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Chocolat, porto, décapsuleur-pénis... Pourquoi les généralistes ont parfois du mal à refuser les cadeaux de leurs patients

Recevoir un présent de la part d'un patient n'est pas sans soulever de questionnements pour les généralistes, comme le montre la thèse d'Alice Derome Le Bret, présentée lors de la Wonca, le 3 juillet. L'enjeu est fort : ne pas altérer la relation de soins.  

24/07/2026 Par Pauline Machard
Patients
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"Dans le code de la santé publique, il est interdit d'accepter un avantage en contrepartie d'un acte médical", rappelle la Dre Alice Derome Le Bret, médecin généraliste à Suresnes. Mais "quasiment tous les médecins ont déjà reçu un cadeau de la part de leur patient". Des études, menées notamment dans l'hospitalier, ont montré que le cadeau visait "une personnalisation de la relation de soins", "une reconnaissance du rôle du médecin", une réduction de "l'asymétrie entre médecin et patient", développe celle qui est aussi cheffe de clinique.

La situation est fréquente, mais peu étudiée en médecine générale, alors que la relation généraliste-patient est particulière, souligne-t-elle, tant elle est "prolongée dans la durée" et "centrée sur le patient et son contexte". Alors pour connaître "le vécu des médecins lorsqu'ils reçoivent un cadeau de la part de leur patient" - c'est le titre de sa thèse -, Alice Derome Le Bret a mené, entre janvier et avril 2024, une étude qualitative auprès de 12 médecins généralistes français.

Premier enseignement : le cadeau est "un rituel social". Il est souvent "tangible" : pot de confiture, chocolats... Mais ce peut être aussi "des écrits, ou des expressions verbales ou non verbales". Fréquemment, ils suivent "un calendrier religieux, saisonnier", sont consécutifs à des "retours de voyages", dépendent "des zones d'exercice", relève la généraliste. Son travail a montré que les généralistes "attendaient ce cadeau". Mais aussi qu'ils "comprenaient l'anxiété du patient", désireux de "provoquer une réaction positive". Ce qui pousse le Dr Derome Le Bret à se demander si cette charge émotionnelle ne contraint pas à accepter le cadeau.

Les présents des patients peuvent en effet être difficiles à refuser. Lorsque, par exemple, ils "reflètent l'identité du patient", ce qui leur confère une portée symbolique. D'un point de vue économique, aussi, comme en témoigne dans la salle le Dr Axel Descamps, médecin dans le Nord, qui remarque que "ce ne sont pas mes patients les plus riches qui m'offrent des cadeaux, en général". Il pense à ses bénéficiaires de la CSS qui n'avancent pas de frais : le cadeau est-il une manière de compenser l'absence de paiement ? Les généralistes peuvent aussi être embarrassés quand ils perçoivent "des attentes" et des demandes "de traitement préférentiel", en contrepartie. L'étude montre que, de fait, les généralistes évaluent "le cadeau très rapidement, en regard de la relation de soins". 

  

Prenant la parole, le Dr Fabien Rougerie, généraliste dans le Bas-Rhin, questionne la nature genrée des cadeaux : "La picole, c'est moi qui la reçois. Ma collègue a d'autres trucs. On échange après." L'autrice de la thèse confirme, mais ajoute que les femmes peuvent être "exposées à une sexualisation de la relation, avec des propos et des cadeaux inattendus", comme "un décapsuleur en forme de pénis", ou "un bouquet de mariage, ce qui était peut-être un peu 'too much'". "Ce n’'tait pas jugé tout à fait normal par nos médecins généralistes."

Boundary crossing et boundary violation

La littérature, continue-t-elle, distingue boundary crossing, qui consiste à "flirter avec les limites, les barrières de la relation de soins, mais d'une manière jugée bénigne". Et boundary violation, "le fait d'empiéter sur l'intimité du médecin et donc de le mettre très mal à l'aise". Les médecins, rapporte la généraliste, ont accepté les cadeaux, mais cela s'est accompagné "d'un poids cognitif et émotionnel assez peu reconnu". Dans les cas problématiques cités, les médecins "recadraient", mais "s'accrochaient à cette relation de soins. Il n'y avait pas de rupture engendrée par ces cadeaux, alors même qu'ils étaient jugés très déplacés".

