Malgré des annonces de la ministre, les futurs docteurs juniors de médecine générale préviennent : "La grève durera jusqu'à ce que l'on ait des textes"
La ministre de la Santé a annoncé, ce vendredi dans une vidéo, une poignée de mesures en faveur des futurs docteurs juniors, lors de la 2e journée du congrès de l'Isnar-IMG. De nouvelles promesses qui n'ont pas convaincu les internes de médecine générale, qui doivent débuter une grève illimitée à compter du 2 février.
Elle n'était pourtant pas inscrite au programme. La ministre de la Santé a, ce vendredi, pris la parole dans une vidéo lors de la 2e journée du congrès de l'Isnar-IMG, à Dijon. Devant une salle comble, Stéphanie Rist a assuré avoir "entendu" les internes de médecine générale sur leurs nombreuses inquiétudes concernant la mise en œuvre de la quatrième année d'internat. Mardi, l'Isnar-IMG avait annoncé quitter les comités de suivi de la réforme, déçue par l'inaction du ministère. Une alerte prise en compte par la ministre, qui a listé une série de mesures.
"Concernant votre rémunération", dont le modèle ne cesse de faire débat, "je sais que les modalités ne sont pas ce que vous attendiez. [Mais] nous sommes parvenus à un modèle le plus simple, lisible et sécurisé le possible", a avancé la ministre, provoquant quelques rires jaunes dans l'assemblée. Elle a ainsi promis que les gardes de PDSA des futurs docteurs juniors de médecine générale seraient rémunérées au niveau des gardes des seniors, soit 422 euros.
De plus, "je demanderai aux ARS une attention particulière aux conditions d'exercice sur les terrains de stage", a indiqué la locataire de l'avenue de Ségur. "Je souhaite que les agréments de terrains de stage soient réexaminés lorsque le nombre de consultations réalisées par un docteur junior dépasse 2400 en moyenne par semestre." Par ailleurs, la ministre a annoncé vouloir fixer un "nombre maximum d'étudiants ou d'internes" par maître de stage.
Au-delà de la quatrième année, Stéphanie Rist a annoncé que les gardes et astreintes des apprentis généralistes seront revalorisées de 50%, avec "une indemnité forfaitaire passant à près de 32 euros" dès le 1er février.
Elle a également promis le lancement d'une concertation sur les guichets uniques d'installation – dont la création a été actée dans la loi en 2022 –, afin de les mettre en œuvre dans tous les territoires "à la fin de l'année 2026". Ainsi que la création d'un "groupe de travail dédié à la santé des internes et des étudiants [dans la] continuité de l'amendement que j'avais porté dans la loi Valletoux", a ajouté la ministre, indiquant, de plus, vouloir "prochainement" faire des annonces sur les violences sexistes et sexuelles.
Dans l'assemblée, l'ambiance a semblé mitigé à la suite de ces annonces. Pour cause : ces dernières, bien qu'encourageantes, sont un peu "à côté" du sujet, selon Pierre-Alexandre Lecomte, porte-parole de l'Isnar-IMG. Pour les astreintes et les gardes notamment, "on en fait très peu", souffle-t-il, en marge de la prise de parole de Stéphanie Rist.
Une grève illimitée à partir du 2 février
Et "pour la PDSA, on demande un modèle à 100% de rétrocession…", glisse le syndicaliste, rappelant qu'actuellement "les docteurs juniors [des autres spécialités] sont payés comme des seniors". Le chiffre avancé ce vendredi matin n'est donc qu'une simple "remise à niveau" pour les internes de médecine générale.
Surtout, ces annonces – que la ministre a également détaillées dans une lettre transmise aux syndicats, qui n'a pour l'heure pas été rendue publique – s'ajoutent à la longue liste d'engagements en faveur des futurs docteurs juniors des ministres successifs. Souhaitant qu'ils deviennent enfin des "actes", l'Isnar-IMG a appelé l'ensemble des apprentis généralistes à la grève. "A partir du lundi 2 février, tous les premiers lundis du mois, tous les internes de médecine générale seront absents de leur terrain de stage pour s'opposer à cette quatrième année absurde", a tonné Atika Bokhari. "On ne lâche rien."
Invité à s'exprimer, le Pr Olivier Saint-Lary, président du Collège national des généralistes enseignants (CNGE), a reconnu de nombreuses "difficultés" dans la mise en œuvre de la réforme, qui doit être finalisée dès septembre prochain. "Je voudrais induire un tout petit peu de positif, c'est que quand on est ensemble et que l'on pousse les choses ensemble, on arrive à les faire bouger", citant notamment les avancées obtenues sur le modèle de rémunération.
"On a aujourd'hui une lettre de la ministre qui nous dit qu'elle va faire bouger les choses. Une lettre, ce n'est pas suffisant. Il va nous falloir des textes, des engagements concrets" pour permettre la sécurisation du recrutement des MSU, a soutenu le Pr Saint-Lary. "Il ne faut pas que vous restiez sur : 'On va forcément se planter'. Il y a des facs sur lesquelles on y arrive", a-t-il tenu à souligner, souhaitant insuffler un peu d'espoir.
Vous avez été instrumentalisés dès le départ
"Votre colère est légitime, vous avez été instrumentalisés dès le départ", a, de son côté, tonné la Dre Agnès Giannotti, également présente ce vendredi. Révoltée, la présidente de MG France a estimé que "ceux qui mènent la danse", dans les négociations autour de la quatrième année, "ce sont les hôpitaux, les doyens…". Face à l'état actuel du "rapport de force", "un report" de la réforme ne semble pas envisageable, a déploré la cheffe de file des généralistes. Et d'appeler à "sécuriser les internes" – "vous avez été assez maltraités" -, et "les MSU".
Alors que les internes de médecine générale devraient débuter leur mouvement de grève dans un peu plus d'une semaine, "nous sommes encore très loin de la victoire", a soutenu leur représentante, Atika Bokhari. "Nous ne sommes pas satisfaits, nous sommes méprisés et nous ne nous laisserons pas faire", a-t-elle abondé, précisant que les futurs docteurs juniors "ne sont pas des cadeaux de Noël en retard".
"La grève durera jusqu'à ce que l'on ait des textes satisfaisants", a prévenu la présidente de l'Isnar-IMG, au cœur du Palais des congrès de Dijon. "Les acteurs et les actrices de notre formation, c'est nous. Et si nous, on dit non, ils pourront attendre longtemps l'arrivée du Père Noël", a-t-elle conclu, sous les applaudissements des congressistes.
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