@Юлия Сергеева/stock.adobe.com
"La charrue a été mise avant les bœufs" : pourquoi le dépistage de l’exposition au cadmium patine
La campagne de dépistage de l’exposition au cadmium, lancée en juin 2026, peine à décoller. En cause : des réticences de médecins face au manque de recommandations sur la conduite à tenir en cas de résultat élevé, un ciblage géographique imprécis, une stratégie jugée mal adaptée à une contamination principalement alimentaire, selon une enquête de franceinfo.
@Юлия Сергеева/stock.adobe.com
Le dépistage de l’exposition au cadmium - métal lourd classé comme cancérigène -, dont les risques sanitaires ont fait l’objet de plusieurs alertes*, progresse peu, met en avant le média FranceInfo. Entre l’entrée en vigueur du dispositif le 16 juin et le 28 septembre, seules 2 160 personnes ont été testées, selon les données communiquées au média par la Cnam. Dans le détail, 2 285 actes ont été remboursés (à 60% par l’Assurance maladie), dont 1 539 par dosage urinaire et 746 par prise de sang. Un bilan modeste au regard du nombre de médecins libéraux en France.
Franceinfo rappelle que ce remboursement répondait à une demande de médecins libéraux, qui avaient fait part au Gouvernement, dans un courrier de juin 2025, de leur “grande inquiétude devant la contamination des Français, particulièrement des femmes et des enfants”. Mais le Dr Pascal Meyvaert, coordinateur du groupe de travail santé et environnement de la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé, cité par le média, déplore les conditions de mise en oeuvre du dispositif : “La charrue a été mise avant les boeufs”, estime-t-il, pointant l’absence de réflexion préalable sur la conduite à tenir face à des patients présentant des taux de cadmium trop élevés. “Je n’ai pas prescrit de tests et je ne compte pas le faire”, dit-il.
À cette réticence s’ajoute la difficulté d’identifier des populations éligibles au remboursement, poursuit franceinfo : choix a été fait de restreindre ce dispositif aux personnes potentiellement surexposées du fait de leur lieu de résidence, mais aucun zonage réglementaire n’a été établi. Le ministère de la Santé renvoie vers une carte élaborée par l’Inrae qui montre la teneur en cadmium dans les sols, mais qui présente des limites. Si elle permet de repérer les grandes zones de contamination, principalement d’origine géologique, elle n’offre pas, par exemple, de lecture fine à l’échelle communale ou parcellaire.
Une contamination surtout alimentaire
Cette approche géographique est également contestée, alors que l’exposition des Français au cadmium - les jeunes enfants sont particulièrement concernés – provient surtout de l’alimentation, et ne se limite pas à la proximité de sites industriels pollués. Franceinfo rappelle qu’en septembre 2025, des médecins libéraux avaient présenté au ministère un modèle de questionnaire basé sur les habitudes alimentaires des patients pour mieux repérer les personnes à tester. Mais cette proposition est restée sans réponse.
*L’étude nationale de biosurveillance Esteban menée par Santé publique France (2021), un rapport de l’Anses en mars 2026
[Avec franceinfo]
La sélection de la rédaction
Faut-il imposer à tous les généralistes libéraux d'être le médecin traitant d'au moins 500 patients ?
Pascale Debenest
Non
J'ai choisi médecine libérale justement pour être libre d'organiser mes journées comme je l'entends . Je suis en campagne (bourg d... Lire plus