Asthme et arthrose : les maladies atopiques intéressent les rhumatologues
Chez les patients arthrosiques, la présence d’asthme est liée à une progression plus rapide de la maladie articulaire, selon des résultats présentés lors du congrès de la Société française de rhumatologie. Longtemps ignoré, ce lien entre les deux affections intrigue les experts, qui y voient de possibles pistes thérapeutiques.
Publiée en 2023, une étude de cohorte révélait que les maladies atopiques favorisaient le risque d’arthrose, à raison d’un risque multiplié par 1,58, voire par 2,15 chez les patients souffrant d’asthme et de dermatite atopique(1). Longtemps méconnu, ce lien entre atopie et arthrose vient d’être renforcé par des travaux menés sur la cohorte française Khoala (Knee and Hip Osteoarthritis Long term Assessment). Selon cette étude, dénommée Atopoa, la présence d’atopie chez des patients arthrosiques semble aussi liée à une arthrose plus sévère, progressant plus rapidement.
Pour montrer cela, la Dre Kimberley Dolium, du service de rhumatologie de l’hôpital Saint-Antoine (Paris), et ses collègues ont analysé 717 patients atteints de gonarthrose ou de coxarthrose, dont 66 souffrant en plus d’une maladie atopique. Parmi ces derniers, 42,2 % étaient atteints d’une arthrose jugée sévère d’un point de vue radiographique (score de Kellgren-Lawrence de niveau 4), contre seulement 24 % dans le groupe contrôle.
Après prise en compte des facteurs de confusion (âge, sexe, indice de masse corporelle), l’atopie était bien liée à un risque multiplié par 2,46 de souffrir d’arthrose sévère. De même, les patients atopiques avaient 2,02 fois plus de risques, au cours d’un suivi d’une durée de sept ans, de subir une pose de prothèse de genou ou de hanche.
En matière de sévérité clinique, les résultats suggéraient aussi le caractère aggravant des maladies atopiques, aussi bien sur la douleur, la fonction physique que la raideur articulaire. Toutefois, ces tendances n’atteignaient plus la significativité statistique après ajustement sur les facteurs de confusion.
Présentée lors de la même session, une autre analyse de la cohorte Khoala, menée selon une méthode différente, confirme le rôle déterminant de l’asthme dans la sévérité de l’arthrose. Les chercheurs y ont classé les patients en quatre groupes, selon leur trajectoire de progression radiographique. Dans les deux groupes où l’arthrose progressait le plus rapidement, la prévalence d’asthme était plus marquée, de 13,7 % et 9,9 %, contre 8,3 % et 4,1 % dans les deux groupes d’arthrose moins évolutive.
Un lien dévoilé par l’évolution épidémiologique
Comment expliquer que ce lien entre deux maladies aussi fréquentes n’ait été établi que récemment ? Selon le Dr Augustin Latourte, du service de rhumatologie de l’hôpital Lariboisière (Paris) et auteur de cette dernière étude, "les asthmatiques sont souvent des patients jeunes, tandis que les personnes arthrosiques sont plus âgées. Il s’agit donc de deux populations initialement assez différentes. De plus, les données relatives aux antécédents d’asthme chez les arthrosiques ne sont pas forcément bien recueillies par les médecins, ni bien déclarées par les patients".
"En raison de l’évolution épidémiologique, de la pollution, les pneumologues voient de plus en plus d’asthme à début tardif. Et c’est ainsi que nous commençons tout juste à percevoir un croisement entre les deux maladies", ajoute Augustin Latourte. Au-delà des éléments épidémiologiques, plusieurs travaux, menés chez l’homme comme chez l’animal, ont révélé la présence de mastocytes, cellules clés du processus atopique, dans les articulations atteintes d’arthrose, en particulier sur la membrane synoviale(2). "Ces cellules sont probablement peu nombreuses, mais semblent très actives. Elles libèrent des enzymes, dont la tryptase, qui participent probablement aux lésions du cartilage et à la douleur", explique le rhumatologue.
De possibles applications thérapeutiques
Selon lui, "l’idée n’est pas de dire que l’asthme explique toute l’arthrose, mais de comprendre que le phénomène atopique, impliqué dans l’asthme et la dermatite atopique, constitue un nouveau facteur de risque de progression de l’arthrose, au même titre que l’obésité". Le parallèle est d’autant plus évocateur que plusieurs médicaments anti-obésité, de la classe des agonistes du récepteur au GLP-1, sont en cours d’évaluation contre l’arthrose. De manière systémique chez des patients arthrosiques obèses, mais pas seulement : après des résultats très encourageants chez l’animal, une étude française est en cours afin d’évaluer l’efficacité d’injections intra-articulaires de liraglutide contre la gonarthrose(3,4).
Pourrait-il en être de même avec des traitements de l’asthme ? Selon Augustin Latourte, "c’est la question qui va désormais se poser. Les biothérapies utilisées contre les formes sévères d’asthme et de dermatite atopique peuvent-elles avoir un bénéfice contre l’arthrose ? Nous commençons déjà à récupérer des données afin d’identifier si les patients asthmatiques traités par biothérapie ont un risque d’arthrose diminué par rapport à ceux qui ne sont pas traités. Dans un deuxième temps, on pourrait envisager des essais plus interventionnels, sur une population souffrant à la fois d’asthme et d’arthrose".
Sommaire :
- Le dépistage opportuniste, une solution au sous-diagnostic ?
- Traiter l’ostéoporose pour prévenir les démences
- Les compléments calciques parfois superflus ?
- Les inhibiteurs de la pompe à protons liés à un sur-risque fracturaire
- Polyarthrite rhumatoïde : des lacunes persistantes dans la prise en charge médicamenteuse
- Les anti-TNF alpha liés à de rares événements démyélinisants
- La pneumopathie interstitielle diffuse, complication sous-estimée de la polyarthrite rhumatoïde
- Fibromyalgie : la neurostimulation, un espoir sous contraintes
Références :
D’après la session scientifique « Arthrose » lors du 38e Congrès français de rhumatologie (Paris, 14-16 décembre 2025, Paris).
- Baker MC, et al. Annals of the Rheumatic Diseases, 27 mars 2023.
- Wang Q, et al. eLife, 14 mai 2019.
- Bliddal H, et al. New England Journal of Medicine, 31 octobre 2024.
- Meurot C, et al. Scientific Reports, 28 janvier 2022.
La sélection de la rédaction
Le montant de la cotisation ordinale vous semble-t-il justifié?
Blue GYN
Oui
Tout dépend comment on pose la question. - Tout travail mérite salaire et il faut arrêter de râler sur tout et en permanence, (Arr... Lire plus