Une fois le cadeau accepté, où le mettre ? Certains, relaie la généraliste, le laissent au cabinet médical : "Soit ils le cachaient dans un coin", "soit ils le posaient en évidence sur une étagère en remerciant le patient chaleureusement". D'autres le ramènent à leur domicile, dans leur "intimité". Pour Alice Derome Le Bret, le sujet des cadeaux devrait trouver sa place dans la formation des futurs professionnels, afin qu'ils puissent réfléchir à la posture à adopter. 

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3 débatteurs en ligne3 en ligne
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B M
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Débatteur Passionné
Médecine générale
il y a 13 jours
Bravo et merci. J'aime les thèses qui concernent la relation humaine. Et plus particulièrement la complexité et l'exceptionnelle relation médecin-malade, qui rappellent que la médecine n'est pas juste une science biologique, et surtout pas une science exacte. Notion essentielle à rappeler, à l'ère du fantasme politique et populaire de l'IA. En ce qui me concerne, beaux ou pas, je suis effectivement toujours et sans exception, mal à l'aise quand je reçois des cadeaux. L'intention me touche toujours, mais contrairement à ce que conclue la thèse, je n'attends profondément aucune reconnaissance ni cadeau de la part des malades. En outre, dans quelques situations, on ne peut s'empêcher de se demander pourquoi, et le retour attendu qui se cache derrière (Gêne+++). Alors, j'ai appris à les accepter , à les cacher, à ne pas les oublier, en endossant parfois un rôle d'acteur (aliénation qui rajoute de la gêne surtout quand c'est horrible) pour exprimer l'enthousiasme auquel s'attend certainement le patient. Mais j'ai aussi appris à les refuser! Certains patients vont trop loin. Un exemple incroyable est celui d'une patiente qui a eu vent (rien que ça c'est fou) de ma recherche d'un certain piano, toujours infructueuse, car les offres étaient bien trop chères. Et bam, un chèque de 10 000 euros pour m'aider à "accomplir mon rêve". Je ne vous raconte pas la colère et l'incompréhension que j'ai provoquées en osant refuser son présent, malgré des tas de justifications qui m'ont pris le temps de la consultation....pour quelle reparte, enfin, avec. Elle vient toujours me voir donc, ouf.
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M A G
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Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 14 jours
Je n'aime pas les cadeaux parce qu'il n'y a jamais vraiment de cadeau: on s'attend toujours à une contrepartie. Même quand cela vient d'un sentiment très pur, d'un désir de reconnaissance. Et , de plus , cette obligation est implicite, non explicite, donc risque de no limit. Et si "dans le code de la santé publique, il est interdit d'accepter un avantage en contrepartie d'un acte médical ", ce n'est pas, je pense, par un désir de garder l'acte médical dans le domaine des anges, pur de toute contingence materielle. C'est, très probablement, par crainte de "petits" arrangements, service contre service, vu que les médecins sont, généralement bien malgré eux, des distributeurs d'argent public. Ce qui n'est pas le cas , je pense, de la plupart des cas ou on reçoit/offre des petits cadeaux.
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Fabien BRAY
8,1 k points
Débatteur Passionné
Médecins (CNOM)
il y a 13 jours
Je suis assez circonspect sur l'intérêt scientifique d'une thèse sur le sujet. Mais il y a cadeau et cadeau. Exerçant en milieu rural, un patient qui me donne des œufs en consultation pour me remercier, un autre quelques légumes de son jardin, j'accepte toujours les petits cadeaux et les petites attentions de cette nature Je n'ai jamais reçu de cadeau plus conséquent, et oui il est évident qu'avec un patient gentil et reconnaissant on a mécaniquement plus d'attention et de patience qu'avec un patient aigri, pinailleur, exigeant et désagréable. Mais tout professionnelle, de quelque branche que ce soit, aura la même attitude inconsciente. N'importe artisan, ouvrier, commerçant, sera toujours plus "aidant" avec un client gentil, c'est la base de toute relation humaine, pas besoin de parler de corruption, parlons plutôt d'acte de sympathie.
 
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