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Chocolat, porto, décapsuleur-pénis... Pourquoi les généralistes ont parfois du mal à refuser les cadeaux de leurs patients
Recevoir un présent de la part d'un patient n'est pas sans soulever de questionnements pour les généralistes, comme le montre la thèse d'Alice Derome Le Bret, présentée lors de la Wonca, le 3 juillet. L'enjeu est fort : ne pas altérer la relation de soins.
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"Dans le code de la santé publique, il est interdit d'accepter un avantage en contrepartie d'un acte médical", rappelle la Dre Alice Derome Le Bret, médecin généraliste à Suresnes. Mais "quasiment tous les médecins ont déjà reçu un cadeau de la part de leur patient". Des études, menées notamment dans l'hospitalier, ont montré que le cadeau visait "une personnalisation de la relation de soins", "une reconnaissance du rôle du médecin", une réduction de "l'asymétrie entre médecin et patient", développe celle qui est aussi cheffe de clinique.
La situation est fréquente, mais peu étudiée en médecine générale, alors que la relation généraliste-patient est particulière, souligne-t-elle, tant elle est "prolongée dans la durée" et "centrée sur le patient et son contexte". Alors pour connaître "le vécu des médecins lorsqu'ils reçoivent un cadeau de la part de leur patient" - c'est le titre de sa thèse -, Alice Derome Le Bret a mené, entre janvier et avril 2024, une étude qualitative auprès de 12 médecins généralistes français.
Premier enseignement : le cadeau est "un rituel social". Il est souvent "tangible" : pot de confiture, chocolats... Mais ce peut être aussi "des écrits, ou des expressions verbales ou non verbales". Fréquemment, ils suivent "un calendrier religieux, saisonnier", sont consécutifs à des "retours de voyages", dépendent "des zones d'exercice", relève la généraliste. Son travail a montré que les généralistes "attendaient ce cadeau". Mais aussi qu'ils "comprenaient l'anxiété du patient", désireux de "provoquer une réaction positive". Ce qui pousse le Dr Derome Le Bret à se demander si cette charge émotionnelle ne contraint pas à accepter le cadeau.
Les présents des patients peuvent en effet être difficiles à refuser. Lorsque, par exemple, ils "reflètent l'identité du patient", ce qui leur confère une portée symbolique. D'un point de vue économique, aussi, comme en témoigne dans la salle le Dr Axel Descamps, médecin dans le Nord, qui remarque que "ce ne sont pas mes patients les plus riches qui m'offrent des cadeaux, en général". Il pense à ses bénéficiaires de la CSS qui n'avancent pas de frais : le cadeau est-il une manière de compenser l'absence de paiement ? Les généralistes peuvent aussi être embarrassés quand ils perçoivent "des attentes" et des demandes "de traitement préférentiel", en contrepartie. L'étude montre que, de fait, les généralistes évaluent "le cadeau très rapidement, en regard de la relation de soins".
Prenant la parole, le Dr Fabien Rougerie, généraliste dans le Bas-Rhin, questionne la nature genrée des cadeaux : "La picole, c'est moi qui la reçois. Ma collègue a d'autres trucs. On échange après." L'autrice de la thèse confirme, mais ajoute que les femmes peuvent être "exposées à une sexualisation de la relation, avec des propos et des cadeaux inattendus", comme "un décapsuleur en forme de pénis", ou "un bouquet de mariage, ce qui était peut-être un peu 'too much'". "Ce n’'tait pas jugé tout à fait normal par nos médecins généralistes."
Boundary crossing et boundary violation
La littérature, continue-t-elle, distingue boundary crossing, qui consiste à "flirter avec les limites, les barrières de la relation de soins, mais d'une manière jugée bénigne". Et boundary violation, "le fait d'empiéter sur l'intimité du médecin et donc de le mettre très mal à l'aise". Les médecins, rapporte la généraliste, ont accepté les cadeaux, mais cela s'est accompagné "d'un poids cognitif et émotionnel assez peu reconnu". Dans les cas problématiques cités, les médecins "recadraient", mais "s'accrochaient à cette relation de soins. Il n'y avait pas de rupture engendrée par ces cadeaux, alors même qu'ils étaient jugés très déplacés".
Une fois le cadeau accepté, où le mettre ? Certains, relaie la généraliste, le laissent au cabinet médical : "Soit ils le cachaient dans un coin", "soit ils le posaient en évidence sur une étagère en remerciant le patient chaleureusement". D'autres le ramènent à leur domicile, dans leur "intimité". Pour Alice Derome Le Bret, le sujet des cadeaux devrait trouver sa place dans la formation des futurs professionnels, afin qu'ils puissent réfléchir à la posture à adopter.
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