@Александра Вишнева/stock.adobe.com
Cancers de l'enfant et de l'adolescent : des progrès qui changent la prise en charge
Avec l'amélioration de la survie et l'émergence d'une oncologie pédiatrique de précision, la recherche transforme progressivement le pronostic des cancers pédiatriques. À l'occasion des 10 ans de "Septembre en or", Gustave Roussy revient sur les grandes avancées actuelles et à venir.
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En France, près de 2 300 nouveaux cancers pédiatriques sont diagnostiqués chaque année. "En oncologie-pédiatrie, le taux de guérison dépasse désormais 80 %, avec des résultats proches de 100 % dans certaines leucémies et lymphomes. Mais certains cancers restent associés à un pronostic très sombre, notamment lorsqu'ils sont métastatiques, récidivants ou résistants aux traitements. L'enjeu des prochaines années est d'améliorer encore le pronostic des cancers les plus agressifs, réduire les séquelles éventuelles et surtout dépister les seconds cancers pouvant apparaître à l'âge adulte. À Gustave Roussy, cette ambition s'appuie sur des essais thérapeutiques innovants, le profilage moléculaire, l'oncogénétique, les organoïdes et de nouveaux modèles expérimentaux capables de reproduire la complexité des tumeurs pédiatriques", introduit la Dre Christelle Dufour, cheffe du département de cancérologie de l'enfant et de l'adolescent.
Renforcer l'utilisation précoce des médicaments innovants
Dans les essais cliniques, l'objectif est désormais d'introduire les traitements innovants plus précocement, notamment chez les patients à haut risque, afin d'améliorer leurs chances de guérison. Le protocole international HR-NBL2 consacré au neuroblastome illustre cette stratégie. Il intègre notamment des stratégies de chimio-immunothérapie et doit prochainement ouvrir un bras évaluant un inhibiteur d'ALK chez les patients présentant une anomalie de ce gène associée à un pronostic défavorable. L'essai Rego-Inter-Ewing s'inscrit dans la même logique. Il évalue l'introduction, dès le diagnostic, du regorafenib, une thérapie ciblée, chez des patients présentant une tumeur d'Ewing métastatique.
Mieux caractériser les tumeurs avec le profilage moléculaire
La biologie des tumeurs pédiatriques ainsi que leur environnement immunitaire sont souvent différents de ceux des adultes. Le profilage moléculaire, réalisé lors du diagnostic ou de la rechute, permet d'identifier les anomalies moléculaires pouvant constituer des cibles thérapeutiques. "La plateforme AcSé-Esmart permet d’associer une anomalie biologique identifiée chez un patient à un bras thérapeutique correspondant, afin de lui donner accès à un médicament innovant lorsque celui-ci est disponible. Elle permet de regrouper des patients présentant des cancers différents mais qui partagent une même anomalie biologique", ajoute la Dre Dufour.
Dans les tumeurs cérébrales pédiatriques, le programme Biomède concerne notamment les gliomes infiltrants du tronc cérébral, longtemps caractérisés par une survie médiane d'environ un an. La réalisation de biopsies a permis de mieux préciser le diagnostic et surtout de caractériser la biologie tumorale. "Ainsi, environ 18 % des patients ne présentaient pas la même entité tumorale et la caractérisation moléculaire a également révélé des profils biologiques différents justifiant des traitements distincts. Par ailleurs, Biomède a évalué l'évérolimus, une thérapie ciblée associée à la radiothérapie, qui a montré des survies prolongées chez certains patients", précise-t-elle.
Prévenir grâce à l'oncogénétique pédiatrique
Pour la Dre Léa Guérrini, co-responsable du programme Decript, "près de 10 % des enfants ou adolescents atteints d'un cancer présenteraient une prédisposition génétique constitutionnelle. Environ 60 syndromes de prédisposition à la survenue de cancer sont aujourd'hui connus". L'Observatoire PredCap, lancé en 2022, centralise les données médicales, familiales et génétiques des patients porteurs d'un syndrome de prédisposition. Dans le cadre de Decript, l'analyse de ces cohortes va permettre d'identifier de nouveaux gènes de prédisposition et d'étudier les interactions entre génétique et traitements anticancéreux. Des scores de risque polygéniques estimeront la probabilité de développer un second cancer après un premier cancer pédiatrique. Ces données pourraient conduire à un suivi personnalisé et à des stratégies de prévention ciblées. Le programme envisage également d'étudier une stratégie d'immunothérapie préventive destinée à réduire le risque de second cancer chez les patients présentant un déficit constitutionnel du système de réparation des mésappariements de l'ADN (CMMRD) qui expose à un risque très élevé de cancers successifs.
Passer de la guérison à la prévention des seconds cancers et des éventuelles séquelles
Avec l'augmentation des guérisons, la surveillance à long terme est essentielle. "Le programme Interception vise à surveiller et à prévenir non seulement les seconds cancers, mais également les séquelles liées à la maladie et à ses traitements. Un module est consacré aux jeunes adultes et aux adultes ayant été traités pour un cancer pendant l’enfance", informe la Dre Dufour.
Rendre l'immunothérapie pédiatrique efficace dans les tumeurs solides :
Dans les leucémies et les lymphomes, certaines approches comme les CAR-T cells ont constitué une révolution. Mais dans les tumeurs solides chez l'enfant, le défi est plus important car le micro-environnement tumoral peut être immunosuppresseur. "Le système immunitaire chez les jeunes patients n'est absolument pas comparable à celui des adultes. Comprendre le rôle de l'environnement tumoral dans le développement des cancers pédiatriques, les résistances aux traitements et la formation des métastases est un enjeu central pour développer une immunothérapie pédiatrique efficace", indique la Dre Claudia Pasqualini, co-responsable du programme Inspire. Les recherches portent sur les macrophages car ils peuvent être détournés par la tumeur et contribuer à créer un environnement favorable à sa croissance, à la résistance thérapeutique et à la dissémination métastatique. Inspire s'appuie ainsi sur des organoïdes développés à partir de fibroblastes de patients reprogrammés en cellules souches pluripotentes puis différenciés en tissus reproduisant certains organes (mini cerveau, mini reins, mini poumons…). Les organoïdes sont associés aux cellules tumorales et aux cellules immunitaires du patient. Ces modèles aident à la compréhension des causes de la dissémination de certaines tumeurs et des réponses thérapeutiques différentes selon les organes ainsi qu'à modifier le microenvironnement pour restaurer l'efficacité d'un traitement.
Références :
Conférence de presse organisée par Gustave Roussy le 8 septembre avec les Dres Christelle Dufour, Claudia Pasqualini, Léa Guérrini et Thomas Mercher (Gustave Roussy).
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