Jeune médecin

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Docteurs juniors : "On ne résout pas une pénurie en retardant leur arrivée dans la vie professionnelle"

Alors que les près de 3 000 docteurs juniors de médecine générale ont fait leur rentrée lundi 2 novembre, le syndicat Jeunes Médecins et sa présidente, la Dre Anna Boctor, dénoncent une "illusion". Ils regrettent que la quatrième année d'internat, qui retarde l'installation de ces futurs généralistes, soit présentée comme une "victoire" contre les déserts médicaux.  

03/11/2026 Par Chloé Subileau
4ème année de MG
Jeune médecin

@Dusan Petkovic/stock.adobe.com.

"On vous vend une illusion." C'est avec ces mots que la Dre Anna Boctor, présidente de Jeunes Médecins, a décrit l'arrivée des près de 3 000 docteurs juniors (DJ) de médecine générale dans les territoires lundi 2 novembre. "Le président de la République s'en félicite. La presse s'emballe. Mais savez-vous ce qui se cache derrière cette annonce ?", lance la pédiatre, dans un post LinkedIn publié ce mardi.  

Alors que la quatrième année d'internat de médecine générale, adoptée fin 2022, devait être "professionnalisante", "le Gouvernement ne s'en cache plus : ces 3 000 médecins sont en réalité 'une solution aux déserts médicaux' et pour la 'formation', on repassera", tacle Anna Boctor. La représentante syndicale rappelle que cette année de formation en plus retarde d'un an "l'installation et l'exercice autonome" des futurs généralistes.  

"Ils auraient dû être docteurs seniors, s'installer, remplacer des confrères, devenir médecins traitants et assurer un suivi durable de leurs patients. A la place, on les envoie pour deux 'stages' de six mois dans des territoires sous-dotés, parfois à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux, sous un statut précaire (et méprisant) de 'junior', mais avec les responsabilités d'un médecin installé et un 'encadrement' incertain", s'agace la médecin. Face aux difficultés d'accès aux soins, elle appelle les patients à ne pas se tromper de "responsables" : "Les internes n'ont pas créé la pénurie."  

"Ce qui m'écœure, c'est le cynisme d'une politique qui transforme une année d'études supplémentaire en victoire contre les déserts médicaux", poursuit la Dre Boctor. Et d'insister : "On ne résout pas une pénurie de médecins en retardant leur arrivée dans la vie professionnelle. La France n'a pas besoin d'annonces présidentielles supplémentaires. Elle a besoin de médecins qui s'installent, restent et assurent durablement le suivi de leurs patients." 

Affectations subies et difficultés administratives 

Certains témoignages "du terrain" sont d'ores et déjà "préoccupants", selon Jeunes Médecins. Dans un autre post LinkedIn, publié hier, le syndicat affirme que des docteurs juniors feraient face à "des difficultés concrètes". "Obligations universitaires renforcées", "encadrement parfois plus contraignant qu'en Saspas", "affectations subies", "projets professionnels remis en question", "difficultés administratives concernant les cartes CPS"… Les exemples sont nombreux.  

"On leur promettait davantage d'autonomie", mais certains futurs généralistes "racontent aujourd'hui une tout autre réalité", insiste Jeunes Médecins, pour qui la mobilisation doit continuer tant sur "le terrain juridique" qu'auprès "des institutions et dans les médias".  

Début octobre, le syndicat a pourtant vu ses recours contre la quatrième année d'internat rejetés par le Conseil d'Etat. Ce dernier a notamment refusé de renvoyer une question prioritaire de constitutionnalité sur cette réforme au Conseil constitutionnel.  

 

Le syndicat représentatif parisien des internes de médecine générale (SRP-IMG) a aussi alerté lundi, dans communiqué, sur les conséquences de cette quatrième année d'internat, qui "retarde" "d'un an l'installation" des docteurs juniors. "Les déserts médicaux ne résorberont pas en imposant cette année supplémentaire aux internes", insiste l'organisation.   

"La priorité doit être de lever les freins à l’installation, de renforcer l’attractivité des territoires et de donner aux médecins les moyens d’exercer", poursuit le syndicat, qui appelle les pouvoirs publics à garantir dès maintenant aux DJ "un encadrement effectif, des outils opérationnels et des procédures administratives clairement définies".  "Les difficultés rencontrées sur le terrain doivent recevoir des réponses rapides et concrètes." 

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