est aussi ce que ressentent Clara, Antonin et Clorissa: cette option les a surtout confortés dans leurs choix d'orientation.
Un premier bilan constaté également par l'Anemf. Sur les 30 lycées, tous ont confirmé que leurs élèves "osent davantage" intégrer les études de santé médicales et paramédicales ou du moins tenter leur chance sur Parcoursup. "Je n'ai jamais envoyé autant d'élèves en médecine que depuis que l'option a été mise en place. Il y en a eu 8 l'an dernier", relate David Auffray, soit plus d'un tiers des effectifs. Au lycée La Découverte, Charlotte Causse assure que plusieurs élèves ont été admises en Ifsi et en Pass. "L'option est un plus pour leur dossier."
Isabelle Laffont, elle, a rencontré les élèves des 7 lycées proposant l'option santé dans son département. "En 2025, 7 élèves du lycée Jean-Vigo, à Millau, sont entrés en Pass, souligne-t-elle. Après, il faut leur parler des filières de santé, pas uniquement médecine. On doit d'ailleurs regarder l'efficacité du dispositif au sens large. L'objectif est de générer une ambition vers les études de santé? Mais pour l'instant, l'efficacité n'a pas été démontrée scientifiquement."
Dans l'académie de Toulouse, des chiffres commencent à apparaître à travers les 10 lycées et 300 élèves par an bénéficiant de l'option santé. "On sait que plus de 95% des élèves de la Cordée demandent des formations en santé", pointe Anne Viadieu. L'objectif est désormais d'aller plus loin pour analyser la réussite. "Le dispositif nous semble mûr pour regarder ce qu'il se passe en post-bac. Avec Parcoursup, on voit les intentions. Là, on voudrait mesurer l'inscription effective et la réussite."
Un dispositif ancré sur le territoire
Mais au-delà de la réussite scolaire, c'est peut-être aussi toute la dynamique qu'impulse l'option santé qu'il faudrait évaluer. Pascal Combeau l'assume en plaisantant: "J'aimerais bien qu'il y ait des médecins à Montargis, pour me soigner plus tard!" Proposer les options santé, en priorité dans les zones sous-dotées, c'est ce que précise la loi de 2023. C'est aussi pour cette raison que le rectorat de Toulouse s'est emparé du dispositif. "On s'est demandé ce qu'on voulait faire pour accompagner les élèves des territoires ruraux", reprend Anne Viadieu. Et c'est encore aujourd'hui sur ces critères que les lycées - 11 à la rentrée 2026 - bénéficient de la Cordée Ambitions études santé. Au total, 1000 élèves ont intégré le dispositif depuis 2023.
Pour Isabelle Laffont, ces options santé sont une chance pour les territoires. Elle a ainsi ouvert des postes d'externes en médecine dans les centres hospitaliers plus éloignés de Montpellier, comme celui de Mende, dont le lycée propose l'option santé. Cela a permis l'arrivée d'un chef de clinique territorial. "C'est ça, la magie, faire le lien avec tous les acteurs." Elle entend désormais défendre ce programme auprès de l'ARS pour améliorer les financements et assurer le déploiement des options dans les lycées du département. C'est aussi dans ce cadre que les liens se sont tissés entre le lycée En Forêt et l'hôpital de Montargis. "Notre internat va accueillir à la fois des externes et des étudiants infirmiers pendant leurs stages. De quoi inciter d'autres futurs professionnels de santé à s'intéresser au territoire."
Clara, en passe de valider sa première année d'études de santé, aimerait "exercer à la campagne". "Mais tout dépendra de la spécialité que je choisis, glisse-t-elle. Pour l'instant, j'envisage le métier de médecin urgentiste, mais je sais que ça sera très prenant. C'est mon seul frein."
Originaire de Saint-Céré, Antonin, qui étudie actuellement à Limoges, assure déjà recevoir beaucoup de questions sur son futur lieu d'exercice. Avec sa marraine, une étudiante en quatrième année de médecine à Limoges, originaire du même lycée, ils évoquent déjà le projet d'ouvrir un cabinet médical à Saint-Céré. "Même si on n'est pas attiré par la ville, tout dépendra de nos spécialités, explique-t-il. Elle s'intéresse de plus en plus à la psychiatrie et moi je suis en plein dilemme: j'aime la médecine générale car je préfère rester généraliste et pouvoir exercer où j'ai grandi, mais je m'intéresse beaucoup à la médecine intensive-réanimation, qui ne s'exerce pas à Saint-Céré. J'attends le stage en externat pour me fixer."
La loi sur la mise en place de l'expérimentation prévoit la publication d'un rapport d'évaluation "afin de déterminer les conditions appropriées pour son éventuelle généralisation". En attendant, même si l'option santé ne pourra pas tout résoudre, elle laisse au moins la possibilité à de nombreux lycéens et étudiants d'oser rêver.
*Le nom de la matière a changé pour avoir la même terminologie qu'à l’université.
**L'association est présidée depuis début juillet par Thibault Patey.
La sélection de la rédaction
Etes-vous favorable à l'interdiction de la vente de tabac à toute personne née après 2009 ?
J F
Non
Non, parce que c'est totalitaire et il n'y a pas d'argument a ajouter, même si ce n'est pas logique d'accepter cette situation. Et... Lire plus