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30 minutes pour parler cadmium, pesticides et polluants éternels : les nouvelles consultations d’un généraliste engagé
Alimentation, perturbateurs endocriniens, plastiques, cadmium, pesticides… Pour répondre aux multiples questions et inquiétudes de ses patients en matière de santé environnementale, le généraliste Louis-Adrien Delarue propose des consultations dédiées, et adresse les patients qui le souhaitent à une infirmière Asalée formée à ces sujets.
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"Oyé, Oyé (…) j’ai créé des plages de consultation dédiées à la santé environnementale." En pleine canicule, le Dr Louis-Adrien Delarue, généraliste installé à Angoulême (Charente) lance un nouveau format de consultation. Il a décidé de bloquer une journée pour parler environnement et effets sur la santé, sur des créneaux de 30 minutes, remboursés comme une consultation classique.
Dans les heures qui suivent l’annonce sur Doctolib, trois rendez-vous sont pris. Des patients suivis ailleurs tentent même de décrocher une consultation, mais le médecin est contraint de les refuser. Ce format ne peut s’adresser qu’à ses propres patients. "Ces trois consultations ont été très riches ! Les patients avaient plein de questions à poser", se félicite le Dr Delarue, par ailleurs membre actif de l’association Alerte médicale sur les pesticides et perturbateurs endocriniens.
L’un de ses patients du jour habite un village entouré de vignes et se demande s’il doit déménager. "Je lui ai donné des données scientifiques sur les risques liés aux vignes, afin qu’il puisse réfléchir et prendre sa décision. Ce n’est évidemment pas à moi de lui dire de déménager ou pas. Mais c’est mon rôle d’éclairer son choix", raconte le généraliste. Viennent ensuite des jeunes parents, qui se posent des questions sur l’école de leur enfant, la zone ayant subi des pollutions industrielles. Ils profitent aussi de la consultation pour parler des dangers du cadmium dont ils ont entendu parler dans les médias.
Parler du quotidien
"J’en profite pour élargir à la bouilloire en plastique, à la poêle en téflon… Je leur parle de leur quotidien". La troisième consultation est celle d’une dame de 50 ans, qui a déjà certaines connaissances sur les polluants chimiques présents dans les vêtements ou les meubles neufs, mais des lacunes sur l’alimentation. "Je lui rappelle alors que la première cause d’imprégnation de pesticides dans la population lambda, c’est l’alimentation. Je lui montre des données scientifiques sur l’intérêt du bio. Je n’ai pas un discours partisan, mais scientifique, rationnel", explique le Dr Delarue.
Mais bien sûr, les 30 minutes de consultation ne suffisent pas à épuiser les questions de ses patients. C’est alors, que le généraliste leur propose un entretien avec son infirmière Asalée en santé publique. "Une heure, remboursée, renouvelable, pour leur donner des conseils concrets et leur redonner une prise en main sur le réel", argumente le médecin. Car c’est en fait tout le but de ce ballon d’essai : capter de nouveaux patients et les adresser à l’infirmière formée en santé environnementale avec laquelle il travaille.
"La genèse de ces nouvelles consultations date d’il y a sept ans, d’avant le Covid. J’ai voulu m’essayer à des consultations santé environnementale au cours des suivi de grossesse. Quand j’ai voulu adresser mes patientes à l’infirmière Azalée en santé publique, j’ai compris qu’elle n’avait eu aucune formation sur ce sujet !", raconte le Dr Delarue.
Il commence alors par former un groupe de 8 infirmières en Charente, avant de proposer une formation nationale pour des binômes médecin-infirmière. Une première session a accueilli 20 binômes en novembre dernier. Une seconde a eu lieu en février. "Les soignants sont curieux, ont envie d’en apprendre plus. Mais ils sont sidérés de leur manque de connaissances ! Ils en savent rarement plus que les citoyens lambda. Et beaucoup sont choqués, en colère de l’ampleur de la situation", témoigne le médecin.
"Elle veut rester, elle veut parler, mais elle ne s’arrête pas de pleurer."
"Il s’est passé quelque chose de très fort lors de la dernière session. Nous faisons ça sur deux jours. La première journée, consacrée au constat scientifique, se passe bien. Le lendemain, nous commençons par un tour de table pour que les participants disent ce qu’ils ont retenu. Et là, la première médecin à parler s’écroule en sanglots. En pleurs, elle exprime sa colère. Elle veut rester, elle veut parler, mais elle ne s’arrête pas de pleurer. C’était bouleversant. A tel point qu’elle a réussi à faire pleurer tous les autres participants, et les animateurs que nous étions, moi et l’infirmière, se souvient le généraliste. Nous avons fait une pause, puis repris le programme du second jour, à savoir une mise en pratique, des jeux de rôle pour parler des alternatives, et s’entraîner à l’adressage des patients. Ça permet de reprendre prise sur le réel et de transformer la colère en action."
En plus de ces sessions de formation, le Dr Delarue propose aussi souvent qu’il le peut des interventions de deux heures auprès de publics variés, soignants mais aussi étudiants, grand public… "A chaque fois, la sidération est la même. Le constat scientifique est là, mais la plupart des gens n’ont pas l’information", déplore-t-il.
"La prise de conscience grandit"
"Ce qui m’anime, c’est de me dire que je plante des graines, et que ça commence à infuser. La prise de conscience grandit. Et ça c’est un moteur pour continuer à éveiller les consciences dans un monde dominé par les intérêts privés", assure le Dr Delarue. S’il assume une forme de militantisme, le médecin met un point d’honneur à maintenir une totale indépendance.
"Ma parole est factuelle mais n’est pas lisse ! Comme je suis indépendant de tout intérêt, je n’ai pas besoin d’arrondir les angles. Je parle concret, je parle politique, poursuit le médecin avec engouement. On ne peut pas décontextualiser ce qui se passe, les décisions sont prises par des hommes et des femmes politiques. Les positions de la macronie à l’extrême droite sont délétères en matière de santé environnementale", rappelle le généraliste. Avant d’ajouter : "Et nous sommes des citoyens, des votants".
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