Les spécialistes du bloc réunis ce mardi à Bruxelles, lors d'une conférence de presse (crédit photo : Louise Claereboudt)
"L'Assemblée nationale nous en veut à mort" : exilés à Bruxelles, les chirurgiens et anesthésistes préparent la riposte
A l'occasion de l'"exil" des chirurgiens, anesthésistes et gynécologues-obstétriciens à Bruxelles, les syndicats ont planché sur des contre-propositions pour répondre aux attaques visant le secteur 2 et les dépassements d'honoraires. Ils espèrent une réponse du Premier ministre, sans quoi ils n'excluent pas de durcir leur mouvement.
Les spécialistes du bloc réunis ce mardi à Bruxelles, lors d'une conférence de presse (crédit photo : Louise Claereboudt)
Au lendemain d'une manifestation de l'ensemble des médecins libéraux samedi, dans les rues de Paris, les spécialistes du bloc opératoire ont quitté la capitale française pour rejoindre Bruxelles en car. Un "exil" symbolique pour "dire stop" aux attaques envers le secteur et montrer au Gouvernement que l'Hexagone ne peut se passer de la médecine libérale. Près de 1500 chirurgiens, anesthésistes, gynécologues-obstétriciennes ont ainsi fait le déplacement. Moins que prévu puisque "entre 400 et 500 confrères ont été réquisitionnés", a déploré le président de l'Union des chirurgiens de France (UCDF), le Dr Philippe Cuq, pointant des réquisitions "abusives", "par liste de spécialistes" et "portées aux directions d'établissement, ce qui est illégal". "Si on est réquisitionnés, c'est parce qu'on est indispensables", a souligné le président du Syndicat des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof), le Dr Bertrand de Rochambeau.
Ces réquisitions, qui ont concerné "plusieurs milliers de médecins" selon Philippe Cuq, ont été "la seule réponse" des pouvoirs publics aux spécialistes du bloc opératoire, qui ont alerté depuis l'été sur les risques que comportait le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, adopté en décembre dernier. Dès l'été, ce texte "nous paraissait mettre en difficulté l'exercice libéral, et donc l'accès aux soins des Français", a rappelé le chef de file des chirurgiens à l'occasion d'une conférence de presse, ce mardi 13 janvier. "Malgré nos avertissements, nous n'avons pas été entendus", a-t-il poursuivi. Car si plusieurs mesures ont disparu du texte, comme la surtaxe sur les dépassements d'honoraires, "il reste des choses extrêmement toxiques" dans ce budget.
Limitation de la durée de prescription des arrêts maladie, déremboursement des prescriptions des médecins en secteur 3, mise sous objectif obligatoire (une mesure contenue dans le projet de loi de lutte contre les fraudes encore en cours d'examen au Parlement), fixation unilatérale de tarifs d'actes non transcrits dans la convention… Nombreuses sont les mesures qui suscitent l'inquiétude ou la colère des spécialistes ayant fait le déplacement à Bruxelles, du 11 au 14 janvier. Mais, plus globalement, c'est "l'ambiance de défiance permanente des politiques" à l'égard des médecins libéraux, que ces derniers ne supportent plus, a confié à Egora Elodie, chirurgienne dans l'Oise, venue en car. "On vit une crise de confiance", a souligné le président du Syndicat des anesthésistes libéraux (AAL), le Dr Loïc Kerdiles, lors de la conférence de presse, pointant également une hausse des contraintes. "On a un exercice à haute responsabilité, on ne peut pas continuer à nous restreindre." Pour le président de AAL, ce que les médecins libéraux vivent aujourd'hui n'est "pas un accident", "c'est une orientation politique de fond".
Les spécialistes du bloc craignent, par ailleurs, que le sujet des dépassements d'honoraires revienne au Parlement, après qu'un rapport parlementaire, publié en octobre dernier, a appelé à "sortir" de cette pratique. "Le combat n'est pas fini, les lois Garot et Mouiller sont en cours, et sont des vecteurs législatifs où on peut introduire pas mal de trucs […] Et on a une Assemblée nationale qui nous en veut à mort", a mis en garde Philippe Cuq. "Le complément d'honoraires est une nécessité. Sans [ces] compléments, nous ne pouvons plus exercer la chirurgie, l'anesthésie et l'obstétrique", a insisté le président de l'UCDF rappelant que les tarifs de la Sécurité sociale concernant certains actes "n'ont pas bougé d'un centime depuis 1990". "Le secteur 2 a été une évolution nécessaire au gel tarifaire", a également rappelé Loïc Kerdiles.
Les syndicats ont ainsi profité de cet "exil" pour plancher, à huis clos, sur dix contre-propositions au rapport Monnet-Rousset sur les dépassements d'honoraires, dont le contenu sera dévoilé plus tard (voir encadré). "Nous espérons pouvoir les remettre au Premier ministre", a expliqué Philippe Cuq. "Il faut passer par le Premier ministre si on veut des choses sérieuses", a estimé Loïc Kerdiles. L'intersyndicale des médecins libéraux a en effet demandé à être reçue par Sébastien Lecornu. Elle n'a, pour l'heure, obtenu qu'une fin de non-recevoir en amont de la manifestation de samedi. Sébastien Lecornu accèdera-t-il à sa demande post-grève, comme il l'a fait avec les agriculteurs ? Rien n'est sûr.
L'intersyndicale "va se réunir à partir du 15 janvier", date de la fin de la grève, a indiqué Philippe Cuq. "En fonction de cette rencontre, ou pas, on décidera des modes d'action au point de vue intersyndical." "L'avertissement est sérieux", a martelé le président de l'UCDF. "On reprend nos activités le 15 [janvier], ce qui ne veut pas dire que la bataille est finie et que nous nous arrêterons là", a-t-il ajouté, interpellé par un confrère inquiet pour la suite. "On n'est qu'au début de quelque chose", avait, la veille, déclaré Loïc Kerdiles. Et Bertrand de Rochambeau d'ajouter : "On revient de Bruxelles avec une force décuplée."
Les mutuelles dans le viseur des médecins spécialistes :
Si le contenu des dix contre-propositions au rapport Monnet-Rousset ne sera dévoilé par les syndicats de médecins du bloc opératoire que plus tard, ces derniers attendant d'abord un retour de Matignon, on comprend - au travers des échanges qui ont eu lieu à Bruxelles - que ce document contiendra des mesures sur les mutuelles. "Une des revendications importantes, c'est que les complémentaires santé participent de façon efficace au remboursement des compléments d'honoraires", a en effet lâché Philippe Cuq lors de la conférence de presse de ce mardi, dénonçant un "désengagement". La veille, l'économiste Frédéric Bizard avait soulevé que "la part de couverture des compléments d'honoraires par les mutuelles tournait autour de 10%", provoquant la colère des plus de 700 médecins qui assistaient à cette présentation.
S'agissant des autres contre-propositions, il faudra attendre un peu pour les connaître. "Pour certaines pathologies, en particulier en cancérologie, il faut mettre plus de tarifs opposables pour permettre de diminuer les compléments d'honoraires", a toutefois précisé Philippe Cuq à Egora, estimant que "chacun doit prendre ses responsabilités".
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