Réunis sur l'autoroute, médecins et agriculteurs dénoncent "le mépris du Gouvernement"
Les uns bloquent les routes et les autres partent pour plusieurs jours en exil symbolique en Belgique. Médecins et agriculteurs se sont rencontrés sur le chemin de Bruxelles. Ils partagent "le même constat d'urgence" et les "mêmes symptômes".
"L’agriculture et la médecine ont un point commun fondamental : ce sont des métiers du vivant. Quand on les pilote uniquement par des tableaux Excel et de la standardisation, le vivant se dégrade. Et l’on finit toujours par produire moins bon, et moins bien", a écrit le Dr Julien Smadja sur le réseau social Substrack le 10 janvier dernier.
Le jour suivant, médecins et agriculteurs se retrouvaient sur l'autoroute. "D'un côté, des cars de praticiens 's'exilant' symboliquement vers Bruxelles pour dénoncer un système de santé à bout de souffle. De l'autre, des agriculteurs et éleveurs sur leurs tracteurs, criant leur désespoir de ne plus pouvoir vivre de leur travail malgré des semaines de plus de 60 heures", raconte le Dr Jean-Christophe Lecomte sur le réseau social Linkedin dans un post intitulé "Alliance Terre-Santé : quand la blouse blanche rejoint le bleu de travail". "À première vue, tout nous sépare. Pourtant, nous partageons une identité fondamentale : nous sommes des professions vocationnelles [...] Nous produisons de la vie", ajoute-t-il.
On a cessé de parler de patients pour parler d'actes ; on a cessé de parler d'agriculteurs pour parler de volumes
Le radiologue constate, en effet, des problématiques communes dans les deux professions. Une "passion broyée par une logique comptable déshumanisante". "On a cessé de parler de patients pour parler d'actes ; on a cessé de parler d'agriculteurs pour parler de volumes", remarque-t-il.
"Les mobilisations récentes révèlent une convergence profonde de revendications, nourrie par un même sentiment de mépris politique et par des contraintes croissantes imposées par des politiques publiques déconnectées des réalités du terrain", relève également le Dr Philippe de Azevedo sur Linkedin. "Dans les deux professions, le sentiment domine que les décisions sont prises 'd’en haut', par des technocrates qui ne connaissent ni la salle de consultation ni le champ. Cette logique politique produit un même effet : la perte de sens du métier. Les médecins ne se reconnaissent plus dans un système qui les transforme en gestionnaires de flux de patients plutôt qu’en soignants", écrit-il.
Les praticiens dénoncent des "symptômes" communs aux deux métiers. Un "épuisement administratif", une "crise des vocations" et une "désertification : médicale ou rurale" dont ils sont accusés d'être responsables.
"En réclamant du respect, de l’autonomie et une véritable concertation, médecins et agriculteurs ne défendent pas seulement leurs intérêts professionnels : ils portent une exigence démocratique, celle d’une politique reconnectée aux réalités humaines, sociales et territoriales", conclut Philippe de Azevedo. "Unissons nos voix pour remettre l'humain au centre des tableaux Excel de Paris et de Bruxelles !", ajoute Jean-Christophe Lecomte.
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