Pas de France santé, pas de docteur junior ? Dans cette région, la "priorité" donnée par l'ARS interpelle les étudiants
L'ARS Nouvelle Aquitaine propose aux structures qui souhaitent accueillir un docteur junior de se labelliser France santé. Priorité pour l'accueil d'un DJ, promotion des terrains de stages par l'ARS… Les contreparties mises en avant sont nombreuses. Mais elles s'accompagnent de contraintes.
Alors que la réforme de la quatrième année d'internat de médecine générale crée toujours de l'inquiétude au sein des milieux étudiants et syndicaux, et que l'Isnar-IMG continue d'appeler à la grève, il y a une région, qui, semble-t-il, tire son épingle du jeu. C'est du moins ce qui ressort des chiffres avancés par l'ARS Nouvelle Aquitaine. En effet, 300 docteurs juniors devraient faire leur rentrée en novembre 2026. Et pour les accueillir, "508 médecins se sont portés volontaires pour encadrer ces jeunes praticiens et garantir des conditions d’accueil optimales dans tous les territoires", selon les chiffres avancés par l’ARS via communiqué en décembre dernier.
Prudence est toutefois mère de sûreté car les commissions d'agréments viennent tout juste de démarrer à l'échelle nationale. Mais, fait qui semble plutôt rare, il y a plus de terrains de stages que de docteurs juniors. Toutefois, un élément mis en avant par l'ARS, se distingue. "La labellisation en cours des lieux de soins France santé, souhaitée par le Premier ministre pour garantir et améliorer l'accès aux soins sur l’ensemble du territoire, sera proposée aux structures qui souhaitent accueillir un docteur junior et qui sont situées dans les zones les plus en difficulté", peut-on lire dans le même communiqué.
Un accompagnement financier
Comprenez, si ces structures s'engagent dans le réseau France santé, intégré dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, elles auront - ainsi que les MSU en leur sein - "une priorité d'affectation d'un docteur junior, compte tenu du nombre de candidatures supérieur au nombre de postes disponibles", souligne encore le document.
Contactée par Egora, l'ARS persiste et signe : "L'ARS assume, après échanges avec les représentants de la profession et les élus, de donner la prééminence aux lieux d'accueil des docteurs juniors, qui matérialisent un travail de fond important pour la réussite de cette réforme sur notre territoire." Ainsi : "Les lieux labellisés Maisons France santé seront des lieux prioritairement favorables à l'accueil des docteurs juniors de par leurs critères socles." Toutefois, aucune obligation n'est mentionnée et l'ARS précise "qu’il n'y a pas de lien systématique ou exclusif entre les deux sujets."
Un simple encouragement donc, mais qui pourrait avoir de lourdes conséquences puisque cela permettra à ces structures d'obtenir de nombreux avantages comme "une priorité d'affectation d'un docteur junior", "un accompagnement financier, si nécessaire, pour adapter les locaux et permettre l’accueil du docteur junior dans des conditions optimales", "un accompagnement personnalisé de l'ARS et des collectivités locales afin de préparer les conditions de vie du docteur junior", ou encore "une valorisation active du lieu de stage par l'ARS auprès des docteurs juniors, afin de favoriser leur choix pour ces territoires".
Tout un programme, mais qui n'est pas véritablement au goût de l'Isnar-IMG. "Le lien entre label France santé et le docteur junior, pour nous, il est très opaque", lance Atika Bokhari, présidente du syndicat. "Il n'y a aucun lien et il ne faut pas le faire parce que d'un côté c'est un label pour l'indemnisation des structures, pour l'accès aux soins, et de l'autre, c'est une année d'étude [d’un] futur professionnel de santé", ajoute l’intéressée dénonçant par ailleurs l'ajout d’un label qui ne va faire évoluer positivement la situation de la désertification médicale.
"Déjà beaucoup de travail"
"On a du mal à comprendre comment un label pourrait changer quoi que ce soit au fait de pouvoir avoir une offre de soins plus importante du jour au lendemain. Ça ne va pas créer des médecins, ça ne va pas créer de l'offre de soins." De son côté l'Isni, "n'a pas de position pour ou contre France Santé", mais "reste vigilant" sur "la pertinence de France santé". Le syndicat déplore également un certain manque d'information à ce sujet. "Est-ce que ça va bien se mettre en place ? Est-ce que ça va être des démarches en plus à la fois pour les internes et les maîtres de stage ?", questionne Arthur Poncin, premier vice-président de l'Isni.
Une crainte est également bien présente : que certains MSU claquent la porte face à ce qui pourrait être vu par certains comme une nouvelle contrainte. "Le risque, c'est que certains MSU refusent de participer", s’inquiète Arthur Poncin. Atika Bokhari abonde : "Il faut vraiment que le premier semestre se passe à minima correctement, parce que sinon ils vont juste se désengager, ils ne sont tenus à rien", en mentionnant également le sujet de la rémunération des MSU et le rythme de travail. "Les MSU, ce sont juste des médecins généralistes qui ont déjà beaucoup de travail [...] Et en plus de ça, ils prennent un rôle supplémentaire pour former leurs futurs confrères et consœurs. S'ils le font à perte, s'ils ont l'impression d'exploiter un confrère ou une consœur, ils ne vont pas le faire."
Les futurs DJ pourraient toutefois bénéficier davantage avec la mise en place de ce label France santé. En effet, logement et conditions de vie entrent dans la balance. Un critère qui a séduit du côté du syndicat des internes de médecine générale d’Aquitaine (Simga). "L'argent de la labellisation pourrait aider principalement à proposer des logements dans les villages dans lesquels ils [les DJ] vont s’installer pour un an", détaille Clément Rumeau, président du syndicat, qui voit ce critère comme très positif : "Le fait de savoir qu’on va arriver dans un stage pour un an où on a un logement qui nous attend et qui est correct, forcément ça donne plus envie."
Le syndicaliste restera vigilant sur la charge de travail que ce label France santé représentera. En effet, les structures devront s'engager à ouvrir au public cinq jours par semaine et à une possibilité de rendez-vous sous 48 h si nécessaire. De quoi augmenter la cadence de travail des structures concernées ? "Quelle sera la demande aussi des patients ? Est-ce qu'il va y avoir seulement quelques patients facilement absorbables dans le flux habituel ?", interroge toujours Arthur Poncin en rappelant que les plannings sont déjà "bien remplis". D'ici à l’été 2026, 2 000 structures seront labellisées France santé en France, selon le site du Gouvernement. Pour le moment, "115 structures” [sont] volontaires pour la labellisation", selon l'ARS qui attend encore le positionnement d’une "cinquantaine" d'établissements supplémentaires.
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