Conférence de presse des syndicats, samedi 10 janvier 2026. Crédit : Aveline Marques/Egora
"Le Gouvernement devrait faire attention" : "en colère", les médecins demandent à être reçus par Lecornu
Demandant à négocier avec le Premier ministre, les représentants des médecins ont obtenu une fin de non-recevoir. "Le Premier ministre reçoit les agriculteurs, mais pas les médecins", ont-ils déploré samedi, lors d'une conférence de presse rappelant leurs principales revendications.
Conférence de presse des syndicats, samedi 10 janvier 2026. Crédit : Aveline Marques/Egora
C'est dans un petit café à deux pas du Panthéon que l'ensemble des syndicats représentatifs des médecins libéraux, des étudiants et des internes, ainsi que de la Fédération de l'hospitalisation privée, avait donné rendez-vous à la presse, ce samedi matin. Leur mobilisation de la médecine libérale est "historique", ont-ils rappelé, tant par son unité que par le taux de participation au mouvement de grève, estimé par chacun les syndicats séniors à 80% (sondage auprès des adhérents). Trois heures plus tard, ils seront des milliers à défiler dans les rues de Paris.
Mais alors que "ce mouvement est annoncé aux politiques depuis 7 mois pour les plateaux techniques loups, depuis 2 mois et demi pour la ville", "que la sphère politique connaît nos revendications", "on s'étonne de n'avoir aucun contact réel avec les politiques", souligne le Dr Jérôme Marty, président de l'UFML. "Hormis des communications épistolaires de la ministre qui nous dit « ma porte reste ouverte », ce qui ne veut globalement rien dire, on n'a rien."
Vendredi, les syndicats ont refusé l'invitation de Stéphanie Rist, "10e ministre de la Santé en deux ans", assise sur un siège éjectable : en campagne pour renouveler son mandat de députée dans le Loiret dans une élection législative partielle, la rhumatologue a indiqué qu'elle présenterait sa démission du Gouvernement en cas de défaite.
Demandant à être reçus par le Premier ministre Sébastien Lecornu, les syndicats ont obtenu une fin de non-recevoir. "C'est assez surprenant, reconnaît le Dr Franck Devulder. Le Premier ministre reçoit les agriculteurs, mais alors que la première préoccupation des Français est l'accès aux soins, il ne reçoit pas les professionnels de santé", déplore le président de la CSMF.
"Dérive autoritaire"
La profession porte trois revendications principales. D'abord, le retrait de la MSO obligatoire, votée par les sénateurs dans le cadre du projet de loi contre la fraude sociale et fiscale. "Les médecins n'ont rien à faire dans un projet de loi pour lutter contre la fraude fiscale et le trafic de stupéfiants, c'est insultant", lance Franck Devulder. "C'est vraiment un casus belli pour nous. C'est une dérive progressive vers une médecine des quotas", développe la Dre Agnès Giannotti, présidente de MG France. "Si jamais elle passe, on [risque d'être] sanctionnés deux fois, alerte la généraliste. On est susceptible d'avoir une amende de 2 fois 4 000 euros dans le cadre conventionnel, plus 4 fois 4 000 euros dans le cadre de la loi."
Deuxième revendication : ne pas mettre en œuvre la réforme du cumul emploi-retraite, telle que prévue par la LFSS 2026. "On va tirer sur les médecins et entre autres les femmes médecins mères de famille alors qu'aujourd'hui les Français ont besoin" de ces 15 000 praticiens retraités.
Surtout, les libéraux réclament le respect du cadre conventionnel, ébranlé par le report des revalorisations prévues le 1er juillet, par la baisse "unilatérale" des tarifs des radiologues, et remis en cause par la LFSS qui permet au directeur de la Cnam de demander une modification des tarifs par décret en cas d'échec des négociations. Cette "dérive autoritaire" est aussi présente chez les sénateurs et députés, accuse Agnès Giannotti. "On veut tout faire passer par la loi, en faisant fi des corps sociaux et des syndicats et de la négociation, c'est délétère pour le système de santé."
Cette mobilisation n'est pas pour les médecins, mais "pour les patients", "pour le système de santé", a rappelé Mélanie Debarreix, présidente de l'Isni. "On ne peut réparer un système à bout de souffle en tapant sur les médecins." "Maltraiter les soignants, c'est maltraiter les patients", a martelé le Dr Philippe Cuq, président du Bloc.
La médecine libérale "ignorée", "oubliée"
"La médecine libérale, c'est la prise en soins de 90% des patients sur tout le territoire. On aimerait bien que cette médecine ne soit pas ignorée et qu'à force d'être ignorée, elle ne soit pas oubliée. Parce que c'est un petit peu l'impression que nous avons. Et ça, ça participe de la colère de cette profession, a souligné Jérôme Marty. Là où le Gouvernement devrait faire attention, c'est qu'on est en train d'atteindre l'impalpable. Le terrain nous dit « oui, certes, il y a la loi de finances, oui, certes, il y a la loi Garot, il y a la loi Mouiller, mais moi, je fais grève parce que j'en ai assez. Parce que je n'en peux plus. Et quand vous en arrivez à ces extrêmités-là, qui sont du domaine de l'inexplicable, vous avez des difficultés à faire arrêter un mouvement. Il faut que le Gouvernement le comprenne. "
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