Plus de femmes qu'avant, 130 centenaires… Qui sont nos médecins retraités ?
La Caisse autonome de retraite des médecins de France (Carmf) a publié en décembre dernier de nouvelles données statistiques issues des 20 dernières années permettant d'éclairer sur les mutations de la population médicale. Elles témoignent notamment d'une modification du profil du médecin retraité.
La Carmf a publié en décembre dernier de nouvelles données statistiques qui permettent d'éclairer sur les mutations observées au cours des 20 dernières années au sein de la population médicale. Elles donnent par ailleurs un aperçu de ce à quoi devrait ressembler cette population dans les prochaines années.
La Carmf s'est notamment intéressée au rapport entre le nombre de cotisations et le nombre d'allocataires, car cette donnée oriente sa politique. "Ce rapport conditionne l'évolution des flux financiers, donc des montants des cotisations et des valeurs des points", explique la caisse sur son site internet.
Il ressort que ce rapport a chuté de 3,30 cotisations pour 1 allocataire en 2005 à 1,14 en 2025. Cela signifie qu'aujourd'hui "1,14 médecin cotisant paie la retraite d'un médecin". En cause notamment, deux phénomènes : les effets du numerus clausus (limitation du nombre d’installations) et, en parallèle, l'augmentation de la durée de vie des médecins retraités ainsi que de la durée de perception de la retraite (nombre de bénéficiaires).
La courbe du rapport démographique devrait toutefois s'inverser à partir de 2030 "pour s'orienter vers des horizons plus favorables", rappelle la Carmf.
Médecins retraités : +228 % en 20 ans
En 20 ans, le nombre de nouveaux retraités a ainsi progressé de 165 % (soit 3503 médecins supplémentaires sur la période), quand les effectifs de cotisants n'ont, eux, "quasiment pas progressé" sur la période (+0,33 %, soit 424 médecins de plus entre 2005 et 2025). A noter que 32 % des médecins cotisants ont actuellement 60 ans et plus, contre 12% en 2005. Quant aux médecins de 70 ans et plus, ils sont 11 460 contre 902 en 2005.
"Les médecins exercent donc leur art plus longtemps et plus tard", indique la caisse, qui justifie l’utilité d’avoir constitué des réserves pour faire face à ce "creux démographique". Cependant, l'âge moyen des cotisants est "orienté à la baisse", "notamment grâce à l'afflux de femmes jeunes", lit-on. Celles-ci sont devenues "majoritaires" depuis 2012 parmi les nouveaux affiliés au régime de la Carmf (55 %, elles représentent 45% des cotisants). Au 1er juillet 2025, 3805 nouveaux affilés étaient des femmes, 3111 des hommes. Au total, le nombre de nouveaux affiliés a progressé de 130 % en 20 ans.
Chez les hommes médecins, le pic des départs à la retraite a été observé en 2015, "alors que chez les femmes, l'augmentation continue des départs en retraite est toujours en cours", constate la caisse. Et d'ajouter que "quels que soient la génération ou le sexe, les départs se font très majoritairement dans la tranche 65-69 ans". Les départs à la retraite effectués avant cet âge "ne sont proportionnellement pas plus nombreux" en 20 ans.
Les données statistiques de la Carmf permettent également d'esquisser un portrait-robot des retraités actuels, dont les effectifs ont explosé sur la période analysée : +228,44 % (passant de 29 380 retraités en 2005 à 96 496). On constate notamment davantage de femmes. "Le nombre de femmes a été multiplié par plus de 6 pendant que celui des hommes ne faisait que tripler." Ainsi, la proportion de femmes retraitées est passée de 15 % il y a 20 ans à 28 % aujourd'hui (passant de 4348 femmes à 27 345).
Autre enseignement : l'âge moyen des retraités a nettement remonté depuis 2015. "Toutes les tranches d'âge sont en progression, ce qui amène à penser qu'en plus de la croissance des effectifs retraités, ceux-ci arrivent à l'âge de la retraite en meilleure santé que leurs aînés", indique la Carmf, qui verse par ailleurs des retraites à 130 centenaires (contre 16 en 2005).
Cumul emploi-retraite : un attrait contrasté
L'analyse s'intéresse également au cumul emploi-retraite des médecins. Elle montre que "l'effectif des [praticiens] en cumul a subi une croissance à deux chiffres de 2004 à 2015, suivie d'une période de plus faible progression". Les chiffres sont repartis à la hausse depuis 2023 de façon "plus modérée", s'expliquant par une exonération des cotisations "qui a motivé certains médecins pour ce mode d'exercice". Exonération qui a néanmoins pris fin.
La loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2025 a réintroduit une nouvelle exonération des cotisations d'assurance vieillesse mais uniquement pour les médecins en cumul exerçant en ZIP (avec un plafond de revenus annuels fixé à 70 000 euros par décret). "Très ciblée", elle "ne bénéficiera qu'à très peu de médecins" selon la Carmf. Au 1er juillet 2025, 15 060 médecins cumulaient leur retraite avec une activité libérale (+1353,67% par rapport à 2007), dont 11 641 hommes et 3419 femmes.

Evolution des effectifs des médecins en cumul retraite-activité libérale. Source : Carmf.
Celle-ci remarque que l'attrait pour ce mode d'exercice est "très différent selon le sexe". Les femmes représentent désormais 38 % des effectifs cotisants de 55 à 64 ans, c'est à dire "proches de la retraite", contre 19 % en 2005. Or, seulement 26 % des nouveaux cumulants sont des femmes (contre 15 % il y a 20 ans), "ce qui confirme un intérêt bien moindre des femmes pour la poursuite d'activité au-delà de la retraite", écrit la caisse.
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