Cancer du sein : pour la Cour des comptes, des efforts doivent être faits à tous les niveaux de la prise en charge
Insuffisance du dépistage, charge financière trop importante, inégalités sociales et territoriales pour les traitements mais aussi l'après-cancer, la Cour des comptes pointe, dans un rapport qu'elle vient de publier, d'importantes lacunes dans la prise en charge de ce cancer. Elle fait des recommandations visant à renforcer et améliorer l'offre de soins.
La prise en charge du cancer du sein est loin d'être optimale. Des lacunes et des inégalités sont constatées à toutes les étapes, du dépistage à l'après-cancer. En outre, son coût est énorme et en augmentation. C'est ce qui ressort d'un rapport que vient de rendre public la Cour des comptes, qui avait été saisie par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée, sur les problématiques liées à la prévention et la prise en charge de ce cancer, le plus fréquent et le plus mortel chez la femme.
De nouveaux outils pour renforcer l’accès au dépistage
Bien qu'ayant prouvé son efficacité sur la mortalité, le dépistage organisé du cancer du sein – mis en place depuis 2004 pour les femmes de 50 à 74 ans – souffre d'une participation insuffisante et en recul, ainsi que d'importantes inégalités géographiques mais aussi sociales. Dans son rapport, publié le 28 janvier, la Cour des comptes confirme d’importants "écarts d’accessibilité" qui sont liés à "la densité de radiologues et aux délais d’obtention des rendez-vous". L’âge, le revenu, le niveau de diplôme ou le lieu de résidence influent aussi sur la participation.
Autre facteur de la faible participation, la "concurrence" avec le dépistage individuel. Or, pour la Cour de comptes, ce dernier "ne présente pas les mêmes garanties de qualité". Les Sages recommandent plutôt de "renforcer l’adhésion au dispositif organisé, notamment en conditionnant la pratique de l’imagerie sénologique à la participation au programme, et d’anticiper ses évolutions". Son organisation pourrait aussi profiter du développement des outils numériques et de l'intelligence artificielle tout en maintenant une supervision humaine.
Garantir la sécurité des prises en charge
Concernant la prise en en charge, la Cour des comptes confirme la hausse importante des dépenses d'assurance maladie pour ce cancer, évaluées à 4,7 milliards d'euros de dépenses en 2023, contre 2,8 milliards d'euros en 2015 - soit +65% - alors que le nombre de patientes n’a augmenté que de 6%. Cette évolution est liée principalement à la hausse des dépenses de médicaments et d’hospitalisation. Le reste à charge reste aussi "significatif", affirme la Cour des comptes, évalué à 1 549 euros en moyenne, entrainant des renoncements de soins chez les plus démunis.
Le rapport pointe, par ailleurs, des résultats "globalement insuffisants" en matière de qualité et sécurité des soins, avec "un seul des 14 indicateurs nationaux de qualité et de sécurité des soins relatifs au cancer du sein [ayant atteint] la cible fixée. En cause, en particulier, des seuils d’activité chirurgicale trop bas, et la persistance d’activité dans des structures non autorisées. En outre, les délais de prise en charge se sont dégradés. La Cour recommande donc "un suivi renforcé des autorisations", "un relèvement des seuils d’activité chirurgicale" à 150 par an, et "un approfondissement des coopérations entre établissements".
L'après-cancer marqué par trop d'inégalités
Enfin, la période de l’après-cancer pose aussi des problèmes. Elle apparait ainsi "insuffisamment structurée" dans ce domaine. Les auteurs du rapport soulignent en particulier la grande fréquence de séquelles qui persistent longtemps après la fin des traitements, et qui sont à l’origine de répercussions sociales et professionnelles souvent majeures. Ils proposent de "rendre obligatoire pour les établissements de santé l’élaboration du programme personnalisé d’après cancer et en faire un critère d'autorisation d’exercer en cancérologie".
Tout au long du parcours, les inégalités territoriales et socio-économiques jouent un rôle majeur. Par exemple, parmi les femmes résidant dans des territoires ruraux ou dans des zones peu dotées en offre de soins, on constate un taux plus important de renoncement aux soins de support, contrairement à celles vivant dans les zones urbaines les plus favorisées. Après les traitements, on constate les mêmes disparités sur la qualité de vie.
La Cour recommande donc "un renforcement et une meilleure structuration de l’accompagnement après cancer, afin d’assurer une prise en charge plus cohérente et équitable dans la durée". Cela passe, en particulier, par le fait de "rendre obligatoire pour les établissements de santé l’élaboration du programme personnalisé d’après cancer et en faire un critère d’autorisation d’exercer en cancérologie".
Références :
Cour des comptes (28 janvier).
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