Des Padhue contraints d'exercer dans un centre privé : l'Ordre des médecins saisi
Une cheffe de service de l'hôpital de Gonesse (Val d'Oise) aurait contraint des praticiens à diplôme hors Union européenne (Padhue) de l'établissement à assurer des consultations en solo dans une structure privée, sous peine d'être privés de bloc opératoire, révèle Médiapart.
A l'origine de ces révélations, le témoignage d'une praticienne d'origine algérienne, qui bénéficie aujourd'hui du statut de lanceuse d'alerte. Peu après avoir débuté son parcours de consolidation des compétences, en juin 2024, Lina* apprend par ses collègues que la cheffe de service possède un centre de santé "où nous devons aller effectuer des consultations". "Quand je pose des questions, on me répond que nous n'avons pas le choix", témoigne-t-elle auprès de Médiapart. Une consœur aurait d'ailleurs fait les frais de son refus en se voyant privée d'interventions au bloc opératoire.
En mars 2025, Lina est privée de bloc à son tour pour avoir refusé de signer un contrat en tant qu'"assistante médicale" -un contrat de médecin étant illégal pour les Padhue- au sein du centre. Il est alors conseillé à la praticienne de demander à changer d'établissement pour poursuivre son parcours de consolidation.
Eprouvée par la situation et placée en arrêt maladie, Lina décide de signaler les faits auprès de l'Inspection du travail, de l'ARS, de l'Ordre des médecins mais également de la CPAM. La praticienne dénonce en effet des pratiques de surfacturation : les patients opérés à l'hôpital étaient incités à effectuer leur consultation post-opératoire au centre de santé, qui la facturait à l'Assurance maladie alors que l'acte est déjà facturé par l'hôpital.
Interrogés par Mediapart, la cheffe de service et le centre de santé n'ont pas donné suite. L'hôpital a toutefois confirmé que "des praticiens associés ou des praticiens diplômés hors Union européenne (Padhue) ont pu exercer" dans le centre en question, "sur un volume horaire annuel faible". Or, comme le rappelle la présidente du CDOM du Val d'Oise, la Dre Sandrine Duranton, les Padhue "doivent exercer en structure hospitalière avec des médecins seniors". "Compte tenu du risque pour les patients, j’ai effectué un signalement au procureur sur la base de l’article 40 [du code de procédure pénale] et partagé les documents avec l’ARS et la CPAM", indique-t-elle à Médiapart.
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