@Jacob Lund - stock.adobe.com
Première année de médecine : pourquoi les tutorats font mieux que les prépas privées, selon un rapport inédit
Les fédérations étudiantes en santé publient pour la première fois un rapport complet sur la place des tutorats dans l’accompagnement pédagogique des étudiants en première année d’études de santé (Pass, LAS et licence Sciences pour la santé). Nettement reconnus et plébiscités par les étudiants, les tutorats apparaissent comme les remparts aux prépas privées même si l’appui de l’université pourrait encore s’améliorer.
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Après avoir eux-mêmes vécu une année difficile, éprouvante et stressante, les étudiants en deuxième année de médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie et kiné n’ont, pour la plupart, d’autres envies que de rendre la pareille via le tutorat. "Cet engagement repose sur [cette] volonté", soulignent les fédérations étudiantes. Cet accompagnement de pair à pair est encadré depuis près de 30 ans. Si les tutorats sont aujourd’hui largement connus et reconnus, c’est surtout parce que les universités qui disposent d’une première année d’études de santé ont l’obligation d’en proposer à leurs étudiants.
Pour autant, "malgré leur présence historique au sein des universités, peu de données nationales permettent aujourd’hui d’appréhender de manière globale leur organisation, leurs actions et leur impact", écrivent les représentants des cinq associations étudiantes – Anesf, Anemf, UNECD, Anepf et Fnek - dans leur rapport publié mercredi 24 juin. A travers des chiffres recensés à l’automne 2025, les fédérations présentent un "état des lieux national afin de documenter ces dispositifs étudiants d’accompagnement existants sur l’ensemble du territoire".
Difficile de faire plus populaire que les tutorats. L’objectif est simple : proposer un accompagnement pédagogique via des tuteurs souvent en deuxième ou troisième année d’études de santé. En moyenne, 138 tuteurs par université sont mobilisés chaque année. "Les tutorats santé répondent aux besoins d’une année particulièrement sélective en s’appuyant sur un engagement humain fort et sur la transmission par les pairs." En 2025, 89 % des étudiants en Pass, 88 % des étudiants en licence Sciences pour la santé (LSPS) et 76 % des étudiants en LAS ont adhéré au tutorat. Résultat, en moyenne, 92,5 % des étudiants en deuxième année MMOPK ont bénéficié du tutorat lors de leur première année.
Cours, colles et examens blancs
En première année, les étudiants ont accès à de nombreux dispositifs. En premier lieu, les supports et fiches de cours (75 % et 92 % des tutorats en proposent). Pour s’entraîner, 82 % des tutorats planifient des séances pédagogiques pour "approfondir les notions abordées en cours magistraux". S'ajoutent des colles périodiques, c’est-à-dire des évaluations pour tester ses connaissances une à deux fois par semaine sur une unité d’enseignement en particulier. Si 97 % des tutorats proposent des colles, tous les tutorats proposent des examens blancs, en conditions réelles (matériel, modalités). Les étudiants ont en moyenne trois examens blancs dans l’année et près de 9 tutorats sur dix établissent, à l’issue, un classement pour permettre aux étudiants de se situer dans la promotion.
Depuis plusieurs années maintenant, les tutorats ont également développé des stages de pré-rentrée d’une ou deux semaines en août : remise à niveau des connaissances scientifiques, introduction à quelques matières de première année et ateliers de méthodologie. Là encore, la quasi-totalité des tutorats sont concernés (94,5%) et prévoient, en moyenne, 45 heures des stage.
Le plus "emblématique" reste le système de parrainage. Un tuteur est affilié à un étudiant de première année et doit l’accompagner pour répondre à ses besoins. Au total, 72 % des étudiants sollicitent cet accompagnement et chaque tutorat dispose d’une cohorte de 198 parrains-marraines en moyenne. "Certains mettent en place des questionnaires (...) afin de constituer des binômes les plus pertinents possible, en prenant en compte notamment les méthodes de travail, la voie d’accès en santé (Pass, LAS, ou LSPS), les filières envisagées, les centres d’intérêt ou encore le temps pouvant être consacré à l’accompagnement. D’autres tutorats organisent également des temps de rencontre et des événements dédiés afin de permettre aux binômes de créer un véritable lien en dehors du seul cadre universitaire", précise le rapport.
Dans la même veine, des permanences sont mises en place par 78 % des tutorats. Aujourd’hui, ces permanences ne servent plus seulement à répondre aux besoins pédagogiques mais aussi à préserver le bien-être des étudiants grâce à des permanences "assurées par des membres du tutorat spécifiquement formés aux enjeux de la santé mentale, ainsi que des permanences d’orientation et de réorientation, animées avec les personnes référentes sur ces thématiques au sein des bureaux des tutorats. Ces dernières permettent notamment d’informer sur les différentes filières médicales et paramédicales, ainsi que de les accompagner dans leurs démarches et modalités d’inscription".
