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Bronchiolite : les contours incertains de la prochaine saison

Le 15 septembre 2023, le Gouvernement lançait une vaste campagne d’immunisation contre la bronchiolite à VRS, via l’administration de l’anticorps monoclonal nirsevimab aux nourrissons. "Quid de la saison 2 ?", se sont interrogés les experts lors du congrès de la SFP.

13/06/2024 Par Romain Loury
Congrès de la Société française de pédiatrie
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Publiés fin avril, les résultats de deux études menées par Santé publique France et l’Institut Pasteur ont démontré l’efficacité de la campagne d’immunisation par le nirsevimab. D’une efficacité préventive comprise entre 75,9% et 80,6%, l’anticorps a permis, selon les estimations pour la France métropolitaine, d’éviter 5 800 hospitalisations liés à une bronchiolite à VRS après passage aux urgences, soit une baisse de 23% par rapport à un scénario sans immunisation.

D’autres travaux présentés au congrès confirment cet effet préventif. Lors de l’étude Envie, financée par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales – Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE) et menée dans six services de réanimation, le nirsevimab a permis de réduire de 83% le risque d’hospitalisation. Idem pour les bronchiolites non sévères, ne nécessitant pas d’hospitalisation : selon une étude menée en ambulatoire par le réseau Panel ambulatoire de recherche en infectiologie (Pari), le nirsevimab était lié à une réduction de 79,7% du risque. Au niveau national, la part des enfants de moins de 3 mois parmi les cas de bronchiolite, en moyenne de 7% lors des saisons précédentes, est passée à 5%.

Qu’en sera-t-il de la prochaine campagne hivernale, celle de la saison 2024-2025 ? Dans sa feuille de route 2024-2030 pédiatrie et santé de l’enfant, présentée lors d’assises organisées le 24 mai, le Gouvernement s’engage à "prévenir la bronchiolite en généralisant l’accès au nirsevimab à l’automne 2024 (accès en maternité, PMI, ville)", cet anticorps ayant surtout été restreint aux maternités au cours de la dernière saison. Pourtant, la donne pourrait bien être différente lors de la saison 2024-2025, ont estimé des experts au congrès.

 

Une moindre médiatisation de la bronchiolite

Si le nirsevimab a rencontré un franc succès lors de sa première saison, il le doit notamment à la saison précédente (2022-23), au cours de laquelle les hôpitaux ont été submergés par une triple épidémie (Covid-19, grippe, bronchiolite), fruit d’une dette immunitaire accumulée pendant la crise sanitaire. "Pour cette dernière campagne, nous avons bénéficié d’une forte médiatisation de l’épidémie précédente, en Europe comme aux Etats-Unis. Or on a beaucoup moins parlé de la bronchiolite cet hiver, et peut-être que l’acceptabilité ne sera pas tout à fait la même lors de la prochaine saison, quand les parents auront moins été sensibilisés", avance le Pr François Dubos, chef du service d’urgences pédiatriques du CHU de Lille.

Autre incertitude, l’arrivée prochaine d’un premier vaccin anti-VRS, indiqué chez les personnes âgées et les femmes enceintes. Chez ces dernières, la vaccination a été liée chez le nourrisson à une baisse de 81,8% du risque d’infection sévère des voies respiratoires inférieures au cours des trois premiers mois de vie, de 69,4% lors des six premiers mois (1). Or l’articulation entre vaccination de la femme enceinte et immunisation par le nirsevimab reste à définir, d’autant que les deux stratégies n’ont pas été comparées. "Tout cela est en cours de discussion [un avis de la Haute Autorité de santé (HAS) est en cours d’élaboration, NDLR], mais rien n’est encore clair. Il faudra sensibiliser les médecins qui suivent les femmes enceintes, mais la stratégie de communication est encore inexistante", constate François Dubos.

 

Des interrogations sur un possible rebond épidémique

Parmi les autres questions qui se posent, l’impact du nirsevimab sur les autres maladies liées à VRS, dont les otites, les pneumopathies, les rhinopharyngites et les bronchites. Par ailleurs, les experts estiment nécessaire d’évaluer l’incidence d’asthme - dont le VRS constitue un important facteur de risque - chez les enfants immunisés par le nirsevimab. Autre interrogation, le fait que l’effet protecteur de cet anticorps n’est probablement que transitoire : "les enfants finiront bien par attraper le VRS", estime le Pr Robert Cohen, du service de pédiatrie générale du Centre hospitalier intercommunal (CHI) de Créteil.

Dès lors, y a-t-il un risque de rebond épidémique, voire de formes plus sévères, chez des enfants immunisés qui ne contracteront le VRS que plus tard ? Si seules des études en vie réelle permettront de trancher à ce sujet, les essais randomisés se montrent plutôt rassurants. Les enfants immunisés durant leur première année ne présentent pas de surrisque de bronchiolite au cours de leur deuxième année, par rapport à des enfants non traités (2). Par ailleurs, d’autres résultats suggèrent que les enfants immunisés développent tout de même des anticorps contre le VRS, séroconversion qui révèle que, malgré la prise de nirsevimab, ces enfants ont bien été exposés au virus (3).

 

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Références :

Congrès annuel de la Société française de pédiatrie (SFP, Nantes,15 -17 mai). D’après les présentations du Pr François Dubos (CHU de Lille), du Pr Robert Cohen (CHI de Créteil), et du Pr Naim Ouldali (hôpital Robert-Debré, Paris) lors de la table ronde « Nirsevimab, quelles données après le premier hiver ? ». 
-    Institut Pasteur/Santé Publique France. « Bronchiolite : deux études françaises démontrent l’efficacité du Beyfortus dans la prévention des cas graves et la réduction des hospitalisations chez les nourrissons », 26 avril 2024
(1)    Kampmann B et al., New England Journal of Medicine, 5 avril 2023
(2)    Dagan R et al., Journal of the Pediatric Infectious Diseases Society, 14 janvier 2024
(3)    Wilkins D et al., Nature Medicine, 24 avril 2023
 

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