La pneumopathie interstitielle diffuse, complication sous-estimée de la polyarthrite rhumatoïde
Fréquente mais souvent silencieuse, la pneumopathie interstitielle diffuse peut compliquer une polyarthrite rhumatoïde. Elle en assombrit le pronostic. En France, la cohorte Translate2, qui réunit plus de 500 patients, vise à mieux comprendre les facteurs de risque et l’évolution de cette atteinte pulmonaire encore mal caractérisée.
Parmi les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde (PR), environ 10 % développent en outre une pneumopathie interstitielle diffuse (PID), voire 20 à 30 % en tenant compte des formes asymptomatiques et d’évolution lente. Ces affections pulmonaires, dont il existe des formes plus ou moins fibrosantes, plus ou moins inflammatoires, perturbent les échanges gazeux au niveau de la barrière alvéolo-capillaire et réduisent l’élasticité des tissus pulmonaires. Ce qui favorise l’insuffisance respiratoire, accroissant ainsi le risque de mortalité chez les polyarthritiques qui en sont atteints.
"Le dépistage n’est pas toujours effectué, et comme il existe beaucoup de formes asymptomatiques ou stables, on passe à côté d’un nombre important d’anomalies interstitielles", explique le Dr Pierre-Antoine Juge, du service de rhumatologie de l’hôpital Bichat (Paris). Affection complexe, elle doit faire l’objet d’une prise en charge multidisciplinaire, impliquant un pneumologue.
"C’est une maladie qui compte beaucoup de diagnostics différentiels, et dont le suivi est très important. On peut facilement rater une progression si le suivi n’est pas bien assuré, si les explorations fonctionnelles respiratoiresn’ont pas été bien examinées. Ce sont des éléments qui nécessitent un œil pneumologique, et sur lesquels le rhumatologue n’est pas bien formé", estime Pierre-Antoine Juge.
Une première cohorte française
Afin de mieux comprendre la PID associée à la PR, le rhumatologue et ses collègues ont mis en place une cohorte, dénommée Translate2 et comptant 506 patients polyarthritiques (dont 275 atteints d’une PID), la première menée en France à ce sujet(1). Parmi ses objectifs, déterminer les facteurs génétiques et environnementaux liés à la survenue d’une PID, ainsi que ceux associés à sa progression. Selon de premiers résultats présentés au Congrès de la Société française de rhumatologie, le risque de PID croît avec l’activité de la PR, et paraît plus élevé chez les hommes que chez les femmes. De même, la PID survient plus souvent chez les patients dont la PR a débuté à un âge plus avancé.
L’European Respiratory Society et l’European Alliance of Associations for Rheumatology ont publié, en septembre 2025, de premières recommandations d’experts sur le dépistage, le diagnostic et le traitement des PID liées à la PR, au lupus érythémateux disséminé, à la sclérodermie systémique et au syndrome de Gougerot-Sjögren(2). "Il ne s’agit pas de traiter de manière systématique, d’autant que certains patients sont stables, avec une atteinte minime. On attend d’abord de voir s’il y a une progression, un impact sur la fonction respiratoire", explique Pierre-Antoine Juge. En termes de traitement, il est important de maintenir la PR en état de rémission, en recourant aux "traitements les moins pneumotoxiques". Enfin, l’usage d’antifibrosants est indiqué en cas de pathologie fibrosante progressive.
Aux sources pulmonaires de la PR
Encore mal connus, les liens entre la PR et la PID sont peut-être à chercher du côté des facteurs de risque de la PR, dont l’exposition aux polluants inhalés tels que le tabac et la silice. "Dans la PR, l’auto-immunité est déclenchée au niveau des muqueuses, notamment celles du poumon", explique Pierre-Antoine Juge. Parmi les auto-anticorps spécifiques de la PR, les antipeptides citrullinés. Or la citrullination, modification chimique des protéines, survient notamment en cas d’agression des voies pulmonaires, en particulier par le tabac.
"Probablement en raison d’un terrain génétique qui favorise la présentation des peptides citrullinés aux cellules immunitaires, la personne va présenter une perte de tolérance de soi, d’où la formation d’auto-anticorps", ajoute Pierre-Antoine Juge. Reste à comprendre par quel processus ces anticorps déclenchent à leur tour des symptômes articulaires. Plusieurs travaux semblent confirmer cette origine pulmonaire de la PR : "Chez les patients atteints de PR, même ceux sans atteinte pulmonaire clinique et/ou scanographique, on retrouve fréquemment une inflammation des bronches, sans qu’elle soit forcément pathologique."
Au sommaire :
- Le dépistage opportuniste, une solution au sous-diagnostic ?
- Traiter l’ostéoporose pour prévenir les démences
- Les compléments calciques parfois superflus ?
- Les inhibiteurs de la pompe à protons liés à un sur-risque fracturaire
- Asthme et arthrose : les maladies atopiques intéressent les rhumatologues
- Polyarthrite rhumatoïde : des lacunes persistantes dans la prise en charge médicamenteuse
- Les anti-TNF alpha liés à de rares événements démyélinisants
- Fibromyalgie : la neurostimulation, un espoir sous contraintes
Références :
D’après la session scientifique « Polyarthrite rhumatoïde » lors du 38e Congrès français de rhumatologie (14-16 décembre 2025, Paris).
- Juge PA, et al. Joint Bone Spine, 17 octobre 2025.
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