"Certaines facultés considèrent que la mise à disposition de supports écrits pourrait décourager la participation aux cours magistraux"
Cet accompagnement individuel est devenu un point central pour les tutorats, tous ayant obtenu l’agrément du ministère de l’Enseignement supérieur. Un gage de qualité qui permet aussi de récompenser des projets innovants (escape game de pré-rentrée à Lille, prévention autour de la santé mentale à Bordeaux, atelier d’orientation des lycéens à Rouen ou rendez-vous individuels personnalisés à Strasbourg).
Or, toutes ces initiatives sont accessibles quasiment gratuitement. En moyenne, le coût de l’adhésion au tutorat pour une année s’élève à 12,29 euros (sachant que 54 % des tutorats sont entièrement gratuits) contre 4.700,10 euros pour les prépas privées.
Gage d’une moins bonne qualité ? Les tutorats refusent ce cliché et mettent en avant leurs échanges avec la faculté. D’après le rapport, la totalité des tutorats font valider les supports pédagogiques au corps enseignant. Dans certaines facultés, les enseignants contribuent d’ailleurs à leur élaboration. Idem pour les annales mises à disposition des étudiants : fournies le plus souvent par l’université (53%), la correction est parfois assurée par les enseignants eux-mêmes (19 % contre 77 % par le tutorat).
L’université s’engage aussi financièrement auprès des tutorats. La subvention accordée par l’université est d’ailleurs la première source de financement des tutorats. A cela s’ajoute la mise à disposition des salles, l’accès aux impressions et aux tablettes d’examens notamment.
Pour autant, les fédérations regrettent un manque d’hétérogénéité sur le territoire. "Les tutorats ont su faire preuve de résilience face aux différentes évolutions et restructurations de nos études, que ce soit au lycée ou dans l’enseignement supérieur, afin de proposer un accompagnement adapté aux besoins des étudiantes et étudiants. Aujourd’hui, ce dispositif, reconnu pour sa fiabilité et son efficacité, mérite d’être davantage valorisé et promu en amont de la rentrée universitaire." Les représentants étudiants pointent, par exemple, les difficultés, dans certaines universités, d’accéder aux annales. "Certains tutorats ne sont pas autorisés à retranscrire les cours, car certaines facultés considèrent que la mise à disposition de supports écrits pourrait décourager la participation aux cours magistraux." Aussi, si les facultés acceptent les examens blancs, les oraux blancs eux, ne font pas l’unanimité. Ces épreuves restent organisées par 89 % des tutorats contre 2,7 % par les facultés mais 8 % des tutorats ne peuvent pas les organiser "en raison d’une opposition de la faculté".
"Casser cette légende qu'il faut une prépa privée en première année"
Dispositif à but non lucratif, le tutorat pâtit aussi de son faible financement. Le rapport pointe une rupture d’égalité pour les étudiants inscrits sur les sites délocalisés des universités (une cinquantaine sur le territoire). Ces antennes, situées parfois à plus de 100 km de l’université, ne peuvent pas réellement bénéficier du tutorat, particulièrement pour des raisons financières. Un point qui a aussi été soulevé, à plusieurs reprises, par la Pre Isabelle Laffont, présidente de la Conférence des doyennes et doyens de médecine, qui craint l’apanage des prépas privées si le tutorat n’a pas les moyens de s’en saisir.
Du côté des représentants étudiants, la nécessité de rendre visible les tutorats devient aussi un enjeu majeur pour "contrer" les prépas privées. Si les organismes privés mettent en avant des taux de réussite exceptionnels, ce n’est pas le cas des tutorats. "Comme la majorité des étudiants adhèrent au tutorat, nos chiffres seraient biaisés, explique Téo Maguil, le représentant de l’Anemf. Évidemment, sans chiffres à présenter, les familles ne vont peut-être pas choisir le tutorat mais justement, on veut les toucher dès le lycée pour leur expliquer qu’on ne joue pas le jeu des prépas, leur expliquer pourquoi, les informer et casser cette légende qu’il faut une prépa privée en première année d’études de santé."
Les associations étudiantes proposent notamment de faire valoir la présence des tutorats sur Parcoursup. "Les discussions sont en cours mais ce serait un axe important pour la mise en valeur des tutorats", précise-t-on pendant le point presse. En attendant, les tutorats seraient déjà engagés dans la réforme de la première année d’études de santé qui doit être lancée pour la rentrée 2027. "On s’organise, on en discute au fil des informations que nous recevons pour s’adapter aux différents enjeux. On a besoin d’un soutien fort des rectorats, des universités et du ministère, il faut aller plus loin", appuient les fédérations étudiante.
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