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IA et cancer : vers un quotidien médical transformé

L’intelligence artificielle (IA) transforme profondément la pratique médicale, et l’oncologie constitue un domaine où son impact est décisif. À Gustave Roussy, premier centre européen de lutte contre le cancer, l’IA est déployée à la fois pour améliorer le parcours des patients, faciliter le travail des soignants et soutenir la recherche médicale, tout en garantissant un cadre éthique strict.

30/01/2026 Par Muriel Pulicani
Cancérologie E-santé
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"L’intelligence artificielle n’a pas pour vocation à se substituer au médecin, mais à l’épauler dans ses décisions et à lui redonner du temps pour la relation humaine", souligne le Pr Fabrice Barlesi, directeur général de Gustave Roussy. Dans le quotidien des équipes médicales, cela se traduit notamment par l’automatisation de certaines tâches administratives et la structuration des dossiers médicaux volumineux. MedGR, assistant médical développé en interne à Gustave Roussy, permet par exemple de synthétiser automatiquement les informations essentielles contenues dans les dossiers (diagnostics, traitements, examens), tout en respectant la confidentialité et les règles du RGPD.

Du côté du patient, l’IA contribue à personnaliser la prise en charge et à anticiper l’évolution de la maladie. "Nos projets de recherche visent à identifier des lésions précancéreuses et à mieux repérer les patients à risque d’effets secondaires à long terme", explique le Pr Fabrice André, directeur de la Recherche à Gustave Roussy. Le projet Nomat illustre cette approche, en permettant de détecter des anomalies avant qu’elles n’évoluent vers un cancer et d’adapter la surveillance et les traitements en conséquence.

Dirigé par le Dr Bruno Duso en collaboration avec l’école CentraleSupélec et les équipes du programme de prévention personnalisée du cancer Interception, Nomat utilise des algorithmes d’IA pour analyser des lames histologiques digitalisées de lésions pré-cancéreuses de cancers du sein. L'objectif : être en mesure de déterminer les lésions ayant un risque élevé de progression vers un cancer infiltrant et celles qui resteront stables. "Le projet Nomat sera finalisé d'ici quelques années, le temps de développer l’IA sur des cohortes rétrospectives et de la valider en clinique", précise le Pr André.

Mieux évaluer le risque de rechute 

Gustave Roussy participe également au développement d’outils d’IA en pathologie dans le cadre du consortium national PortrAIt (en collaboration avec la start-up franco-américaine Owkin, le Centre Léon Bérard, Tribun Health, Cypath et de la Fédération Unicancer). "Premier test d’IA issu de PortrAIt, RlapsRisk BC est destiné à évaluer le risque de rechute chez les femmes atteintes d’un cancer du sein localisé. Il permet de prédire ce risque à partir d’une simple lame histologique numérisée, sans recourir à un test génétique. Cet outil aide les oncologues à décider de l’intérêt d’une chimiothérapie lorsque le risque de rechute est intermédiaire", précise le Pr André.

Dans l’après-cancer, les algorithmes développés par Gustave Roussy, notamment dans le cadre du projet CANTO Biosensors, permettent de suivre et de prédire les effets secondaires à long terme. L'objectif étant de prévenir les complications et d’améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer du sein ou du poumon, et bientôt des patients jeunes atteints de cancers digestifs.

L’IA intervient, par ailleurs, dans la gestion des patients internationaux grâce à des outils de traduction instantanée, 100% localisés, qui garantissent confidentialité et sécurité des échanges.

Jumeaux numériques : simuler pour mieux soigner

L’IA permet également de simuler virtuellement la tumeur et l’organisme de chaque patient. À travers le programme de jumeaux numériques, mené avec CentraleSupélec et Dassault Systèmes, il devient possible de tester, en amont, les traitements les plus efficaces et les moins toxiques pour un profil donné, ouvrant la voie à une oncologie véritablement personnalisée. "Le jumeau numérique est une réplique virtuelle et évolutive de la tumeur et du patient, intégrant de nombreuses données biologiques et médicales. Son objectif est prédictif : il permet de simuler l’évolution de la maladie et de tester l'effet de milliers de stratégies thérapeutique. Le principe du jumeau numérique est déclinable à tous types de tumeurs", assure le Pr André.

Une innovation encadrée par une exigence éthique forte

De nombreux autres programmes intégrant l’IA sont en cours à Gustave Roussy, notamment pour améliorer la radiothérapie au quotidien et développer des thérapies cellulaires personnalisées pour des patients atteints de cancers rares, agressifs et en impasse thérapeutique. "L’ensemble de ces innovations nécessite un encadrement strict afin de garantir une utilisation sûre et éthique de l’IA", ajoute Sylvain Ducroz, directeur général adjoint de Gustave Roussy. L’établissement a ainsi créé un Data Access Committee et participe à l’élaboration de référentiels internationaux pour encadrer le recours à l’IA en oncologie, veillant à ce que la prise de décision finale repose toujours sur l’humain.

Références :

Gustave Roussy (20 janvier). 

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