Image générée par IA

Image générée par IA

Objectifs thérapeutiques de l'HTA: les sociétés européennes d'hypertension et de cardiologie en désaccord

La Société européenne d’hypertension (ESH) estime que l’objectif thérapeutique ne doit pas être en premier lieu guidé par le risque cardiovasculaire global, comme le propose désormais la Société européenne de cardiologie (ESC).

23/06/2025 Par Caroline Guignot
ESH 2025
Image générée par IA

Image générée par IA

En 2024, les recommandations de la Société européenne de cardiologie (ESC)(1) ont introduit une nouvelle catégorie de pression artérielle (PA) dite « élevée », définie par une pression artérielle systolique (PAS) de 120-139 mmHg et une pression artérielle diastolique (PAD) de 70-89 mmHg. Pour ces patients, l’ESC préconise que la décision thérapeutique soit établie en fonction du risque cardiovasculaire (RCV) à dix ans, établi selon le Score2 (ou Score2-OP pour les personnes âgées de 70 ans et plus) : le traitement antihypertenseur est recommandé par l’ESC si le niveau de RCV est supérieur ou égal à 10 % et peut être envisagé s’il est compris entre 5 et 10 % en cas de présence de facteurs additionnels (socio-économiques, environnementaux, médicaux…).

Le Pr Sverre Kjeldsen (Oslo, Norvège), représentant de la Société européenne d’hypertension (ESH), s’est montré critique envers cette position et a publié un éditorial (2) sur ce sujet en mars 2025 avec d’autres membres de la société savante. Ils y soulignent que la catégorie de PA élevée de l’ESC regroupe en réalité la PA normale (120-129 et 70-79 mmHg respectivement) et la PA normale haute (130-139 et 80-89 mmHg respectivement) que distingue l’ESH dans ses dernières recommandations(3).

Leur texte met aussi en garde contre les limites d'une approche préconisant d’instaurer le traitement antihypertenseur sur la base première du RCV : car, d’une part, « une proportion très importante de nos patientèles relèverait d’un traitement ! Les sujets âgés par exemple, ont un risque à 10 ans quasi systématiquement supérieur à 10 % quels que soient leurs valeurs tensionnelles, leur sexe ou leur statut tabagique. Les personnes âgées ont un risque élevé car elles sont âgées ! » a t-il ironisé. Ce qui signifierait en d’autres termes (de) « mettre sous antihypertenseur quasiment toutes les personnes âgées, (qu'elles soient) hypertendues ou non ». D'autre part parce que cette préconisation découle d’une méta-analyse dont la méthodologie est discutable. Et qu'« aucun essai contrôlé randomisé n'a jamais décrit le bénéfice cardiovasculaire, cérébrale ou rénale d’une réduction de PA chez des personnes dont la PA est normale haute. Les essais sont généralement centrés sur l’HTA établie, souvent associée à des facteurs de risque ».

Aussi, « décider d’un traitement à partir de la seule valeur du RCV revient à ne pas rendre éligibles les patients hypertendus à faible risque alors qu’il est possible de limiter l’atteinte des organes cibles à ce stade ». L’ESH plaide donc pour un traitement antihypertenseur discuté sur la base des valeurs de PA au cabinet supérieures à 140-90 mmHg. Pour ceux ayant une PA normale ou normale haute, le traitement peut toutefois être envisagé en cas de RCV élevé, d’une atteinte des organes ou d’antécédents cardiovasculaires, a conclu le Pr Giuseppe Mancia (Milan, Italie).

Références :

34ème Congrès européen sur l’hypertension et la protection cardiovasculaires (ESH 2025, Milan, 20 - 26 mai). D’après la session plénière « ESC guidelines : Hot Issues ».

1. McEvoy JW, et al. Eur Heart J 2024;45(38):3912-4018.

2. Kjeldsen SE, et al. Blood Pressure 2025;34(1).

3. Mancia G, et al. J Hypertens 2023;41:1874-2071.

 

Faut-il diminuer le remboursement par l'Assurance maladie des médicaments à SMR faible ou modéré?

PETIT BOBO

PETIT BOBO

Non

Supprimer le remboursement des spécialités à SMR faible est une fausse bonne idée. D'une part parce que le coût pour la sécu est... Lire plus

 
Vignette
Vignette

La sélection de la rédaction

"Le père est une personne à part entière dans la grossesse" : une consultation dédiée encore méconnue par les...
29/07/2026
8
Urgences
Urgences en plein vol ou dans le train : pourquoi des médecins hésitent parfois à répondre à l'appel
13/07/2026
55
Enquête Déontologie
ENQUÊTE. "Certains patients veulent se payer un médecin" : ces plaintes abusives qui embolisent la justice...
15/06/2026
26
"Un médecin n'est jamais en retard : l'heure de convocation n'est pas l'heure de début de la consultation"
21/07/2026
0
Internat
"Il y a un suicide tous les 18 jours" : à bout, les internes désertent leurs stages pour défendre leurs droits
28/04/2023
2
Enquête Gynécologie-Obstétrique
Mal payés, épuisés, trop exposés : les gynécologues désertent les maternités
02/04/2026
16
Chirurgie
Grands brûlés : les défis de la reconstruction cutanée
06/03/2026
3